
Qu'est ce que ca vous fait de rentrer d'Irak avec une jambe en moins et de découvrir que votre pays est obsédé par Paris Hilton? J'avais posé la question à Alex Nicoll, un jeune soldat californien dans le numéro de juillet de Max. De son centre de rééducation, il arrivait à plaisanter ("Ma fausse jambe me rapporte des bières gratuites dans les bars") mais certaines choses restaient dures à avaler. Notamment, allumer la télé et constater que la guerre ne semble pas une priorité générale, en dépit des coûts, des enjeux et des sacrifices humains.
A Los Angeles, j'ai été surprise de tomber sur une manifestation assez importante (pour L.A.) en soutien à Cindy Sheehan la semaine dernière: la première manif anti-guerre et anti-Bush de cette taille que je constate depuis 2003.
Le Los Angeles Times interviewait récemment une spécialiste du marketing militaire, qui expliquait pourquoi l'armée américaine peine à recruter de nouveaux soldats:
"Difficile pour l'Armée de vendre son message de devoir et de sacrifice, quand si peu de sacrifice est exigé de la part de l'Amérique: 'Quand tout le monde parle de Paris Hilton et de "Shérif fais moi peur, le film" et que les Etats-Unis ne souffrent pas vraiment comme c'était le cas pendant la deuxième guerre mondiale, comment pouvez-vous convaincre les parents de participer à l'épreuve?'
"It is difficult for the Army to sell its message of duty and sacrifice, largely because little sacrifice is being asked of America. 'When everybody's talking about Paris Hilton and 'The Dukes of Hazzard,' and there is no real suffering in the U.S. to the extent it happened during World War II, how can you convince parents that they should take part in the suffering?'
Les démarches de Cindy Sheehan marquent-elles un tournant? Le creux de l'été touche à sa fin pour les médias, les démocrates se gardent bien de tout commentaire et de nouvelles blondes bouleversantes de bêtise vont nous distraire. Lors d'une interview avec Jessica Simpson, j'ai pu constater à quel point la jeune chanteuse et ses petits shorts de cousine Daisy dans "Shérif fais moi peur, le film" méritent toute cette attention médiatique aux Etats-Unis (essayez de zapper pendant dix minutes entre CNN et CNN Headline News et comptez les blondes "qui font l'actualité".) Extrait de l'interview dans le Max de ce mois-ci sur les sacrifices de Jessica:
Question: "Tu as perdu beaucoup de poids pour le film... A quoi a-t-il fallu renoncer pour mener à bien cette remise en forme?"
(Jessica Simpson réfléchit fort): "C'est dur comme question... J'sais pas."
(Johnny Knoxville rompt le silence:) "La coke et le Wild Turkey! Ouaf ouaf ouaf!"
(Jessica a une illumination:) "Je sais! Les M&M's aux cacahuètes! Je mordais dedans pour enlever la croute de chocolat et garder seulement les cacahuètes au milieu."
Question: "You've lost a lot of weight for the movie... What did you renounce to get in shape?"
(Jessica Simpson thinks very hard): "That's a hard question... I dunno."
(Johnny Knoxville breaks the silence:) "Coke and Wild Turkey! Bwa hah hah hah."
(Jessica has a flash): "I know! Peanut M&M's! I would bite into them to remove the chocolate crust and keep only the peanut."
![]()
Je vous passe sa rêverie sur les joies du shopping et "dépenser plein d'argent." Cela dit, Jessica s'est bravement rendue en Irak pour remonter le moral des troupes, comme en témoigne cette photo.
En lisant le dossier de Libération de jeudi sur les jeunes Français qui décident de quitter la France "pour mieux respirer" j'ai été envahie d'une grande tristesse. "Tu as lu? C'est tout à fait ça!" m'a dit, navrée, une copine diplomate à Los Angeles. Culture de l'immobilisme, économie sclérosée, agressivité des rapports sociaux: tous les aspects les plus déprimants y sont. Exemple frappant: un jeune bijoutier qui envoit 5 CV à Vancouver, et reçoit 5 propositions d'emploi. En France, sur 22 demandes déposées, il n'avait obtenu qu'une seule réponse positive.
On me demande souvent pourquoi je suis partie fin 1994. Déjà, j'avais toujours eu envie de vivre à Budapest. Ensuite, après la fac (l'école de journalisme de Marseille), j'ai enchainé les stages sans perspectives. Passer sa jeunesse à mendier du boulot au lieu de travailler et d'apprendre me paraissait indigne et absurde. J'ai préféré créer mon propre emploi dans une société plus accueillante. Dix ans après, tout va plutôt bien, et je ne compte pas rentrer en France de sitôt -- ailleurs en Europe, oui. Quelque part, je crois que j'en veux encore à la France de m'avoir poussée à partir. Ce pays formidable sur bien des points pourrait être exceptionnel sans un taux de chômage révoltant, consternant depuis pratiquement l'année de ma naissance.
Le plus remarquable avec la France, c'est que mis-à-part les départs pour le Québec à l'époque de Louis XIV, le pays n'a jamais connu d'hémorragies migratoires -- corrigez-moi si je me trompe. Pas de "potato people" comme ceux partis d'Irlande ou d'Italie, selon l'expression délicate que m'a apprise un jeune latino de Los Angeles. La France est, par excellence, le pays qu'on ne quitte pas: n'existe-t-il pas une expression allemande, "heureux comme Dieu en France?" Est-ce que tout cela est en train de changer? Ma copine Ali, ravie d'être partie vivre en France et Fabulous Amy qui adore Paris ont du mal à comprendre mon amertume.
Budapest et Prague au début/milieu des années 90 étaient remplies de jeunes expats américains, "en réalité, des réfugiés économiques" pour reprendre la tournure d'un chroniqueur du Budapest Week. Ces jeunes avaient voulu fuir la crise et célébrer la chute du rideau de fer, mais dix ans plus tard, presque tous sont rentrés. D'ailleurs, ils se retrouvent le 10 septembre à Brooklyn, et je serai de cette Prague Fest pour renforcer le camp magyar de la "Génératon Expat".
+ Technorati: les liens à l'article de Libé
(Sur la photo, un souvenir de Budapest: mon copain photographe brillantissime Eric était venu me rendre visite sur le boulevard Erzsébet. Affaisé après un reportage très exigent, il avait besoin d'une petite bouffée apaisante et avait tenté vainement de me convertir.)
Je regardais la cassette d'une série prochainement sur ABC, Night Stalker, lorsque le héros, un jeune journaliste d'un quotidien de taille moyenne à Los Angeles (Le Daily News?) sort de la rédaction et rentre chez lui. Il saute dans une voiture de sport et arrive... dans une maison de verre, dans les collines d'Hollywood. Superbe! Elle ressemble furieusement au joyau architectural sur cette célèbre photo de Julius Shulman (ci-contre.) On voit le journaliste taper rêveusement sur un clavier dans la nuit, en contemplant la vue plongeante de Los Angeles sous les étoiles.
Une telle baraque coûte plusieurs millions de Dollars, remarquait une critique de télévision récemment lors d'un déjeuner au TCA avec Cathy. Les journalistes autour de la table ont ri en énumérant les palaces de gratte-papiers dans les films et à la télévision. Comme le mari de Meg Ryan dans Hanging Up, journaliste à la radio de service public NPR et dans une villa de style espagnole exquise... quoique tout est possible. Mais si nous faisons un peu de calcul, un journaliste employé dans les conditions décrites par Night Stalker gagne dans la vraie vie de 35 à 50,000 Dollars. De quoi louer un une-pièce quelque part à Los Feliz et conduire une Honda Civic. Le bon sens des scénaristes a du ramollir dans le jaccuzzi! Les journalistes sont si bien vus par le public qu'il faut en plus faire croire qu'ils vivent comme des nababs hollywoodiens? (Pour en savoir plus sur l'image des journalistes dans les films et à la télévision, voir le site Image of the Journalist in Popular Culture .)
Au TCA, le producteur de la série Law & Order a annoncé un deal avec TF1 en France, qui va adapter la série avec des acteurs français. Je suis curieuse de voir le résultat, sachant que les systèmes judiciaires américains et français sont très différents (détails en français ici et en anglais ici.) Par ailleurs, l'avocat français a tendance à être beau parleur mais rarement un homme de terrain comme l'avocat américain, qui emploie souvent des détectives privés -- c'est bien plus télégénique. Les scénaristes devront sans doute trouver un juste milieu.
Je me souviens qu'en Hongrie, il y a dix ans, les romans à l'eau de rose Harlequin (entreprise canadienne) remportaient un succès fou mais en étant sensiblement adaptés au niveau de vie local, pour ne pas faire enrager les lectrices. Les héros de 18 ans au volant de décapotables neuves sur les plages à Hawaii étaient difficiles à accepter dans un pays l'on économisait des années pour obtenir une Trabant. Jim et Cindy devenaient Péter et Agi, en week-end au bord d'un lac, très réminiscent du lac Balaton.