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November 22, 2005
deux journaux, deux pays


Récemment, deux journaux que je lis régulièrement ont annoncé le licenciement d'environ 10% de leurs journalistes: 85 postes supprimés au Los Angeles Times en Californie (journal très bénéficiaire), 35 au sein de la rédaction de Libération en France (qui perd de l'argent). Matt contribue au LA Times, je pige pour Libé. Le journal actuellement en grève n'est pas celui qui vous parait le plus évident. Même si, c'est vrai, on s'attend toujours au français dans ces cas là.

Recently, two newspapers that I read regularly announced the firing of nearly 10% of their newsrooms: 85 jobs chopped at the Los Angeles Times (a newspaper with a double-digit profit margin), 35 inside the editorial side of France's money-bleeding national daily Libération. Matt contributes to the LAT, I string for "Libé," as they call it in France. The newspaper that has gone on strike as a result is not the one you'd expect. OK, of course you'd expect the French paper. But still.

La semaine dernière, pour se tenir au courant de ce qui se préparait à Libération, les pigistes loin de Paris comme moi se sont repassés par e-mail un article... du Figaro, faute d'infos sur le site même du journal. En Californie, les bruits de couloirs au LAT ont vite trouvé leur chemin sur les blogs, dont Romenesko et L.A. Observed.

Last week, in order to keep informed of what was brewing at Libération, freelancers like me who were far from Paris forwarded each other an e-mailed article by ... the competiting paper Le Figaro, because we couldn't find fresh news on our own paper's website. In California, insider tidibits about the LAT quickly found their way to blogs, including Romenesko and L.A. Observed.

Au Los Angeles Times, le message de 500 mots du rédacteur en chef Dean Bacquet va droit à l'essentiel: "J'ai le regret de vous informer que la rédaction du Times va perdre 85 emplois d'ici la fin de l'année." Il termine les deux pouces en l'air: "Nous aurons quelques semaines difficiles mais nous nous en sortirons." Les licenciements seront vite expédiés, d'ici fin novembre, et zou.

At the Los Angeles Times, Editor Dean Baquet's 500-word staff memo gets straight to the point: "I very much regret to announce that The Times will have to lose about 85 newsroom jobs before the end of the year." He concludes with the American two-thumbs-up: "We're in for a few difficult weeks, but we will get through this." The layoffs will be processed quickly, before the end of the year, zoom.

A Libération, la lettre envoyée aux employés (désormais publiée) et longue de 1300 mots est beaucoup plus fleurie, évoque un "nouveau Libération" et le "recentrage sur notre coeur de métier." Le PDG Serge July attend les tous derniers paragraphes pour signaler prestement les suppressions d'emplois... comme dans l'espoir de faire reculer l'inévitable, qui n'a pas manqué: grève générale au journal, votée illico ce lundi.

At Libération, the letter to the staff (which is now online) is a 1,300-word long, much more flowery piece of prose that evokes "a new Libération" and the "refocusing on the gist of our jobs." (A play on words involving journalism and heart.) Chairman Serge July waits for the very last paragraphs to quickly mention the job cuts ... as if he hoped he could put off the inevitable, which of course couldn't be avoided: a full strike at the newspaper, voted on within minutes this Monday.

Le secteur de la presse est en crise ici comme en France, avec des défis très similaires à relever. A la grosse différence que Libé déplore des pertes d'exploitation élevées (6,6 M€ en 2005) alors que le Los Angeles Times dégage de gros profits (19% cette année pour le groupe Tribune Co), comme quasiment tous les journaux américains ayant licencié cet automne!

The print media is in crisis here and in France, with some very similar challenges to overcome. The main difference is that Libé is burdened by a heavy deficit (6.6 M€ in 2005) while the Los Angeles Times makes huge profits (19% this year for Tribune Co), as do most of the American daily papers that have killed jobs this fall!

+ Le blog des salariés de Libération en grève: LibeLutte / Liberation's strike blog LibeLutte

Posted by Emmanuelle at November 22, 2005 12:06 AM
Comments


A mon sens, tous les secteurs sont en crise perpétuelle liée au syndrome "moi actionnaire vouloir plus profit".
Voyez GM, Carrefour, Deutche telecom...
C'est seulement quand vous êtes viré, que vous commencez à penser "autrement".

Posted by: Salade at November 22, 2005 2:02 AM

Dans le cas de Libé, c'est une question de survie avant profits. Mais on n'a pas besoin d'être partie prenante pour être choqué par la violence du geste : une rédaction amputée de 10% de ses effectifs! Perso, j'accepte la triste nécessité des licenciements quand la boite est réglo le reste du temps: adepte d'une gestion rigoureuse et cohérente, pas du genre à placardiser du personnel "bois mort" pendant des années au détriment de nouvelles embauches, etc.

Un ancien de Libé m'apprend que cette grève est historique, les employés ayant régulièrement menacé de faire grève sans s'y résoudre.

Posted by: Emmanuelle at November 22, 2005 11:30 AM

Dans le communiqué des patrons de Libération, l'annonce des pertes d'emplois tout à la fin figure les soubresauts de la descente.

Posted by: David Carradine at November 23, 2005 9:29 AM

c'est marrant ce communiqué de la direction : j'ai toujours cru que le b.a.-ba du journalisme était de placer l'info au top puis de dérouler l'explication ensuite. là, c'est complètement upside down. cela venant de journaleux-en-chef... hm... ça en dit un paquet sur la gestion du canard ;)
[sinon j'en profite pour dire que j'aime beaucoup vot'blog, je lis souvent, je commente quasiment jamais - un peu upside down comme attitude aussi]

Posted by: MC B at November 23, 2005 11:42 AM

Un truc très important, auquel on n'a pas fait assez attention sans doute, c'est ce qu'a dit Edouard de Rothchild au moment où il a pris une grosse participation dans Libé.
Il affirmait grosso modo que la "marque" Libé (son pouvoir d'influence, de séduction, de conviction) valait beaucoup plus que tous les déficits cumulés du journal.
C'est à ce moment là qu'idéalement les gens de Libé auraient dû se mettre en grève: à l'instant prècis où on leur annonçait que leur journal devenait une sorte de flacon de parfum, et le journalisme à venir du markétage d'opinion.
En faisant cette grève à contre-temps, et en creusant le déficit du journal, que le bon Edouard finira généreusement par renflouer, ils ne font que donner du poids à sa stratégie.

Posted by: claude delannoy at November 24, 2005 7:44 AM

Merci MCB, bien vu et de même Claude, car depuis que je fréquente les couloirs du journal (chaque année pour saluer les reds chefs et collègues avec lesquels je travaille) il est question de cette "marque" Libé, si précieuse, qui vaut encore suffisamment pour assurer l'avenir du journal.

Le message de soutien des journalistes CFDT du grand rival Le Monde est symptomatique:

"Trop souvent, la recherche de la rentabilité s’exerce au détriment de la qualité rédactionnelle et des emplois."

Trop souvent? Quand? Est-ce que Libé a jamais été rentable? A cherché à être rentable comme n'importe quelle entreprise? Comme si la recherche de la rentabilité était obcène et non vitale. Entre le culte des actionnaires comme au Los Angeles Times et le déficit permanent élevé au rang de mode de fonctionnement, il devrait y avoir un juste milieu, non?

Posted by: Emmanuelle at November 24, 2005 7:27 PM

Libé et Le Monde sont d'ubuesques gouffres à phynance.

Ca finit par poser problème, non pas de sous, mais de fond.

Le Canard Enchaïné, qui mêle assez paradoxalement vieille culture anarcho-syndicaliste et gestion de bourgeois pépère et bien gras, n'a jamais cessé d'affirmer que l'indépendance d'un journal, c'est d'abord son indépendance financière.
Il a raison.

Il est assez symptomatique de la situation française que les deux plus influents supports de presse nationale écrite vivent sous perfusion permanente de pognon, via les subsides d'un Etat curieusement généreux, ou le soutien "bienveillant" d'actionnaires privés.

Posted by: claude delannoy at November 25, 2005 3:10 AM

Voir à ce sujet l'article du NY Review of Books : the end of news ?
http://www.nybooks.com/articles/18516

"It is a striking paradox, however, that newspapers, for all their problems, remain huge moneymakers. In 2004, the industry's average profit margin was 20.5 percent. Some papers routinely earn in excess of 30 percent. By comparison, the average profit margin for the Fortune 500 in 2004 was about 6 percent. If the Los Angeles Times were allowed to operate at a 10 to 15 percent margin, John Carroll told me earlier this year, "it would be a juggernaut."

Pas exactement le même probleme que libé...

Posted by: Guillermo at November 25, 2005 3:28 AM

Amen à ce lecteur:

"Laissez les jeunes aux commandes! De plus, qu'un actionnaire exige un retour sur son investissement, quoi de plus normal !

Vous découvrez aujourd'hui ce que vous décrivez depuis des années dans vos colonnes. Vous avez oublié que l'indépendance éditoriale se gagne aussi par une bonne santé économique [...]"

Posted by: Emmanuelle at November 26, 2005 10:59 AM

La différence entre les deux lettres annonçant les licenciements révéle la manière dont on affronte les réalités...

Mais elle est aussi symptomatique de méthodes d'études qui m'avaient été présentées ainsi il y a longtemps (je n'ais pas vérifié)
Quand un Français fait une étude pour préparer une décision il consacre 90% du document à comparer les solutions envisagées et 10% à développer celle qu'il propose de choisir
Un Américain fait l'inverse: 10% sur la comparaisons, 90% sur le développement de la solution choisie.

Un bon gestionnaire devrait se demander en permanence comment améliorer l'efficacité de son organisation, comme un bon cuisinier devrait chercher à améliorer ses recettes.
Si je peux trouver une solution pour tondre ma pelouse plus vite et avec moins de fatigue qu'avec la méthode actuelle, pourquoi ne pas le faire?
En France, rechercher des progrès de productivité(sans forcément parler de licenciement) parait dans certains secteurs incongru. Dans des entreprises publiques, j'ai entendu des responsables s'y opposer au nom de la lutte contre le chômage.
Certains estiment qu'une entreprise qui fait des bénéfices ne devrait pas licencier.

Le résultat est là: il y a plus de chômage en France qu'aux USA

Battons nous pour anticiper l'emploi, pour gérer les mutations sociales au mieux pour les personnes , sécurisons les parcours professionnels. Mais n'oublions pas de faire vivre nos entreprises, c'est à dire de les développer de manière rentable!

Posted by: Verel at November 27, 2005 1:37 AM

bonjour ! ... connaissez-vous la journaliste MIREILLE GUILANO ???

Posted by: JAMES CARREYRE at December 5, 2005 10:14 AM

connaissez-vous la journaliste Mireille GUILANO ??

Posted by: JAMES CARREYRE at December 5, 2005 10:15 AM

By the time he died in 1910, Mark Twain was perhaps the best-known national celebrity. icct.ca His final illness, death and funeral were treated as front page news across the country. espana.sitioanuncios.com Most papers relied on the Associated Press reports of these final events; by clicking on the paper at left, buynanomask.com you can see how the AP covered the story. Diamonds http://www.soulfulartonline.com/links.html

Posted by: Diamonds at January 28, 2006 4:48 PM


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