
Hier dans le bar japonais de Yamashiro à Hollywood, Allan (fidèle lecteur du blog de Cathy Seipp qui laisse des commentaires toujours impeccablement nuancés quand elle pousse le bouchon un peu loin à son goût!) expliquait combien aux USA, les préoccupations des baby-boomers dominent le discours national et la culture populaire.
Il y a quelques années, par exemple, la génération de Spielberg aux commandes d'Hollywood n'en finissait pas d'explorer la deuxième guerre mondiale et tout ce que leurs parents avait vécu. En ce moment, les médias sont absorbés par la réforme de la "Social Security" de Bush, un problème directement lié à la grande taille de "la génération la plus formidable," comme elle est surnommée ici.
For instance, a few years ago, Spielberg's generation, which controls Hollywood, couldn't stop exploring WWII and everything that their parents ("the Greatest Generation") had experienced. Now, medias are focusing on Bush's reform of Social Security, which is a problem directly linked to the huge size of Generation Boom.
Nancy Rommelmann une amie journaliste qui écrit merveilleusement et blogue ici, raconte dans le magazine du Los Angeles Times comment des baby-boomers de Californie du nord réinventent les rituels funéraires. Extrait:
"Ils ont écrit eux-mêmes leur serments de mariage, ont exigé les naissances à la maison et les hospices. Maintenant qu'ils enterrent leurs parents et envisagent les ultimes préparatifs, ils cherchent des alternatives aux produits chimiques qui avilisent le corps et dégradent la terre et aux cerceuils qui coûtent aussi chers qu'une voiture."
"These are the folks who wrote their own marriage vows and demanded home birth and hospices, and now that they're burying parents and considering their own final arrangements, they're looking for alternatives to being pumped with chemicals that demean the body and degrade the earth, and caskets that cost as much as cars."
Plus tard avec Allan, nous avons évoqué les baby-boomers qui deviennent parents sur le tard (à lire pour plonger dans la discussion: l'opinion post-féministe de Cathy sur son blog et le billet de Nancy.)
Dans le Libération d'aujourd'hui, je présente la série télé qui cartonne actuellement aux USA, Desperate Housewives. Quatre des cinq actrices principales ont la quarantaine bien sonnée. Une rareté aux USA où le jeunisme est une véritable épidémie. Pour Allan, c'est encore là le signe de la domination des baby-boomers quincagénaires, pour qui les jeunettes de 40 ans sont fraîches comme des boutons de roses. Nous verrons peut-être bientôt davantage de femmes mures dans la culture populaire américaine.
In today's Libération, I introduce to French readers the very successful American TV series Desperate Housewives. In which 4 out of the 5 main actresses are "on the wrong side of 40," as Americans say. Which is a rare thing in the youth-obsessed culture here. For Allan, this is again the sign of the Baby Boomers' dominance, since, for the 50-year old running the show, those 40-something actresses are as fresh as rose buttons. So we may soon see more mature women in American popular culture.
Salut Vik, le papier a été raboté en effet mais je n'ai pas gardé la version plus longue... sauf l'interview de Marc Cherry, créateur de cette série (dont je raffole, et je sais que c'est mal...)
Voici son intw:
Interview: Marc Cherry, créateur, producteur et scénariste de Desperate Housewives
Entre vous et les autres co-producteurs, il semble n’y avoir que des hommes dans les coulisses de cette série. Que savez-vous du désespoir de la ménagère?
Il y a environ 3 ans et demi, avec ma mère nous regardions le procès d’Andrea Yates à la télé: vous savez, cette femme du Texas qui a noyé ses enfants dans la baignoire. J’ai dit à ma mère: ‘Mon Dieu, tu peux imaginer une femme désespérée au point de vouloir faire du mal à ses propres enfants ?’ Ma mère a retiré la cigarette de sa bouche et m’a dit: ‘J’ai connu ca.’ Ca m’a interloqué. Juste là, je l'avais toujours perçu comme l’épouse et la mère parfaite. Je pensais qu’elle n’avait aspiré pas à autre chose. Pour la première fois, elle s’est mise à me raconter ces histoires incroyables. Quand mon père est parti obtenir sa maîtrise à l’université de l’Oklahoma, elle était restée toute seule dans la ferme avec nous, les trois enfants, sans personne ni voisins pour l’aider. Et elle avait des mini-crises de désespoir. J’étais scié d’apprendre ca, et j’ai pensé: si ma mère a vécu ce genre de moments, chaque femme doit se sentir régulièrement sur le point de péter un câble. J’ai beaucoup parlé à ma mère, à mes deux sœurs et à mes copines et je crois que j’ai beaucoup de choses à dire sur ce que j’ai appris . Et vous savez que je suis gay. Ca aide…
La série est sur les femmes ou sur l’effet que ca fait d’être une femme?
Non, non. Pour moi, la série est sur les choix que nous faisons dans la vie. Quand vous obtenez ce que vous avez choisi, et que vous n’êtes toujours pas heureux, hé bien qu’est ce que vous faites? Toutes les femmes de la série ont choisi leur vie, et pourtant, ca ne va pas. Elles font de mauvais choix et c’est ca qui devient drôle.
Que pense votre mère de la série?
Elle est ravie. Tout ce qu’elle voulait pour moi, c’est que je sois heureux, que j’ai un boulot et des revenus. Le reste est du luxe et on en parle en riant au téléphone. Maintenant que la série est un succès, elle veut son pourcentage… et ca n’est pas prêt d’arriver. Au premier coup de fil de ses avocats, je l’envoie en maison de retraite (éclats de rire.)
Merci pour ton super article : depuis le temps que j'entendais parler de desperate Housewives je ne savais toujours pas à quoi ça pouvait bien ressembler (j'imaginais un mélange de Soap et de Sex and the city).
Est-ce que tu as une version un peu plus longue de ton papier? Jj'imagine que tu as dû faire du concentré de concentré (c'est le pb de libé, surtout avec l'arrivé des gratuits).
Sur les baby-boomers (enfin, la génération de mes parents quoi) j'ai bien aimé la perspective apporté par le dyptique de Denys Arcand. Dans les Invasions barbares j'avais l'impression que ces soixante-huitards se rendaient compte qu'ils n'avaient rien transmis à la génération suivante, que leurs grandes illusions humanistes qui enrobaient la libération des moeurs suivaient un mouvement finalement très individualiste qu'eux pouvaient habiller de leurs belles théories suivant les mouvements de pensée qui les enthousiasmaient. Alors qu'aujourd'hui l'individualisme est à nu : l'hypocrisie et le cynisme ont été progressivement tolérés et sont maintenant acceptés. Mieux: ils sont à la mode.
Oulà, mais c'est qui faut que je pense à me rentrer !
Buenas,