
Tim Cavanaugh publie un article intéressant sur le site de Reason sur l'argot des émeutiers en France. Ce mélange de verlan, de mots arabes et de français écrit phonétiquement sur les blogs et les forums lui rappelle le "nadsat" des bandes de jeunes dans Orange Mécanique: un mélange d'anglais, de russe et de mots inventés. Dans le roman d'Anthony Burgess, écrit Tim:
le narrateur, Alex, "ne se fait aucune illusion sur le monde dans lequel il vit: un Etat-providence débordé, politiquement calcifié, où les adolescents descendent dans les rues de façon menaçante quand ils ne sont pas bringuebalés entre écoles publiques et centres de détention pour jeunes."
The narrator, Alex, "harbors no illusions about the world he lives in—an overwhelmed, politically calcified welfare state where teenagers menace the streets when they're not being shuffled between public schools and juvenile detention centers".
Dans le livre et le film, la société est encore plus cruelle que ses jeunes voyous, et je vois mal la comparaison avec la France que je connais (et ses très bonnes écoles publiques.) Mais une jeune travailleuse sociale de Créteil, interviewée par Libération en septembre après Katrina dénonçait, elle, une certaine inhumanité dans la France de son point de vue:
"Ils ne nous aiment pas, on n'est pas bien admis. Pourtant, on fait tout pour rester dans le droit chemin. Il faut quelque chose de plus ? Que j'aille décolorer ma couleur ? Comme Michael Jackson? Ce n'est pas possible. Moi je ne suis pas de la génération à qui on a dit : "Allez, on vous a foutu dans un coin, restez entre vous." Moi, je vais aller là même si tu ne m'aimes pas. C'est sûr que si demain il y a une catastrophe ici, on ne va pas nous privilégier. On va privilégier ceux qui sont plus friqués, ceux qui ont une couleur plus propre. Nous, on passera après, en dernier, comme en Amérique."
"They don't like us, we're not very well accepted. Even though we do our best to stay on the right track. What do they want more? They want me to remove my color like Michael Jackson? It's not possible. I don't belong to the generation that was told: 'We've piled you up on top of each other, stay among yourselves.' Me, I go where [I want] even if you don't like me. For sure, if tomorrow a catastrophe happens here, they won't favor us. They'll favor people with more money and a cleaner color. We'll come last, after everybody else, like in America."
Libération a publié un autre article, "les rappeurs l'avaient bien dit", citant des chansons de rap français des dernières années annoncant des émeutes imminentes.
A Los Angeles, les Français expatriés parlent beaucoup des émeutes entre eux. Le sujet a été abordé hier lors d'une rencontre de journalistes français avec l'actrice Elodie Bouchez qui joue cette saison dans la série TV Alias (sur la photo, dans le décor futuriste de la série aux studios Disney.) Elle a grandi en banlieue mais la jeune femme charmante et réservée, qui s'était engagée dans un mouvement de défense des femmes musulmanes dans les banlieues, s'est prudemment gardée de tout commentaire (comme la plupart des célébrités françaises, à en lire cet article. Il déplorait le silence des stars du foot black/blanc/beur.)
SYLVIE DE CLICHY
Jeudi, lors d'une rencontre avec Sylvie Vartan à ce sujet, je lui ai signalé qu'un visiteur de ce blog, Roland, l'avait citée en tant qu'exemple d'intégration. Elle a trouvé ca sympathique. Car avant de devenir icône yé-yé, Sylvie Vartan a immigré, enfant, de Bulgarie et a grandi à Clichy-Sous-Bois, là où ont démarrées les émeutes.
Bien sur, c'était pendant les Trente Glorieuses quand l'économie était en plein boom et la cité était toute neuve. Elle disait que le fait de venir d'une dictature stalinienne et de ne pas prendre sa liberté pour acquise ont nourri son ambition et sa volonté de réussir (voici son commentaire à écouter en téléchargeant le fichier MP3 d'1mn 11'')
Of course, this was during the "Glorious Thirties," when the economy was roaring and the buildings brand new. But she said that coming from a Stalinist dictatorship and not taking freedom for granted had probably helped her to be ambitious and driven to success (you can listen to her in French
by downloading the MP3 file. It's 1 mn 11 sec.)
Anthony Burgess a écrit Orange Mécanique à peu près à la même époque, en 1961: "J'ai voulu montrer un personnage, Alex, totalement libre et que sa liberté poussait vers le mal, dont les actes de violence ne constituent qu'une expression" disait-il au Magazine Littéraire en 1974. Son bouquin servait déjà de référence à chaque montée de violence urbaine: "Je désire montrer que la violence, cette explosion d'énergie qui ne trouve pas d'issue positive et se consume en brutalité gratuite n'est qu'une phase du développement de l'individu."
Ni putes ni soumises n'est pas un mouvement féministes de plus. Il a été créé en reaction au meurtre d'une jeune fille musulmane de vitry brulée vive parce qu'elle s'était 'mal conduite'. C'est une asso (devise 'égalité, mixité, laïcité') qui vise explicitement à défendre les désirs d'émancipation des femmes des 'quartiers', opprimées par une culture machiste de banlieue, inspirée largement par un islam mal compris.
C'est bien avant tout une asso de défense des femmes musulmanes.
Voir leur site http://www.niputesnisoumises.com/
Je ne suis pas d'accord avec ce qualificatif, car dans les banlieux, il y a des femmes musulmanes, mais aussi des femmes juives, catholiques et, oui oui, même, des athées.
C'est un mouvement féministe qui défend spécifiquement les droits des femmes dans les banlieux et les grands ensembles urbains mais ça me gêne quand on qualifie les femmes de ces quartiers comme musulmanes. Ca m'énerve quand c'est un ministre de l'intérieur très à droite, ça me fait enrager quand c'est une journaliste que je suppose de gauche (je confesse effectivement que dans ma petite tête pleine de manichéisme et d'idées préconçues, une journaliste qui bosse pour Libé est forcément de gauche).
Stéphan,
le "mouvement" ne fait pas référence à "ni putes ni soumises", assoc qui bien évidemment défend toutes les femmes, et que l'on pourrait qualifier d' association de femmes des cités.
Mais comme le souligne Philippe, ce "mouvement" (en faisaint référence à cette "pétition") répondait précisément à répondre à cet assassinat des femmes musulmanes. Mais vous avez raison: il faut être précis et vigilent et si vous l'avez compris comme ca, c'est que ce n'était pas assez clair.
PS: je ne suis pas "de gauche", mais il en faut plus pour me faire enrager ;)
Tiré de la version anglaise (c'est un blog bilingue après tout) du site de NPNS :
"Housing projects are located in the suburbs surrounding such large cities as Paris, Marseille and Bordeaux, built in the 1950s and 1960s to provide low-income housing for the influx of immigrants, most of whom were from Algeria, Tunisia and sub-Saharan Africa. Th*re has long been a high concentration of social problems in these areas, but "during the last 10 years, the worsening of the economic situation really accelerated," says Helene Orain, a sociologist and one of the movement's main organizers. ...
To counter these problems, many young people in the "quartiers" have turned to religion, in most cases Islam. In the fundamentalist, often distorted version of religion to which many of the youth adhere, women are inferior to men in every respect. ..
Today, says Orain, boys are often belittled and discriminated against in jobs and in school, so they take out their aggression on those they can still dominate: girls.
20 years ago, women in the "quartiers" were either "closed in and had no rights" or were "considered prostitutes." But today, she says in an interview, "they also suffer from rapes and violence." ...
Members of the group say girls are subjected to a hidden system of surveillance, in which neighbors, older brothers or even other girls scrutinize them everywhere they go. Any deviance--smoking, hanging out with boys-- is promptly reported back to their parents. First and foremost, the girls are judged by their clothes, which, according to the code of the cites, are expected to cover up their bodies. ...
Some even resort to wearing a veil--not necessarily because of their Muslim beliefs, but as a way to protect themselves, says Orain. ...
Chastity is so important that some parents ask a gynecologist to testify to their daughters' virginity and some girls undergo operations to stitch up their hymens. Faced with the double-edged danger of becoming victims or of losing their reputations, many girls are banned (or ban themselves) from going out at all.
...Hence, say the movement's organizers, the girls are more likely to give up their education and succumb to forced marriages imposed by their parents. ...
The goal of the movement is to show these girls and young women an alternative and call attention to their condition. ...
"We are the women of the quartiers who have decided to no longer be silent in face of the injustices with which we live, and to reject the idea that in the name of a 'tradition' or of a 'religion' or simply of violence, we are condemned to suffer." ..."
C'est bien avant tout une assoc' de défense de femmes musulmanes, ou opprimées au nom de l'islam. Je ne vois pas en quoi ça serait spécialement de gauche de refuser ce fait.
Bonjour l'orthographe de bon matin dans mon commentaire précédant, et merci Philippe pour ces précisions. Dire que NPNS défend les femmes opprimées au nom de l'Islam (par des extrémistes) me parait le plus correct, car c'est vrai que les femmes et jeunes filles de ces quartiers n'ont pas à être musulmanes ou issue de l'immigration africaine ou nord-africaine pour souffrir du fanatisme et de la bigoterie de certains manipulateurs de l'Islam.
Bref, je comprends mieux le malaise initial de Stéphan, dans un climat ultra-tendu de surcroit.
Hum, je vais vraiment avoir l'air du mauvais coucheur qui n'est d'accord avec personne, mais ce sont bien surtout les filles issues de familles musulmanes qui sont opprimées au nom de l'Islam par leur famille ou leur voisins ! Ce sont bien elles que NPNS cible avant tout expressément. Pas exclusivement, d'accord, mais surtout et avant tout...
On est d'accord Philippe!
j'ai vu cet article dans Libé, que j'ai trouvé très bien, et qui allait de pair avec l'intervention de Kool Shen (NTM) Sur canal, en présence d'Azouz Begag...
nan, nan,
npns est une création du ps.
npns propage les idées bourgeoises bcbg du ps.
npns est financé par l'état.
les dirigeants de npns sont main dans la main avec les politiques et les medias.
npns vie du racisme et de l'islamophobie et les propage.
npns fait de la récupe selective et chosie ses cibles.
1 femme meurt tous les 4 jours de violence conjugales, npns s'en fout parceque sa lui raporte rien, sauf si ça se passe dans une cité et que ça met en cause des arabes, la c'est porteur et sa peut se vendre, donc ça les interresse, et ils prennent un mégaphone pour que tout le monde soit au courant, en disant regardez! c'est eux!
npns prend tout le monde pour des cons et jouent avec les politiques, les medias, l'islamophobie et le racisme, un jeu dangeureux ... mais tous les fillons ont une fin .. bien heureusement!
Salut,
Juste pour préciser que "Ni putes, ni Soumises" n'est pas une association défendant les femmes musulmanes, mais est une association défendant les femmes tout court contre le machisme et la bigoterie de certains.