
Dimanche, on a voté (par procuration) avant de rejoindre une bonne foule de fans de Michel Houellebecq venu l'écouter parler de son essai sur Lovecraft au musée Hammer, à Westwood. Le Times de Londres avait senti venir un "coyote moment" pour le gouvernement français (voir * au bas) mais pas pour Houellebecq. Assez léthargique pendant sa performance, il s'anime en commentant le résultat du référendum:
"Probablement 95% de nos représentants politiques avaient une opinion, et 57% des électeurs avaient l'opinion contraire. C'est un grand moment, vraiment... C'est un phénomène croissant, les élus qui ne représentent plus le peuple. [...]""Je suis très surpris parce que d'habitude, les Français sont des lâches. Quand c'est important pour l'Etat, le gouvernement vous dit qu'il faut voter oui, qu'il n'y a aucune raison de voter non, que c'est irresponsable de voter non. Et ils le répètent en insistant de plus en plus jusqu'au dernier jour. Et les gens votent 'non!' C'est un échec incroyable."
"Probably 95 percent of the professionals of representative democracy had one opinion, and 57 percent of the people had the other opinion. It's a great moment, really.... It's a growing phenomenon -- representatives don't represent any more the people. [...]""I am very surprised because normally French are cowards. When it's important for the state, the government tells you that you have to vote yes, there's no reason to vote no, it's irresponsible to vote no. And they repeated it at high levels with more and more stress until the last day. And the people voted no!... It's an incredible failure."
"Est-ce un signe que nous nous dirigeons vers l'extinction de l'humanité?"a demandé le présentateur, en référence aux dernières pages du roman "Les Particules élémentaires." Les Américains se marrent, mais dans l'assistance, des Français de L.A. restent songeurs. Il faut dire qu'en début de soirée, des strip-teaseuses burlesques avaient chauffé la salle pour Houellebecq, l'écrivain français vivant le plus fascinant, le plus connu et sans doute le plus vendu au monde.
Houellebecq est tout recroquevillé, les jambes entortillées en Bretzels. Il est souvent drôle sans le faire exprès. On parle de sexe et il émet un petit rire. Un copain, ex-pornographe chez Hustler, trouve que Houellebecq lui rappele les drôles de types silencieux qui trainent parfois sur les tournages de films porno, les épaules rentrées. Ils laissent échapper des rires bizarres et plus tard, envoient à Hustler les lettres les plus obcènes. Autre détail: alors que Bernard Henri Lévy prédit la mort de Los Angeles, Houellebecq pense en revanche que les vieilles métropoles comme Paris ou New York vont disparaitre et que "le futur appartient aux villes comme L.A."
Voici Houellebecq avec des effeuilleuses, à la réception. Je viens le saluer pour notre petite interview radio calée avec son attachée de presse. C'est son premier voyage en Californie, avec étape au kitschissime Madonna Inn, une menace de manif à San Francisco et cette affaire dans l'air qui aurait pu lui inspirer un commentaire. "Non, je n'ai pas envie," dit-il en tirant sur une clope au-dessus d'un carton "merci de ne pas fumer."
J'essaye de nouveau, en variant... Houellebecq n'est pas désagréable, au contraire, mais difficile à suivre. Je retiens du mélange de phrases inaudibles et de grommellements 1. Que Michel Houellebecq "n'a pas de vie privée." Il va où "là on lui dit d'aller." 2. La Californie est très bien pour faire du shopping, surtout à Petco, le supermarché pour chiens. 3. Il n'a pas enquêté aux USA pour son nouveau bouquin, en relation avec le milieu des sectes, parce que "les sectes sont beaucoup plus présentes en Europe" (?) 4. Les Américains sont beaucoup plus relax chez eux qu'à Paris, donc beaucoup plus agréables ici (!) Il aimerait qu'à l'avenir, son éditeur l'envoie ailleurs qu'à New York pour voir du pays (car, encore une fois, il va où on lui dit d'aller.)
Faute d'interview, je lui présente son recueil "Rester vivant." "Ah, c'est pas mal, ca" dit-il, avant de signer "San Francisco, le 26 mai", corrigeant la date (29) mais pas le lieu. Rendez-vous le 1er septembre.
* "Coyote moment": les lendemains de cuite difficile quand on découvre un(e) inconnu(e) dans son lit et que l'on préfèrerait s'arracher un membre avec les dents, comme le font les coyotes pris dans un piège, plutôt que de confronter la réalité.
Sympa Olive. A 1h 15 du mat je corrige encore des fautes d'orth ici et là, la traduc va devoir attendre.
Ce petit événement m'a donné l'occasion de me replonger dans plusieurs bouquins et de vouloir tous les relire avec appétit.
Tschüüss, Brudi
Speaking of arcane figures of speech, someone once told me that the title of the movie Les quatre cents coups comes from some French expression that has something to do with being a "rambunctious spaz". Were they just yanking my chain?
Gee Paul, I had to look up "rambunctious": what a cruel word, hard to pronounce, worse that "squirrel" even! Your source is right: faire les 400 coups= to live an undisciplined life. It is actually very well explained on this blog.
It's been a while since I was starstruck, but I think Houellebecq would do it to me (so to speak). He's such a weirdo, but I love him. Your encounter with him seems the ideal mix of bizarre and fun. Lucky Emmanuelle! (NB Antoine doesn't understand my Houellebecq thing and wishes to distance himself from these sentiments.)
That guy is nuts.
i can't believe you met Houellebecq.... your experience of him seems, well, a good representative sample. what a character.
Fat boy: "to read him is to love him"... His books are life-changing, and knowing you, you would laugh out loud.
I was reading his first ever novel at the Michael Jackson trial, because there's so much waiting involved. It was so captivating and funny that journalists would come up to me and ask about the book. He's well-known here.
Sara:I remember the first time we met we spoke about Houellebecq for a long time. And about his record too. He was very approachable last week. In Paris, he probably can't take the metro anymore.
Géniale, ta présentation de Houellebecq! En deux temps-trois mouvements, une citation amère sur la Français, un autographe mal daté, on a l'impression de tout à coup bien mieux comprendre le personnage.
Et on apprend l'anglais (coyote moment).
Vite traduire!