

Le journaliste-écrivain-scénariste Toby Young et le scénariste et producteur de sitcom Rob Long ont déclenché beaucoup de rires à la soirée du club de la presse de L.A. en leur honneur mercredi, et quelques grognements quand Toby a déclaré à la foule de journalistes, principalement:
"J'essaye d'abandonner le journalisme depuis des années... Mais j'ai tellement échoué dans tous mes efforts, que je suis coincé dans le journalisme."
"I've been trying to give up journalism for years... But I've been so unsuccessful in all my endeavours that I've had to stick with journalism."
Les deux compères ont enchainé une farandole de blagues sur ces losers de journalistes, et une remarque de Rob sur les métiers les plus gratifiants qui sont généralement les moins bien payés, comme... journaliste. Los Angeles regorge d'anciens journalistes devenus scénaristes de télévision et producteurs richissimes. J'en ai encore rencontré un hier soir, très sympa d'ailleurs, au pince-fesses mensuel de l'ancien rédacteur-en-chef devenu producteur TV, Scott Kaufer, au restaurant surplombant Hollywood, Yamashiro. Parfois, on devient rêveur en écoutant ces anciens reporteurs parler de leur nouvelle maison à Malibu, dans cette brise océane délicieuse, tandis que l'on crêve de chaud sans clim' à Silver Lake, dans le vacarme assourdissant des travaux de construction de la voisine.
Mais l'avantage du métier de journaliste (pour peu qu'on ne passe pas ses journées à interviewer des célébritées demeurées multi-millionnaires) est que l'on a pas le temps de s'apitoyer sur son sort lequel, si l'on considère le monde autour de soi, n'a rien de pitoyable. Combien de gens peuvent dire qu'ils prennent beaucoup de plaisir à faire leur métier? Si je nourris le projet de quitter cette profession, ce n'est pas pour le travail au coeur du métier, qui reste fondamentalement formidable.
Dans une interview sur la chaine catholique KTO (les interviews VIP ici sur leur site sont excellentes) le chroniqueur télé et red chef Philippe Vandel évaluait à 10 ou 12 000 le nombre de personnes en France, pays de 60 millions d'habitants, qui font un métier qui les passionne. J'ignore d'où il sort cette estimation, mais il se compte parmi les chanceux.
Dans cet entretien, il racontait aussi que pendant son enfance près de Lyon, il n'avait jamais rêvé d'être journaliste: "Je voulais être le type qui fait les choses, et pas celui qui raconte ce que font les autres." En tant qu'"enfant de la crise", il ne pensait jamais avoir un jour un métier qui lui plairait. Aujourd'hui, il "fait des maths avec les mots" et écrit des livres, fait de la télé, élève ses gamins et a l'air content. Dans les années 80, Vandel était l'une des plumes de mon magazine préféré, Actuel, qui m'a donné envie de me lancer dans le journalisme. A chaque époque son métier.
In this conversation, he was reminiscing about his childhood in France, near my hometown of Lyon, and how he had never dreamed of becoming a journalist: "I wanted to be the guy who does things, not the guy who tells what others are doing." As a "child of the economical crisis," he never expected to some day hold a job that he would enjoy. Today, he and "does math with words" and writes books, works in TV, raises his kids and seems happy. In the '80s, Vandel was one of the best-known bylines in the cult French magazine Actuel, which inspired me to go into journalism. At each season, it's a profession.