
Un lecteur m'envoit un lien à cet article du New York Daily News sur les coucheries présumées de l'ex-patron de Vivendi Universal Jean-Marie Messier et s'exclame: "Le New York Post prépare un article! (Comment se fait-il que) Personne ne parle de cette histoire en France!"
Réponse, à mon humble avis: parce qu'il n'y a rien d'intéressant! Les foucades d'un "milliardaire français mégalo déchu", selon la description du NYDN, ne concernent que lui, sa femme, sa maitresse, l'ex-copain jaloux, leur chihuaha etc. Le très bon livre "Sixty Million Frenchmen can't be wrong" explique cette attitude française envers les ragots de caleçon: "à partir du moment où aucun crime n'est commis, ce qui se passe dans la chambre-à-coucher est privé."
"Les français considèrent le sexe comme quelque chose de tout à fait privé. Ce que les hommes politiques font avec des cigares dans l'intimité de leur bureau ne concerne pas le public. Bien sur, les Français échangent des ragots sur la vie sexuelle des personnes connues lors de diners en ville. Mais contrairement aux Américains ou aux Anglais, ils n'éprouvent pas le besoin de se ruer pour livrer les détails en pâture au public."[...]
"Les Français attendent des personnes au pouvoir qu'elles dirigent le pays, pas qu'elles établissent un cadre moral. Conséquence: les journalistes français n'enquêtent pas sur les scandales sexuels et portent peu attention à ceux de l'étranger."
"The French truly consider sex as a private matter. They don't think what politicians do with cigars in the intimacy of their own offices is the public's business. The French gossip about the sex lives of public figures at dinner parties, of course. But they don't have the same urge as Americans or the British to instantly go public with the details."[...]
"The French expect people in power to run the country, not set moral standards. As a consequence: French journalists don't investigate sex scandals - or care that much about other countries'."
Malheureusement, la presse française est bien trop réservée vis-à-vis du pouvoir en général et pas assez agressive, mais c'est un autre sujet.
PS: Le bouquin précise que des questions américaines banales du genre "Comment vous appelez-vous?" ou "Qu'est ce que vous faites dans la vie?" d'entrée-de-jeu passent mal avec les Français. D'autant plus que les Américains ont tendance à vous bombarder d'informations très personnelles (photos du gamin tirées du porte-feuille au bout de 30 secondes de conversation, par ex.) Alors qu'entre Français, on peut discuter pendant une heure de n'importe quoi, y compris des frasques de J2M, sans penser à demander le nom de son interlocuteur.
Voici Ana Marie Cox, alias Wonkette, la fameuse webstar, blogueuse politique américaine, venue à Los Angeles de Washington. Les photos sont de LilyLord (pour davantage de photos candides, taper "Wonkette" dans ce cool moteur de recherche Flickr , indiqué par le blog suisse en équipe Bohellz).
Quelque chose d'étrange est survenu à cet événement, déjà raconté par Cathy sur son blog: Mickey Kaus a mené une interview très divertissante de Wonkette, mais le public ne semblait pas ... la porter dans son coeur. Pour tout dire, plusieurs bons mots se sont heurtés à des silences et une incursion risquée dans un marais de clichés sur les gays ont fait grincer des dents (OK, m'ont fait grincer des dents, mais les gens autour de moi étaient loin de se taper sur les cuisses.) Comme le remarque Cathy, le public n'était sans doute pas des plus favorables aux blogs pour commencer. Ceci étant dit, Wonkette est coquine et drôle, et "elle est quelque chose!" comme le dit Mickey.
C'était intéressant d'avoir un visteur de Washington à L.A. et un effort de réflection sur la capitale. Lors de ma première visite là bas le mois dernier, j'avais trouvé la ville très séduisante et attirante, avec ces cohortes de jeunes gens passionnés de politique qui entretiennent l'idéalisme ambiant. Mickey a fait une présentation de D.C.au vitriol: "Washington n'est que désir grossier pour le sexe, le pouvoir et l'argent..." "Washington est un endroit darwinien....Washington a plein de soirées nulles et pathétiques, comme le dinner des correspondants de presse...," c'est une ville "peuplée de gens mariés au volant d'une Volkswagen Passat." (oh l'ignominie! Mais Mickey s'y connait en voitures.)
Wonkette a souligné qu' "on se fait moins d'argent à Washington qu'à New York. On ne peut pas devenir aussi célèbre qu'à Los Angeles. Il faut être un petit peu idéaliste pour aller à Washington, et y sacrifier une part de sa jeunesse." Elle a ajouté qu'"à Washington règnent l'argent et le pouvoir. Le sexe, c'est ce qui me plait à imaginer ... Le pouvoir à Washington est un aphrodisiaque pas pour davantage de sexe mais pour davantage de pouvoir." Bien sur, quelqu'un dans le public a évoqué son obsession réputée pour la sodomie. Mais comprenez que Wonkette, et non Ana Marie est obsédée: "vous pouvez demander à mon mari!" Mais elle concède que la vulgarité l'aide certainement à attirer l'attention sur certains thèmes.
Elle s'est ensuite présentée en tant que libérale démocrate ("Mais les démocrates sont tellement peu intéressants, que je ne veux pas admettre mon affiliation") et en tant que cyber-libertarienne ("l'information doit être libre"). La conversation a évoqué l'actualité: Karl Rove fut décrit en "petite frappe de cour d'école ricanant, l'ancien gamin trop gros qui maintenant a du pouvoir," et on a appris que Wonkette ne déteste pas Bush. Ce, parce que des gens ont tendance à le haîr si violemment qu'il en devient une caricature, et "il est bien plus effrayant qu'un personnage de dessin-animé".
Woah, ai-je vraiment pris autant de notes de cette 'Evangile selon Wonkette'? Il n'y a pas à dire, elle était douée. Et elle a même fait référence à son ancien employeur, le site humoristique culte Suck.com à l'époque de la folie internet (une histoire de Suck a récemment été publiée ici). A Suck, les rédacteurs avaient décidé qu'à l'ère de l'Internet, on pouvait se mettre à rire des événements tragiques comme les attaques terroristes à Londres après "une journée."
J'aurais voulu lui demander comment elle gère ses sources, dans cette ville étrange, si il lui arrive d'en rencontrer dans un parking souterrain. Maintenant qu'elle est célèbre, les gens doivent la reconnaitre partout où elle va et lui proposer tuyaux et spin politique. Mais Wonkette a été prise d'assaut à la réception qui a suivi l'entretien. Avec Cathy, nous nous sommes laissées distraire par le
vin, les quesadillas et la conversation de Luke Ford, au bronzage lumineux qui s'est coltiné ces derniers jours un procès pour diffamation et une cyber-attaque.
A un moment, nous parlions avec un organisateur de la soirée. Il m'a écouté pendant bien 45 secondes, en hochant la tête avant de soudain déclarer: "Je n'ai absolument aucune idée de ce que vous venez de dire." Et il a éclaté de rire. De rire! J'ai failli éclabousser mon vin dans une soudaine montée de rage digne de Hulk, prête à arracher un palmier en hurlant: "le singe rendu mangeur de fromage va peler ton triste derrière!" Mais il faut bien admettre que je pourrais probablement améliorer mon accent. A ce moment là, Wonkette était déjà partie.
Officiellement rentrée de vacances (une semaine compacte, à l'américaine!) dans le chaudron de pollution de Los Angeles. La Riviera Maya était fabuleuse entre deux ouragans. A quelques heures près, on a échappé à l'évacuation de 90 000 touristes le long de la côte.
J'avais sélectionné la ville (Tulum) et l'hotel (Sunscape) grâce à TripAdvisor, la meilleure mine d'infos disponible pour les voyageurs à mon sens. Je consulte le site avant chaque déplacement en reportage. Grâce aux commentaires d'utilisateurs passés par là avant vous, vous apprenez que telle plage est rocailleuse et bourrée de moustiques (et hop, sandales de mer et citronnelle dans la valise) ou que l'internet sans fil dans tel motel ne fonctionne pas bien en ce moment, à cause d'un chantier à côté qui trouble la réception.
Et puisqu'on en est aux tuyaux, les meilleurs prix d'avion ne sont jamais sur les Travelocity et compagnie. Je jette un coup d'oeil sur SideStep et FareReport et CheapSeats, Cheap Air puis sur les sites des compagnies aériennes et en général, je finis par trouver un meilleur deal avec une agence. Go Away Travel aux USA et très sympa et très efficace, du moins c'est l'expérience que j'ai avec leur agent Valerie, qui est de surcroit parfaitement francophone.
Quoiqu'il en soit, prendre l'avion de nos jours aux USA est une expérience tellement misérable (files d'attente soviétiques à la sécurité, retards, correspondances loupées, bagages paumés -- deux fois en quinze jours par American Airlines) que cela vous fait passer toute envie de voyager, au moins pendant un bon moment.
D'ici là, attaques de spam oblige, je dois fermer les commentaires et renoncer à consulter mes e-mails jusqu'à mon retour.
A dans une semaine, en espérant que, sur la côte Est, on aura retrouvé Peetuka, le perroquet qui parle hongrois.
Until then, due to spam attacks, I will have to close the comments and renounce checking my e-mails until I come back.
To next week, nursing hope that people on the East Coast will find Peetuka, the Hungarian-speaking parakeet.
Le 4 juillet, fête de l'indépendance américaine: après quelques pensées émues pour "the Land of the Free" libéré de la perfide Albion, on regrette le manque d'apparat ici. Jusqu'aux années 20, les communautés américaines étaient réveillées par des coups de canons tirés par des jeunes gens dans les prairies voisines. Vers midi défilait la fanfare municipale et l'après-midi, les patriotes jouaient au jeu du cochon, qui consistait à essayer de capturer un cochon recouvert de graisse: cela ressemblait davantage à la fête de la Bastille en France. Les traditions se perdent: hier à un barbecue chez Richard et Nicole, à Venice, j'étais la seule à porter des pantalons patriotes, couverts de petits drapeaux. "On est à Venice en Californie, pas à Nashville!" s'est amusé Gabriel.
Souvent, à ce genre de fêtes, les Américains me demandent ce qui me manque le plus de France, en vivant aux USA. Ces temps-ci, ce n'est plus la cuisine ou le sens de l'humour moqueur très gaulois, mais l'esprit de contestation: les protestations, les mouvements d'opposition. C'est d'autant plus curieux, que très souvent, je suis en désaccord avec les causes défendues lors des manifs et des grèves en France, y compris à dos d'âne. Mais face à des injustices américaines, on se demande: "Comment les Américains peuvent-ils tolérer cela sans bouger? Les Français seraient déjà dans la rue. Sans même parler de choses évidentes (le système de santé ici) je pense notamment à la récente décision de la cour suprême américaine: elle autorise une municipalité à exproprier quelqu'un de sa maison et de la raser pour permettre à un Wal-Mart ou autre de s'installer, sous prétexte qu'un business génère des emplois et de l'activité économique et est donc "d"utilité publique." In-croyable!
Pascal à Washington raconte une anecdote drôle et révélatrice sur le blog américain de Libé: son avion pour Miami avait plus de 2 heures de retard. Avec des Français, on imagine les gens râler au bout de deux minutes et demi et pagaille s'ensuivre. Or, en salle d'embarquement, personne ne proteste. Quand l'avion arrive enfin, le stewart demande à tout le monde de s'organiser scrupuleusement pour permettre un embarquement rapide, car à quelques minutes près, le vol ne peut pas décoller (il est déjà tard le soir) et il faut tout repousser au lendemain. Tout le monde suit les instructions à la lettre. L'avion se remplit en une vitesse record. Décollage. Formidable! L'équipage et les passagers se félicitent copieusement. Pascal se demande si son voisin ravi ne va pas lui frapper la paume de la main en signe de victoire, alors que tout le monde semble avoir oublié... que l'avion à 2 heures de retard.
WASHINGTON
En parlant de Washington, c'était chouette de rencontrer Pascal et de visiter la capitale pour la première fois. A des galaxies de Los Angeles et pas si dépaysante pour un Européen (de nombreuses rues rappellent l'Angleterre.) Il faisait une chaleur étouffante et la ville est toute petite, mais très stimulante, remplie de jeunes surdoués et bosseurs, stagiaires pour des politiciens ou des fondations. Ils pensent politique, vivent politique, rêvent politique. Il flotte un idéalisme rafraichissant pour quelqu'un en provenance de Los Angeles où les conversations sont souvent, comment dire, moins "profondes."
Matt était invité avec d'autres blogueurs (Cathy, Moxie, Maia et l'insatiable Lewis) à la conférence de la fondation Arsalyn, qui rassemble des jeunes âgés entre 18 et 22 ans de tous les Etats-Unis désireux de s'engager en politique. Les jeunes nous ont sciés: super-intelligents, cultivés, à l'aise dans la vie ("tout le contraire de nous à leur âge," se disait-on avec Moxie) mais curieusement, assez conservateurs vis-à-vis de l’internet et méfiants envers les blogs (beaucoup plus que nous-autres, trentenaires.) Ils traitaient Nick, le rédacteur en chef du magazine libertarien Reason (employeur de Matt) en rock star. Plusieurs portaient un 'anneau de promesse,' sorte d'engagement public à rester vierges jusqu’au mariage.
L’un des très bons speakers, Andrei Cherny, a raconté son rêve américain : il a démarré en politique à 12 ans en passant l’aspirateur dans le QG d’une campagne à Los Angeles. Le garçon est devenu un champion du dépoussiérage, a persévéré, a grimpé les échelons avant de devenir à 21 ans, rédacteur de discours pour Al Gore et Bill Clinton. Le triomphe du «tout est possible» américain.
De retour de Washington, une petite histoire en attendant le concert de Cure au Live 8, à Paris en webcast sur le site de AOL Music (sans doute entre 22 et 23h heure de Paris).
Ici sur la chaine Fox News, la présentatrice météo annonce le temps sur les villes qui abritent des concerts de Live 8: Londres, Moscou, Philadelphie... Quand vient le tour de Paris, son joli minois se tord en un affreux rictus: "Et à Paris (expression de dégoût), du soleil (mine navrée) sur le ... je vais vous le dire comme les Français (moqueuse, la bouche en cul de poule)... le 'pulay de Versay', ah ah ah" "Hin hin hin!" surrenchérit le présentateur de l'émission d'informations avec un sourire complice en direction des spectateurs.
Mais ne laissons pas ce genre de fines gaudrioles anti-françaises sur la chaine d'info la plus regardée des Etats-Unis entamer notre anticipation pré-Cure. Que je n'écoute plus du tout d'ailleurs: c'est fou ce que les goûts musicaux changent quand on n'a plus le loisir d'écouter des disques, allongés sur la moquette dans le noir pendant des heures comme quand on avait 13 ans. La musique est un bruit de fond en concurrence avec les chaines de télé toute-info ou un calmant en voiture pour adoucir la "road rage", quand vous vous retrouvez coincés dans les bouchons de Los Angeles. Ecoutez "Pornography" sur l'autoroute transformée en parking suce ce qu'il vous restait d'optimisme jusqu'à la dernière goutte. En revanche, emporter Cure lors d'un long voyage contemplatif dans le désert en direction de Reno ou de Las Vegas...
Je n'ai jamais raconté sur ce blog ma rencontre avec Robert Smith l'année dernière en Californie, par égard pour ma copine qui m'a permis de passer quelques heures avec lui, mais une chose m'avait frappée: il était d'une tristesse infinie. Ce soir là en tous les cas, il n'était pas d'humeur à bavarder football. Un souvenir déprimé qui nappe d'une couche de mélancolie supplémentaire toute ma relation avec ce groupe sépulcral si... vital, curieusement, pour une partie de ma génération (Sur la photo: Robert Smith et Brian Molko de Placebo.)
+ Live versions of "M" and "Figurehead" on Yahoo Music.
+ Technorati page of blog posts about Live 8
+ en français une page spéciale sur le site de Radio France.