
Les Irakiens ont le sens de l’hospitalité, dit-on, à tel point qu’on ne peut rien leur refuser sous peine de les offenser. J’ai pu le vérifier en compagnie de soldats américains il y a quelques jours à Medina Wasal, dans le désert: plusieurs villageoises ont insisté pour nous offrir une grosse assiette de dolma (feuilles de vignes farcies), du yaourt fait maison et une cannette de soda fraiche, une fois n'est pas coutume, étant donnée la chaleur écrasante. On a parlé du Liban, de la guerre, et une Irakienne, «Mona» a mis une cassette de Julio Iglesias en français pour nous distraire des horreurs de l’actualité. Bien sur, je n’étais pas en Irak, mais dans le désert au bord de la Vallée de la Mort en Californie, dans l’un des douze villages irakiens reconstitués dans le centre d’entrainement militaire de Fort Irwin.
Plusieurs mois avant leur déployement en Irak, les soldats U.S. suivent un entrainement spécifique pour apprendre à interagir avec la population irakienne dans ces faux-villages, enfouis dans le désert au bout de longues routes poussiéreuses bordées de constructions inachevées et de voitures désossées, comme en Irak. Chaque village a une mosquée, avec des appels à la prière, et des maisons allongées dans lesquelles vivent des immigrés irakiens jour et nuit. Ils sont censés s’habiller, parler, manger, chanter, comme en Iraq, car tout, des sons aux odeurs, doit transporter les soldats U.S. Les Irakiens insultent les Américains en arabe et chantent «Mort à l’Amérique» si besoin est, pour freiner le travail des troupes à la recherche d’insurgés, interprétés, eux, par des militaires rentrés d’Irak. Ces derniers ont reçu des cours de l'acteur Carl Weathers, alias Apollo Creed dans les films Rocky. Tout le monde porte un petit harnais avec des lampes qui clignotent si la personne est touchée par balle ou tuée.
LE JOB D’ETE LE PLUS BIZARRE DU MONDE / THE WORLD’S WEIRDEST SUMMER JOB
Il était impossible de photographier les Irakiens de face: certains ont encore de la famille en Irak, et redoutent des représailles. Dans ce qui doit être le job d’été le plus bizarre jamais crée, ces immigrés sont payés 230 Dollars par jour pour participer à ce grand jeu de rôle guerrier sous 40 degrés à l’ombre. A Medina Jabal (ci-dessous), où nous avons assisté à un exercice avec un faux kamikaze au milieu de la place noire de monde, des figurants Irakiens se repassaient un gros sac de glace sur la tête et des chewing-gums irakiens super sucrés. Les Irakiens se disent contents de leur boulot. Certains étaient contre la guerre en 2003, mais estiment qu'elle est là pour durer, alors aider les USA (leur terre d'asile par ailleurs) revient à aider le peuple Irakien.
L’entrainement tourne souvent au carnage pour les Américains, qui partent du principe que les erreurs commises pendant ce jeu de rôles permettent d’éviter les pertes humaines plus tard. Rien ne remplace le véritable bourbier irakien, mais dans le désert californien, ils apprennent surtout des choses de base: l’importance de savoir quelques mots d’arabe, fouiller les femmes selon les règles, s'assurer que la police locale est armée ou encore d’engager une relation avec la population sans pour autant relâcher sa vigilence. "A leur arrivée ici, les Américains ne savent rien du tout [sur à quoi s'attendre en Irak]," me disait une Irakienne, "il faut tout leur apprendre."