
Les lecteurs de Drudge ou d'Ananova fanas d'infos bizarres auront remarqué cette histoire de (devinez où?) Roumanie: un prêtre a crucifié une religieuse pour chasser le démon de son corps
Il y a tout juste un an, nous étions dans un village du sud de la Roumanie et je demandais à notre hôte, Dragos, de m'en dire plus sur ces traditions de désenvoutement et de rituels paiens autour des morts soupconnés d'être des Strigoi, des sortes de vampires: si un membre de la famille meurt, et que les survivants tombent malades ou décèdent rapidement, on en déduit que le mort était en fait un strigoi, un fantôme destructeur suceur d'énergie. Il faut tuer le mort à nouveau pour se débarasser de son fantôme.
VIE PAYSANNE SANS HISTOIRES, MORT MOUVEMENTEE
Evidemment, Dragos s'est moqué de nous: "Arrêtez avec ces clichés sur la Roumanie, Dracula, gna gna gna, vous n'avez rien d'autre à raconter?" Sa mère intervient alors dans la conversation: "Si, si, ils ont raison. D'ailleurs, notre jardinier a eu un strigoi dans sa famille!" Sur ce, le copain de Dragos, le jeune prêtre orthodoxe du village, nous apprend qu'il recueille souvent des confessions au sujet de strigoi:
"On se croirait dans un mauvais film de série B, mais c'est un rituel paîen qui se répète plusieurs fois par an dans la région," nous a-t-il expliqué. "Avant la mise-en-bière, ses proches insèrent une aiguille au dessus du nombril du mort pour l'empêcher de devenir un strigoi. Mais s'il est déjà enterré, il faut le chercher dans sa tombe, au milieu de la nuit. La famille boit beaucoup avant d'ouvrir le cercueil!"
Of course, Dragos poked fun at us: "Stop with those tired cliches about Romania, Dracula blah blah blah. Don't you have anything else to talk about?" But his mom interjected: "But they're right. Even our gardener had a strigoi in his family!" Then Dragos' friend, the village's young orthodox priest told us that he hears a lot of strigoi stories from his parishers.
"I know it sounds like a bad B movie, but it's a pagan ritual that happens several times a year in the region," he told us. "Before the dead is put in the coffin, his relatives insert a needle above his bellybutton to prevent him of becoming a strigoi. But if he is already buried, they have to dig up his grave in the middle of the night. The family drinks a lot before opening the coffin!"
C'est pour se donner du courage avant de retirer le coeur du cadavre et de le brûler. Ensuite, les proches avalent les cendres mélangées avec de l'eau du puits. Ouf! Le fantôme est détruit. Toute la famille retrouve la santé.
Ces pratiques folkloriques macabres, marginales mais bien réelles, irritent le gouvernement roumain. Pas bon pour l’image de la Roumanie, impatiente de rejoindre l’Europe. En février 2004, la police du comté de Doli a arrêté les membres d’une famille pour «atteinte à la paix des morts.» Un avertissement aux "chasseurs de vampires." Dans notre village, le prêtre nous a emmenés au cimetière sur la tombe d'un certain Romulus, ancien strigoi "libéré" par sa famille (photo ci-dessus.) Ceci étant dit, j'adore la Roumanie.
L'info bizarre s'est retrouvé en Une du Monde le w-e dernier...
Comme quoi on n'attrape pas les lecteurs avec de l'eau bénite.