
A un moment donné pendant le procès de Michael Jackson la semaine dernière, à Santa Maria, je me suis demandée si mon temps sur cette planète était sagement dépensé. Après six heures passées à étudier les omoplates saillantes du chanteur sous son costume bordeaux et à griffonner les éloges de son ex-femme éplorée, j'ai songé à m'inscrire à un cours de théologie sur "la quête de sens et son universalité" ou à revoir sans délai Monthy Python: le sens de la vie. Mis-à-part ce bref petit coup de blues, c'était une chance d'être sur place, à un tournant intéressant de ce procès surnommé "Foreverland".
A mi-course, exactement: l'accusation est en train de boucler son dossier sans gloire, et bientôt, la défense va faire défiler à la barrre une myriade de stars pour chanter les louanges du Roi de La Pop empêtré dans ce thriller judiciaire de cauchemar. Santa Maria est une petite ville agricole plate, pauvre et plutôt sinistre les jours de pluie: un décor anti-glamour au possible pour l'arrivée quotidienne de Jackson, à 8h 20 chaque matin. Il est maigre comme un coucou sous son costume impeccable et couvert d'épaisses couches de maquillage: un vrai choco BN. (On lui prête même des implants capillaires!) Pour ceux que le procès intéresse, voir mon article dans le Libé de vendredi.
Le coordinateur médiatique du procès, Peter Shaplen, est aussi sympa et efficace que ce que décrit le Los Angeles Times. Et pas seulement parce qu'il m'a obtenue une place à l'intérieur du tribunal, pour le bas prix de 50$ la journée. "C'est une cotisation reversée à la ville, pour absorber les couts engendrés par le procès, notamment, la sécurité renforcée à cause de tous les médias," explique-t-il, dans la petite tente qui lui sert de bureau dans le parking du tribunal. La dernière fois où je me souviens avoir payé pour amortir les frais causés par la couverture d'un événement, c'était à Cuba pour la visite de Jean-Paul II, en 1998.
La photo ci-contre n'est pas très réussie, mais entre les tentes et les camions satellite, entre 300 et 600 journalistes et techniciens campent ici chaque jour. Les journalistes vedettes et commentateurs judiciaires se connaissent tous ou presque. Dès 7h du matin devant le tribunal, ils complotent et plaisantent entre eux telle une colonie d'ados lancés dans un jeu de piste. Comme d'autres se retrouvent sur les guerres en Bosnie ou en Irak, ils sont de tous les procès à sensation: O.J. Simpson, Scott Peterson et maintenant Michael Jackson.
En les voyant les uns sur les autres toute la journée, à la fois crevés et survoltés, isolés dans cette enclave à mille lieues de New York ou de Los Angeles, on se demande combien se réconfortent dans les bras l'un de l'autre. De fait, des audiences longues et monotones sont propices aux "shag flashbacks". Les jurés m'ont impressionnée par leur sérieux: même pendant les moments les plus ennuyeux et rébarbatifs, ils prenaient des notes avec assiduité tandis que dans la salle où nous étions assis, des petits mots blagueurs sur la nullité d'un procureur ou l'inertie de Jackson changaient de main, comme à l'école. "Qu'est-ce que j'aimerais couvrir l'affaire du doigt dans le bol de Chili Con Carne à Wendy's!" confiait une journaliste.
C'est toujours instructif d'observer et d'écouter ces brillants stakhanovistes des procès et de reconnaitre les figures médiatiques familières. Comme cette chroniqueuse du New York Post à la mine grincheuse, dont les catilinaires anti-Jackson m'ont toujours paru totalement hystériques. Ou cette diva de Vanity Fair qui a tendance à zapper les files d'attente. Aux toilettes, alors qu'elle passait devant tout le monde avec un naturel confondant, la célèbre avocate Gloria Allred est intervenue avec habileté pour rétablir la justice. Il faut dire que ca se bouscule: les journalistes, les quelques fans et les curieux de la région (qui obtiennent leur place grâce à la lotterie quotidienne matinale, à 6h30) n'ont pas accès aux "restrooms" du haut, réservées à Jackson - qui en profite généralement pour se repoudrer le... nez.
Dans le centre commercial voisin du tribunal, un marchand de jouets essaye vainement d'écouler un stock de peluches "Les animaux de Michael Jackson" avec un stand "Neverland" (ci-contre) J'ai rarement vu un vendeur aussi bougon, attaquer les rares chalands. Il se plaignait du conservatisme des habitants de Santa Maria et des parents qui, à la vue des peluches Jackson entrainent leurs enfants au loin!
Salut Bruno, ta remarque est juste: je bosse trop ces temps-ci pour avoir autre chose à raconter, attention!
Tout le monde plaint les jurés au procès Jackson, qui gardent leurs réactions pour eux et sont très difficiles à déchiffrer. Les experts sont tous partagés et mon opinion se forme au fil des témoignages et des révélations.
A l'heure qu'il est, je penche pour: innocent de ces accusations là, celles au coeur du procès, a cause du manque de crédibilite des témoins principaux et de la chronologie très floue. L'ancienne victime presumée de 1990 venue témoigner était très crédible en revanche, mais Jackson n'est pas jugé pour des fait préumés passés. J'ai l'impression que de nombreux journalistes américains et de commentateurs sur place l'estiment coupable.
Je me suis mal fait comprendre au sujet de Libération. Il ne s'agissait surtout pas de te dire que tu écrivais la même chose dans Libé et ton blog... mais que tu écrivais tellement pour Libé que tu monopolisais à toi seule tous les pages du quotidien. C'était une plaisanterie mais je constate que mon sens de l'humour n'est pas au top ! Moi aussi je bosse peut-être trop. Au fait, existe-t-il à L.A. des écoles pour devenir comique français ?
Bossez, Emmanuelle, bossez !
On en redemande...
Votre papier sur Jane Fonda dans Libé était excellent (la vie de Jane est un emblématique résumé d'histoire contemporaine de l'Amérique).
Et l'évocation des questions de préséance dans les restrooms du procès Jackson, ou de l'ambiance potache de journalistes distrayant leur ennui "comme une colonie d'ados", est une info qui, pour anecdotique qu'elle puisse paraître, nous en dit très long sur l'inanité d'un système judiciaro-médiatique proprement cauchemardesque.
Argh Bruno, je n'avais rien pané en effet! Autant pour moi. Mais si tu insistes, Jerry Lewis doit bien organiser des camps de vacances pour comiques en herbe issus des quartiers défavorisés de L.A.... A chaque fois qu'il reçoit un prix de quelque chose, les attachés de presse me contactent, persuadées que Jerry Lewis est la plus grande star américaine en France!
Merci Claude pour les compliments. Les journalistes en question se sont fait redresser les bretelles par un commentateur judiciaire qui leur a rappelé, que, vu les millions que dépensait le ministère public dans ce procès Jackson, il était de leur devoir de couvrir l'affaire très scrupuleusement car si autant de ressources publiques sont englouties dans cette affaire, l'Etat de Californie a forcément de bonnes raisons de penser que Jacko est un danger public...
Wish I had known about the EatMJ website run "for journalists, by journalists of the Michael Jackson trial" to assist visiting journalists in finding food in Santa Maria.
Thanks for the mention Fishbowl L.A.
Felicitations pour ton article Emmanuelle !
Sincerement...
Merci.
Bonne continuation !
Hang in there, hee hee !
EatMJ.
Faut vraiment le voir (le lire) pour le croire !
EatMJ was created F.J.B.J.M.J. (for journalists, by journalists of the Michael Jackson trial) to assist visiting journalists in finding food in Santa Maria. The restaurant adjacent to your hotel may be good but you can't eat there daily for the duration of the trial. EatMJ provides a public forum to post your epicurean hits and misses, aiding others in finding an enjoyable meal.
EatMJ was started by a Santa Barbara based photojournalist who has made innumerable trips to Santa Maria covering the Michael Jackson case since December 2003.
Après tout c'est pas absurde, et ça témoigne d'un solide sens pratique.
Mais ça nous dit aussi l'ambiance de curée autour du procès Jacko.
C'est justement ce genre d'info parallèle qui nous fait comprendre l'aspect Jeux du cirque de ce type d'entreprise judiciaire.
Qui, en fait, ressemble comme deux gouttes d'eau à de la télé réalité.
Tout est faux, tout est flou. Des intentions de la justice comme du personnage Jacko lui-même (pour autant qu'on oublie le grand musicien qu'il est), des accusateurs plus ou moins plombés comme du voyeurisme pur des médias.
Tant et si bien que l'ultime réalité, la dernière qui fasse encore sens, c'est le casse dalle du journaliste.
Terrifiant théâtre d'ombres
Sous le soleil californien.
la diva de Vanity Fair ? Dominick Dunne ? (bon, vous dîtes "elle", sans que je sache si l'article féminin renvoie à "diva" ou au sexe de la diva elle-même...)
je pose la question car les chroniques judiciaires de Dunne pour VFair sont assez grandioses je trouve.
Bravo pour tous ces articles tellement bien écrits. J'ai découvert le blog récemment, et depuis, je reviens le visiter régulièrement. J'ai d'ailleurs ajouté un lien depuis mon blog.
Bonne continuation!
S6vTzD cfwmdtqydefw, [url=http://ahefclbiuaes.com/]ahefclbiuaes[/url], [link=http://tiwfszezquuq.com/]tiwfszezquuq[/link], http://vaxppycdnkub.com/
Bonjour Emmanuelle,
En lisant le quotidien Libération tous les matins, j'ai depuis quelque temps la curieuse impression de lire ton blog. Michaël Jackson, Jane Fonda... Emmanuelle, tu es devenue la voix de l'Amérique ! En France, plus personne ne dit plus "Libération", tout le monde parle de "Liberatioooon" en le prononçant à l'américaine...
Au fait, si tu étais jurée au procès Jackson, que penserais-tu de l'affaire : coupable ou innocent ?