
Qui, en visitant une webcam dans une contrée exotique, n'a jamais rêvé de traverser l'écran? Le copain de Marseille et photographe Eric Franceschi l'a fait. Il raconte aujourd'hui dans le Los Angeles Times sa fascination pendant trois ans durant pour une webcam dirigée sur une rue de Rovaniemi, une petite ville de Finlande, sur le cercle polaire (où habite le Père Noël, dit-on.) En Mai, il a décidé de se rendre à l'intérieur de l'image (c'est lui au centre, encerclé) et de photographier la rue de la perspective d'un piéton (vignettes autour.) Extrait:
"A Rovaniemi, j'ai eu l'impression d'arriver dans un endroit familier, comme si j'étais passé à travers l'écran sans passer par Roissy et Helsinki. Comme si j'avais voyagé dans le temps, pour me retrouver sur une scène de théâtre, personnage au rôle unique parmi les acteurs de ces scènes urbaines dont je connais le décor presque par cœur."
"Rovaniemi was immediately familiar. Though it took two connecting flights to get there, I felt like I had walked directly through the computer screen without a layover. I was a time traveler, a character or extra on a theater stage with scenery I know by heart."
Le LAT a toute l'histoire en anglais mais seulement un extrait du montage photo d'Eric. La photo détaillée est ici.
PS: another "merci" for Tony, immortalized here below with his sweet afro by Barney in Joncy, France, 1997.
PPS: since the comments have been screwed up for he past 2 months (I know...), Steve Smith e-mails the old-fashioned way: "Who's the guy trying to headbutt you?"
Les Irakiens ont le sens de l’hospitalité, dit-on, à tel point qu’on ne peut rien leur refuser sous peine de les offenser. J’ai pu le vérifier en compagnie de soldats américains il y a quelques jours à Medina Wasal, dans le désert: plusieurs villageoises ont insisté pour nous offrir une grosse assiette de dolma (feuilles de vignes farcies), du yaourt fait maison et une cannette de soda fraiche, une fois n'est pas coutume, étant donnée la chaleur écrasante. On a parlé du Liban, de la guerre, et une Irakienne, «Mona» a mis une cassette de Julio Iglesias en français pour nous distraire des horreurs de l’actualité. Bien sur, je n’étais pas en Irak, mais dans le désert au bord de la Vallée de la Mort en Californie, dans l’un des douze villages irakiens reconstitués dans le centre d’entrainement militaire de Fort Irwin.
Plusieurs mois avant leur déployement en Irak, les soldats U.S. suivent un entrainement spécifique pour apprendre à interagir avec la population irakienne dans ces faux-villages, enfouis dans le désert au bout de longues routes poussiéreuses bordées de constructions inachevées et de voitures désossées, comme en Irak. Chaque village a une mosquée, avec des appels à la prière, et des maisons allongées dans lesquelles vivent des immigrés irakiens jour et nuit. Ils sont censés s’habiller, parler, manger, chanter, comme en Iraq, car tout, des sons aux odeurs, doit transporter les soldats U.S. Les Irakiens insultent les Américains en arabe et chantent «Mort à l’Amérique» si besoin est, pour freiner le travail des troupes à la recherche d’insurgés, interprétés, eux, par des militaires rentrés d’Irak. Ces derniers ont reçu des cours de l'acteur Carl Weathers, alias Apollo Creed dans les films Rocky. Tout le monde porte un petit harnais avec des lampes qui clignotent si la personne est touchée par balle ou tuée.
LE JOB D’ETE LE PLUS BIZARRE DU MONDE / THE WORLD’S WEIRDEST SUMMER JOB
Il était impossible de photographier les Irakiens de face: certains ont encore de la famille en Irak, et redoutent des représailles. Dans ce qui doit être le job d’été le plus bizarre jamais crée, ces immigrés sont payés 230 Dollars par jour pour participer à ce grand jeu de rôle guerrier sous 40 degrés à l’ombre. A Medina Jabal (ci-dessous), où nous avons assisté à un exercice avec un faux kamikaze au milieu de la place noire de monde, des figurants Irakiens se repassaient un gros sac de glace sur la tête et des chewing-gums irakiens super sucrés. Les Irakiens se disent contents de leur boulot. Certains étaient contre la guerre en 2003, mais estiment qu'elle est là pour durer, alors aider les USA (leur terre d'asile par ailleurs) revient à aider le peuple Irakien.
L’entrainement tourne souvent au carnage pour les Américains, qui partent du principe que les erreurs commises pendant ce jeu de rôles permettent d’éviter les pertes humaines plus tard. Rien ne remplace le véritable bourbier irakien, mais dans le désert californien, ils apprennent surtout des choses de base: l’importance de savoir quelques mots d’arabe, fouiller les femmes selon les règles, s'assurer que la police locale est armée ou encore d’engager une relation avec la population sans pour autant relâcher sa vigilence. "A leur arrivée ici, les Américains ne savent rien du tout [sur à quoi s'attendre en Irak]," me disait une Irakienne, "il faut tout leur apprendre."
La canicule à Los Angeles ne suffisant pas, j'ai roulé trois heures sur la route de Death Valley avant de m'enfoncer dans le désert jusqu'à Fort Irwin, le fameux centre d'entrainement militaire pré-Irak où les soldats américains combattent des acteurs-insurgés dans des répliques de villages irakiens.
En attendant d'observer l'entrainement demain, je me suis promenée dans la base, qui semble sortie de nulle part comme un curieux champignon du désert. A première vue, en fin de journée, des soldats se musclent dans la salle de gym en étouffant des jurons (de nombreux panneaux les enjoignent à retenir gros mots et gestes obcènes); ils font des cabrioles du plongeoir de la piscine, jouent au billard et boivent de la bière, sourient aux rares femmes sur place, et se détendent dans le centre de récréation, en s'adonnant à des jeux vidéo guerriers sur écrans géants.
Selon le Daily Mail, qui a embauché un expert multilingue de la lecture sur les lèvres (et aussi selon l'experte du Times de Londres: la même?), l'insulte qui a fait sortir Zidane de ses gonds était: "Fils de pute terroriste." Si l'épisode est avéré, cette insulte raciale aurait-elle été préméditée, à cause de cet incident entre Zizou et un joueur saoudien en 1998?
Comment disparaitre complètement sans jamais être retrouvé... Je ne parle pas de Zizou (quelle tristesse...) mais du titre d'un bouquin lu la semaine dernière, lors d'un voyage à Washington pendant lequel ce blog fut particulièrement négligé (d'ailleurs, un petit problème technique empêche de réactiver les commentaires pour l'heure...)
Ce livre, publié par feu la maison d'édition ultra-libertarienne Loompanics explique en détails comment se reinventer une nouvelle vie: revêtir une nouvelle identité, en abandonnant conjoint et enfants, un boulot déprimant, des dettes et autres responsabilités. L'auteur du livre, "Doug Richmond" affirme avoir parlé à plusieurs Américains ayant totalement changé de vie, et c'est l'aspect qui m'intéressait le plus.
A l'académie de détectives que j'ai fréquentée, on étudiait souvent ces affaires, mais de la perspective de la famille délaissée et sous le choc, qui appelle un investigateur privé au secours. Tous les cas semblent impliquer inmanquablement un homme de 40 ou 50 ans pris par "le démon de midi", parfois bigame, désireux de redevenir célibataire sans divorcer ni payer de pension à une épouse détestée et des enfants dont ils peuvent se passer. Ils disparaissent du jour au lendemain, après des mois de préparation pour obtenir de faux-papiers, transférer de l'argent offshore etc. Certains surendettés mettent-en-scène un décès fictif en espérant que la prime de l'assurance-vie sortira leur famille d'un gros pétrin financier.
Les meilleurs détectives retrouvent ces fraudeurs grâce à leurs erreurs. Comme le bouquin le signale, ces hommes ont souvent un hobby adoré (modélisme, pêche, moto...) en concurrence avec la femme. Dans leur nouvelle vie, ils le pratiquent en toute liberté: s'inscrivent à des clubs, ou font suivre leur abonnement à "pêche magazine" à leur nouvelle adresse...
J'ai trouvé ce bouquin dans les rayons de la librairie Atomic Books à Baltimore (photo), remplie de manuels du genre: "Comment fabriquer de la méthamphétamine," "Comment fabriquer une bombe", "Comment fabriquer de faux-papiers..." La puissance de feu du premier amendement à la constitution américaine n'a pas fini de m'étonner.
Baltimore est une ville géniale, soit-dit en passant. La visiter était un vieux rêve de fan de John Waters (dont les écrits sont encore meilleurs que les films à mon avis.) Le quartier Hampden est parsemé de flamands roses dans les vitrines des magasins et le café Hon (photo ci-dessus) semble droit sorti d'une scène de Hairspray ou Polyester. Les amis journalistes-blogueurs Laurent et Guillemette, venus de New York, ont été sous le charme et je leur recommande lors de leur prochain saut à "Bawlmore" de visiter le American Visionary Art Museum et de suivre Jesse Walker dans son marché préféré pour les meilleurs crab cakes.

Déformée à Baltimore, avec et sans Matt / Distorted in Baltimore, with and without Matt

Le journaliste-écrivain-scénariste Toby Young et le scénariste et producteur de sitcom Rob Long ont déclenché beaucoup de rires à la soirée du club de la presse de L.A. en leur honneur mercredi, et quelques grognements quand Toby a déclaré à la foule de journalistes, principalement:
"J'essaye d'abandonner le journalisme depuis des années... Mais j'ai tellement échoué dans tous mes efforts, que je suis coincé dans le journalisme."
"I've been trying to give up journalism for years... But I've been so unsuccessful in all my endeavours that I've had to stick with journalism."
Les deux compères ont enchainé une farandole de blagues sur ces losers de journalistes, et une remarque de Rob sur les métiers les plus gratifiants qui sont généralement les moins bien payés, comme... journaliste. Los Angeles regorge d'anciens journalistes devenus scénaristes de télévision et producteurs richissimes. J'en ai encore rencontré un hier soir, très sympa d'ailleurs, au pince-fesses mensuel de l'ancien rédacteur-en-chef devenu producteur TV, Scott Kaufer, au restaurant surplombant Hollywood, Yamashiro. Parfois, on devient rêveur en écoutant ces anciens reporteurs parler de leur nouvelle maison à Malibu, dans cette brise océane délicieuse, tandis que l'on crêve de chaud sans clim' à Silver Lake, dans le vacarme assourdissant des travaux de construction de la voisine.
Mais l'avantage du métier de journaliste (pour peu qu'on ne passe pas ses journées à interviewer des célébritées demeurées multi-millionnaires) est que l'on a pas le temps de s'apitoyer sur son sort lequel, si l'on considère le monde autour de soi, n'a rien de pitoyable. Combien de gens peuvent dire qu'ils prennent beaucoup de plaisir à faire leur métier? Si je nourris le projet de quitter cette profession, ce n'est pas pour le travail au coeur du métier, qui reste fondamentalement formidable.
Dans une interview sur la chaine catholique KTO (les interviews VIP ici sur leur site sont excellentes) le chroniqueur télé et red chef Philippe Vandel évaluait à 10 ou 12 000 le nombre de personnes en France, pays de 60 millions d'habitants, qui font un métier qui les passionne. J'ignore d'où il sort cette estimation, mais il se compte parmi les chanceux.
Dans cet entretien, il racontait aussi que pendant son enfance près de Lyon, il n'avait jamais rêvé d'être journaliste: "Je voulais être le type qui fait les choses, et pas celui qui raconte ce que font les autres." En tant qu'"enfant de la crise", il ne pensait jamais avoir un jour un métier qui lui plairait. Aujourd'hui, il "fait des maths avec les mots" et écrit des livres, fait de la télé, élève ses gamins et a l'air content. Dans les années 80, Vandel était l'une des plumes de mon magazine préféré, Actuel, qui m'a donné envie de me lancer dans le journalisme. A chaque époque son métier.
In this conversation, he was reminiscing about his childhood in France, near my hometown of Lyon, and how he had never dreamed of becoming a journalist: "I wanted to be the guy who does things, not the guy who tells what others are doing." As a "child of the economical crisis," he never expected to some day hold a job that he would enjoy. Today, he and "does math with words" and writes books, works in TV, raises his kids and seems happy. In the '80s, Vandel was one of the best-known bylines in the cult French magazine Actuel, which inspired me to go into journalism. At each season, it's a profession.

"Etre journaliste dans cette ville [Los Angeles] est une existence misérable. On est considéré comme de la drouille, une branche douteuse de l'industrie des relations publiques, le dernier ressort absolu," disait le journaliste-écrivain britannique Toby Young (photo) dans une interview avec Luke Ford, en 2003. Il faisait surtout allusion aux journalistes de Hollywood, traités comme un troupeau de porte-micros.
Ce mépris atteint des proportions presque fascinantes. Un copain envoyé interviewer Johnny Depp à la première de Pirates des Caraibes me racontait que tous les journalistes étaient convoqués à Disneyland, où se déroulait la première, trois heures avant l'arrivée des acteurs. Il a découvert que 240 (240!) équipes de télévision se bousculaient sur un tapis rouge de... 800 mètres de long. Autant dire que les stars du film, épuisées après quelques dizaines d'interviews dans cette cohue, ont laissé en plan des centaines de médias furieux d'avoir gaspillé une journée pour des miettes. Tous les journalistes, des stakhanovistes de junket cinés aux reporters pour la presse "sérieuse" (contraints de participer aussi aux junkets pour avoir accès aux acteurs et réalisateurs) se plaignent du dédain permanent de Hollywood pour leur travail (à ne pas manquer, à ce propos, l'article classique de Sharon Waxman sur son arrivée à Hollywood pour le Washington Post.)
Comme beaucoup, Toby Young a essayé de passer de l'autre côté du miroir et de travailler pour Hollywood. De son échec spectaculaire à Los Angeles, Toby a tiré son nouveau livre, The Sound of No Hands Clapping. Ce soir, nous organisons avec Cathy, Amy et le Los Angeles Press Club une fête en son honneur à Barnsdall Art Park. Après une réception en plein-air avec vue sur Griffith Park et Hollywood, sponsorisée par Pravda Vodka, le scénariste et producteur Rob Long (auteur de l'un de mes livres préférés sur Hollywood) interviewera Toby dans le théâtre et le public pourra poser ses questions. Les réponses affluent, mais le théâtre est grand et il est encore possible de nous rejoindre (détails sur le site du Club de la presse.)
PS: les commentaires désactivés depuis un mois devraient être rétablis sous peu. / Comments have been disactivated for a month but should be back up soon.