
Un lecteur du megablog Boing Boing a crée ce petit bouton anti-censure, en réaction aux récents événements: Boing Boing est bloqué par les filtres de plusieurs gouvernements de pays où l'internet est centralisé (les Emirats, Quatar...) Ces censeurs ont en commun d'utiliser le logiciel SmartFilter... fier produit d'une compagnie américaine, comme le souligne le prof Reynolds. SmartFilter a décidé que BB contenait de la "nudité" et a classé le blog dans cette catégorie tabou. Malgré des tentatives, Xeni n'a jamais réussi à les faire revenir sur leur position.
Le problème n'est pas nouveau: les filtres crées par ces compagnies bloquent une myriade de sites tout à fait légitimes (sur le cancer du sein, ou des blogs qui ont le malheur d'employer certains mots-clef...) C'est virtuellement impossible d'être retiré de ces listes noires.
Je sais, par exemple, que emmanuelle.net est inaccessible d'au moins une université en France, et apparemment, tous mes e-mails envoyé de mon addresse "emmanuelle.net" sont bloqués par Wanadoo. "Emmanuelle" est peut-être classé en tant que site érotique par des robots ou des employés particulièrement incompétents... Le résultat est le même: les fabricants de filtres n'ont pas la décence de vous avertir que votre site est banni par leurs soins et vous n'avez aucun recours. Leur écrire revient à envoyer un mail au Pape.
D'où cette campagne de boycott contre SmartFilter. Malheureusement, je discutais encore hier avec Phillip Leslie, un économiste de Stanford spécialisé dans les boycotts. Il disait que les boycotts de consommateurs envers des produits ou des entreprises se comptent par centaines à tout instant, et semblent avoir très peu de conséquences sur, entre autres, le cours des actions en bourse. Quelle influence peut avoir l'opinion publique, alertée de la situation par les médias et les blogs?
Boing Boing publie un guide pour surfer en déjouant la censure de SmartFilter. J'avais réuni quelques liens lors de ma présentation à Lift06 à Genève le mois dernier sur l'anonymat sur le Net. Malheureusement, ces solutions sont souvent réservées aux geeks, et je rêve du jour où un site ultra-accessible pour surfer anonymement comme feu-SafeWeb refera surface. Toutefois, les liens sont ci-dessous, en anglais:
Comme en guise de PS à l'article précédant, cette histoire illustre comment des camphones utilisés à bon escient peuvent conduire à l'arrestation de pervers véritables. L'été dernier, une photo prise à la volée par une jeune femme dans le métro de New York a permis d'identifier et d'arrêter un restaurateur exhibitionniste. Détail important: la photo, d'abord publiée sur Flickr et Craigslist a permi de retrouver le coupable uniquement après l'intervention de la presse traditionnelle dans cette chasse au pervers. Hier, il a plaidé coupable d'obcénité en public et risque trois mois de prison s'il recommence ses méfaits.
Vous vous souvenez des années 80, quand les jeunes Américaines sur les campus exigeaient d'être appellées "women" par les garçons de leur âge au lieu de "girls" et hurlaient au viol à chaque fois qu'un homme osait un compliment sur leur apparence? Je pensais que cette époque d'hystérie collective était révolue. Mais j'apprends par le New York Post que des New-Yorkaises victimes d'agressions verbales machistes ou cochonnes se vengent en photographiant les coupables avec leur téléphone portable. Une demi-douzaine de filles et un garçon publient ensuite les photos en ligne sur un moblog, HollaBack NYC, selon le principe très puritain d'infâmie publique, façon Lettre Ecarlate.
On s'attend à ce que les agresseurs ainsi stigmatisés soient des monstres de muflerie et de grossièreté, la version américaine des lâches sagouins du métro parisien, qui profitent de la cohue des heures de pointe pour peloter les femmes, se frotter contre elles ou s'exhiber. Mais pour déchainer les foudres des vengeresses newyorkaises de Holla Back NYC, il ne suffit pas de grand chose: il y a ce clochard qui a eu l'audace d'appeler une fille "déesse" en espérant obtenir une pièce ou ce black à bonnet qui rappe: "Yo baby, tu es superbe! J'aimerais bien me faire ça! Mmm..." Certes, c'est vulgaire, mais au lieu justement de communiquer ca au type, la "victime" évite toute confrontation et prend la photo sous un faux prétexte! L'une des auteures du blog décrit son aventure la plus traumatisante au New York Post: "Je portais des bottes de cow-boy dorées et ce type me dit: 'Jeune fille, je veux être ton poney!'"
Oh, le cauchemar! L'article ne dit pas si ces nanas sont heureuses en amour, parce qu'avec une telle hostilité d'écorchées vives envers les hommes, c'est mal barré. Quel drôle de pays tout de même, où des femmes qui portent des bottes de strip-teaseuse, des tee-shirts "porn star" ou d'affreux survêtements avec "Juicy" écrit en grosses lettres sur les fesses (la grande mode ici) s'offusquent de susciter des commentaires à voix haute. Sisters, il reste à faire, mais ne nous trompons pas de combat. La meilleure histoire de revanche jamais entendue était très "low-tech", racontée par un copain: une nana énervée par les agissements d'un pervers qui pelotait les femmes dans son wagon de métro a saisi la main du type et l'a levée en l'air en demandant bien fort et en riant: "A qui elle est cette main baladeuse?"
Libération publie ce lundi mon article sur l'intérêt croissant des employeurs américains et de leurs détectives privés pour les blogs de leurs employés et candidats à l'embauche. ("Full disclosure": le journal a envisagé de signaler ma formation de détective et a visiblement renoncé. Bien entendu, je n'ai aucune relation personnelle ou professionnelle avec les personnes interviewées. Tenir un blog est en soit une façon de travailler constamment à visage découvert...)
Aux Etats-Unis, quatre entreprises sur cinq disent enquêter systématiquement ou presque toujours sur leurs candidats à l'embauche. Quand ils n'ont pas leurs enquêteurs "in house", ils recrutent des cabinets de détectives spécialisés comme Background Network dans l'Ohio (qui tient un blog sur ce secteur dit du "background check".)
J'ai été surprise d'apprendre dans le papier éclairage français qu'il est interdit en France de faire une enquête de préembauche. Ce qui me laisse à penser que les employeurs comptent d'autant plus sur les blogs et les recherches en ligne pour se renseigner sur vous, s'ils n'ont pas accès à tous les documents dit de "domaine public" disponibles aux Américains.
Vu les coûts de l'embauche en France et l'engagement que cela représente pour le patron, il me paraitrait normal de pouvoir vérifier si mon futur caissier a déjà été condamné pour vol ou si un professeur dans mon établissement a été condamné pour abus sexuel sur mineur. Je préfère faire ces vérifications moi-même de façon préventive plutôt que d'attendre d'éventuels problèmes et l'ouverture d'une enquête par la police.
Aux USA, les personnes qui travaillent en contact avec de l'argent, des enfants ou sont chargés de la sécurité sont les premières soumises à ces enquêtes, toujours effectuées avec l'accord du candidat. Lequel est libre de refuser. Bien sur, l'employeur peut en conclure que vous avez quelque chose à cacher et votre CV passe à la trappe. Mais pas toujours: le candidat qui prévient son employeur des informations gênantes susceptibles d'être déterrées peut accroitre ses chances. Peter Turecek, cité dans l'article, raconte ici comment sa "transparence" lui a permi d'obtenir son emploi actuel à Kroll.
Le problème, c'est que les entreprises U.S. poussent les contrôles au dela des limites du raisonnable et empiètent sur la vie privée: "Nous faisons tous des erreurs, et si nous sommes constamment punis pour chaque petite chose, la société peut devenir un terrible endroit," constatait une chercheuse spécialisée sur les droits à la vie privée au magazine Reason.
On pense notamment à cette pratique abusive et très fréquente ici de tests de détection de drogues, d'alcool et même de tabac dans les urines, avant l'embauche ou au grée des caprices de l'employeur. Selon le Los Angeles Times d'hier, certains états autorisent les entreprises à virer des employés qui fument en dehors des heures de bureau. Si une enquête révèle que la personne fume en violation des règles de la compagnie (une photo de vacances au Mexique, cigare à la main sur un blog par ex.) l'employeur a le droit de lui remettre la fameuse "feuille rose" de licenciement. Pourquoi? "C'est à cause de l'argent," comme dirait Popeye. Parce qu'aux USA, ce sont les employeurs et non pas l'Etat qui assument les coûts de la santé de la classe moyenne laborieuse, et l'assurance-maladie d'un fumeur coûte bien plus cher que celle d'un marathonien du dimanche.
"C'est un bon moment pour être en vie," pour reprendre l'expression de Laurent Haug, un tantinet exténué mais heureux en clôture de sa conférence internet réussie, Lift06 à Genève: de nombreuses vidéos et commentaires affluent sur le blog de Lift. A noter la présentation tout à fait d'actualité de Mark Laperrouza sur l'Internet en Chine. Elle contient ce commentaire glaçant d'un blogueur chinois en référence à la controverse Yahoo! en Chine:
“La Chine n'a pas seulement changé un certain train de vie des occidentaux en fournissant des biens de consommation pas chers, mais a aussi utilisé son énorme marché pour changer les valeurs morales de l'Occidental.”
Chiu Yung, Chine du sud
“China not only changed certain lifestyles of Westerners by providing inexpensive goods, but also used its enormous market to change Westerner’s moral standards”
Chiu Yung, Blogger, Southern China
Je sais, je sais, la conf remonte à deux semaines déjà et je n'ai rien blogué: trop de boulot et un besoin vital de s'éloigner de l'ordinateur. D'ailleurs, ca sent le sapin pour moi, avec cette nomination pour le "Pyjama de Satin" de "meilleure momie de la blogosphère" chez Fistful of Euros, ou tout comme (Lifetime Achievement Award). Comme les vieux crabes de Hollywood dont les noms circulent chaque année aux Oscars pour recevoir une statuette d'honneur pour l'ensemble de leur carrière, ultime coup de chapeau nostalgique aux has-beens sur le point de "rendre les clefs de la chambre" comme disent les Américains!