
Une amie me dit qu'une présentatrice de CNN (US, pas International) commentait les images des manifestants refoulés par les CRS avec des lances à eau et du gaz lacrimo et a affirmé tout haut que cela lui "rappelait un peu Tiananmen." Cette histoire est confirmée. Fox News met le paquet à son tour avec une sélection d'images choc. Pendant les émeutes dans les banlieues françaises à l'automne dernier, à regarder les flammes à la télévision américaine, on se croyait en Irak. En même temps, ce jeune blogger relaye une rumeur selon laquelle "la télévision française censure les images des émeutes les plus dérangeantes..."
PS: Libé sur l'affaire et ses conséquences.
Matt a téléphoné de son arrêt de bus sur Sunset boulevard, où des lycéens manifestaient contre la réforme de l'immigration ce matin, tous dopés par le succès phénoménal de la Gran Marcha de samed (voir ci-dessous.) Il y a avait à peu près 300 ados, quand j'ai pris la photo vers 9h30 du matin (ici.) La police leur a demandé de "dégager la voie, les enfants." Quelques drapeaux mexicains, aucun drapeau américain (pour faire plaisir au commentateur politique Mickey Kaus, qui comptait les drapeaux samedi) , et beaucoup de fils blancs d'écouteurs iPods: pourquoi diable participer à une manif avec son iPod à tue-tête?
PPS: The Los Angeles Times opinion blog, Opinion L.A. has launched, all about immigration today (Tuesday.)
Vu ce matin à Los Angeles à la grande manif des sans-papiers contre plusieurs réformes de l'immigration potentielles: cet Abraham Lincoln latino sur échasses. Il a beaucoup amusé les automobilistes avec pile: le drapeau américain, face: mexicain. Ma copine Cathy a téléphoné de East L.A., en pestant contre les bouchons provoqués par ces terribles gauchistes! Je me rends compte qu'avant de venir aux Etats-Unis, je n'avais jamais développé d'amitiés avec des personnes si formidables et différentes, politiquement ou autre. L'Amérique a un pouvoir singulier. Thank you America.
C'était le titre d'un éditorial du Los Angeles Times il y a deux jours, avant même les premiers incendies de voitures, et il ne pourrait pas mieux décrire l'incompréhension ici aux Etats-Unis. Le CPE était mal ficelé, mal présenté et discriminatoire envers les jeunes (cf. explications sur la radio américaine NPR), mais on reproche beaucoup aux étudiants de ne pas comprendre des principes économiques de base. Leur réponse? Des manifs exprimant une résistance viscérale à une flexibilité de l'emploi en général. Les jeunes Français paraissent complètement coupés de la réalité, presque capricieux même pour exiger la même sécurité de l'emploi que la génération de leurs parents, au lieu de se battre pour... une société créatrice d'emplois tout court, pour changer.
N'ayant jamais eu de "sécurité de l'emploi", à laquelle je ne goûterais probablement jamais, je peine à comprendre cette obsession française du CDI ou du fonctionnarat à vie. Changer de boulot est moins casse-tête dans un pays comme la France où l'assurance santé ne dépend pas de son emploi, comme ici aux USA: en se faisant virer du jour au lendemain (l'un des risques permanent, décrit par le Piou ici), on perd souvent en même temps la couverture santé de toute la famille et ca peut être la cata. Trop de stabilité de l'emploi entraine immobilisme (d'où l'expresison américaine, "le cercueil de velours") et exclusion, à mon sens.
Pendant qu'en France, des manifestants remplaçaient le drapeau tricolore de la mairie de Marseille par une banderolle "Non au capitalisme", on apprenait ici que le marché de l'emploi pour les jeunes diplômés américains est le plus radieux depuis 2001, selon une étude citée par Reuters. "Nous nous rapprochons du plein-emploi et certains employeurs songent déjà aux avantages à offrir pour attirer les meilleurs," explique le patron de l'institut auteur de l'étude. Quel contraste avec le taux de chômage des récents jeunes diplomés en France, estimé à 23%.
Toutefois, quand des Américains s'exclament avec horreur: "Encore des manifs en France!" je souligne (et c'est typique des expats sur la défensive quand on critique la patrie) que, au moins, les Français n'avalent pas tout ce que leur propose leur gouvernement sans broncher. OK, ils n'avalent aucune réforme même et c'est c'est sans doute au coeur de la crise actuelle, mais les Etats-Unis souffrent d'un excès contraire. Selon plusieurs sondages, 68% des Américains sont mécontents de la gestion de la guerre en Irak, et 68% sont mécontents du système de santé U.S. Deux tiers de mécontents sur ces questions essentielles, et quelle passivité! Le week-end dernier, pour le troisième anniversaire du conflit Irakien, ils n'étaient que "quelques milliers" à Los Angeles, 200 devant le Pentagone près de Washington!
PS. and a question: where is Sabine Herold these days?
Photo: Reuters
Le fameux épisode de South Park sur la Scientologie, dont tout le monde parle ici à Hollywood, depuis que Tom Cruise aurait empêché sa rediffusion la semaine dernière, est sur YouTube (gratuitement, pour combien de temps?) A visionner aussi: Stephen Colbert vous explique la Sciento et se laisse influencer par Beck, qui fréquente le nouveau centre de sciento près de chez nous...
PS: South Park Scientology Saga Staggers On: Chef is Back--Or is He?
PPS: In last night's (03/22) episode, The Return of Chef, Chef ends up devoured by wild animals. Watch video here and here. Here's the kids of South Park's eulogy to Chef, a thinly disguised satire of Scientology:
"A lot of us don't agree with the choices the Chef has made in the last few days. Some of us feel hurt and confused that he seemed to turn his back on us. But we can't let the events of the past few weeks take away the memories of how Chef made us smile. We shouldn't be mad at Chef for leaving us. We should be mad at that fruity little club for scrambling his brains."
PPPS: Scientology may be shrinking according to this long and very interesting expose in Rolling Stone magazine.

En PS à l'article précédant sur Denzel Washington et l'art et la mannière d'interpréter des flics new-yorkais, différents des flics de Los Angeles, l'ami photographe Eric Franceschi de Marseille envoit "un cop marseillais": entre L.A. (on ne quitte pas la voiture) et New York pour la tchache surement... J'adore le petit manteau patriotique du chien. Eric, you're the best! (j'ai poussé un peu trop sur le floutage du visage, et le policier est tristement transformé en alien rose...)
Lors d'une séance d'interviews ce week-end à New York pour la sortie du nouveau film de Spike Lee, Inside Man (très réussi) Denzel Washington nous a expliqué la différence entre interpréter un flic de New York et un flic de Los Angeles. Son personnage dans Inside Man est new-yorkais pur jus et bavard comme lui. Il décrit les policiers de New York et de Los Angeles dans cet extrait audio (1'22" à télécharger en MP3 ici avec en bonus, une histoire de sandwich aux cornichons.)
"A New York, (pour un flic) il faut avoir du talent dans ses relations avec les gens et savoir s'adapter. A Los Angeles, vous faites signe à la personne d'arrêter sa voiture sur le bas-côté... vous l'isolez, vous sortez de la bagnole... Les flics à L.A. ont plus de contrôle: ils arrivent par derrière. Ici, à New York, vous avez plein de gens autour, vous ne savez pas qui est qui..."
Je peux confirmer: impossible de protester avec les policiers de L.A. Mais si vous faites preuve d'humilité ("Vous avez raison, officer, je me disais justement que je roulais trop vite..") ils sont en général coulants. Du moins dans mon expérience de Frenchie, qui, avec son gros accent, doit certainement les distraire des criminels plus sérieux dans les quartiers alentours, infestés de gangs.
""In New York, (for a cop) you have to have people skills. And you have to adjust. In Los Angeles, you pull out behind someone, you isolate them, you get out of the car... but they have more control. They come out behind you. Here (in NYC), you have people all around, you don't know who's who...""
I can confirm that it's impossible to protest with L.A. cops. But if you act humble ("You're right, officer, I was actually thinking that I was going to fast...") they're pretty lenient. At least that's what I experience as a Frenchie, whose thick accent is probably a little distraction from the more serious thugs in the nearby crime-infested neighborhoods.
(Photo: Universal Studios)
Tous les mails envoyés à mon adresse "emmanuelle.net" ne me parviennent pas depuis ce matin. Essayez plutôt l'adresse en cliquant sur "e-mail" plus haut.
Selon les informations de Nikki Finke, une journaliste spécialisée sur Hollywood (et un sacré personnage,) les réalisateurs français de La Marche de l'Empereur célèbrent leur oscar du meilleur documentaire en préparant peut-être une action en justice envers le distributeur américain, Warner Independent.
J'en ai immédiatement parlé à mon rédacteur en chef à France Info. Il a joint le producteur Yves Darondeau au téléphone, qui dément formellement: le producteur sait que des rumeurs ont circulé à Hollywood, mais en apprenant le contenu du blog de Finke, il affirme "tomber du placard." Darondeau n'est pas allé jusqu'à siffler "non, pas de procès en ce qui me concerne" en language pingouin. (Dimanche soir aux Oscars, l'équipe des manchots avaient sifflé "merci" en recueillant leur trophée. Et l'ont refait en salle de presse: écouter ici.)
L'article sur le blog de Nikki Finke commence à être repris sur le Net, et j'imagine que la presse spécialisée est sur le coup. La perspective du procès pouvait sembler logique, juste après l'Oscar: La marche de l'empereur, le plus gros succès du cinéma français aux Etats-Unis a engrangé près de 80 millions de Dollars au box office, et l'équipe des manchots n'aurait reçu qu'un million, ce, pour les droits de distribution de la version américanisée du documentaire original.
(Photo AP via Yahoo News)

"Chacun ses marroniers," m'écrit l'ami photographe Eric de Marseille, "tu as les Oscars, nous on a l'OM-PSG." En effet... et ca empire par rapport à l'année dernière,: accéder à la salle de presse fut encore plus épique cet après-midi, avec des mesures de sécurité dignes de celles des aéroports de LAX et de Paris Charles de Gaulle combinés. En plus, où avais-je la tête, j'ai commis l'erreur de venir en col roulé pour pourfendre la clim' frigorifique: on a failli me renvoyer à la maison. Rappel: il faut venir en salle de presse en smoking pour les hommes et en robe de soirée pour les femmes.
La salle remplie de journalistes du monde entier est loin de frémir comme l'année où Michael Moore était en lice ou celle du "black power" quand plusieurs acteurs noirs ont raflé des honneurs. Cette année, tout le monde à l'air assez blasé ici: Brokeback Mountain est le grand favori, mais la brokeback-mania arrive à saturation et la sélection de films très politiques commence à irriter. Même les gens de gauche n'ont pas franchement envie de passer la soirée à regarder des millionnaires se donner des tapes dans le dos en se félicitant d'être aussi tolérants. Reste à voir comment le présentateur Jon Stewart va s'en sortir... dès sa première phrase, qui vaudra peut-être l'attaque d'anthologie du comique Chevy Chase aux Oscars en 1988: "Bonsoir, hypocrites de Hollywood!"
(photo AP via Yahoo News)