
Le vent parisien a eu raison du parapluie californien (peu utilisé toute l'année) de Matt, qui travaille son "bof" pour suivre les conseils du site du comité touristique d'Ile de France C'est so Paris pour communiquer avec les Parisiens. Le journal The Guardian a passé le guide en revue. Extrait:
How the bof and plop will make you look like a native in ParisThe bof: ram your lower lip upwards and the corners of your mouth downwards, while raising your shoulders and eyebrows. Translation: "Bof!" The C'est So Paris site rather unkindly says that this is used to "deny knowledge, agreement or responsibility". I prefer to think of the untranslatable "Bof!" as an expression of benign cosmopolitan irony in the face of a patently absurd universe. Rigorous practice may inculcate this enviable spirit of Gallic Zen.
To play the "attitude game" with French people: click here.
Elizabeth Stromme, notre amie et voisine du quartier de Echo Park à Los Angeles, a été emportée par un cancer jeudi matin.
Depuis 5 ou 6 ans que nous la connaissions, par son mari Philippe Garnier, Liz n’a jamais cessé de nous épater par sa force de caractère en toute circonstance. Matt a publié des souvenirs de notre amitié sur son blog et raconte notamment les apparitions de Liz sur Sunset boulevard, au cours des petites manifs contre la guerre en Irak, les vendredis soir devant le cinéma Vista. La militante Liz était inmanquable de loin, silhouette menue et manne de boucle grises. On klaxonnait et elle nous saluait avec le sourire de la combattante indécrottable. Liz était très engagée, opiniâtre et originale avec un humour noir et un sens de l’ironie très européen: sa passion des plantes et du jardinage alternatif lui ont inspiré un roman Grangraine (publié dans la série Noire de Gallimard) avec une «emmerdeuse» écolo cible de l’agro-business et plus récemment, un nouveau roman sur les trafics en coulisses des jardins botaniques, aux conséquences retentissantes pour la planète. «Plunder in the Grass : A Botanical Garden at Work” n’est pas encore publié aux Etats-Unis, mais a été optionné par deux scénaristes-réalisateurs de Hollywood, comme le signalait récemment LAobserved. Il y a quelques années, Liz avait publié une chronique de jardinage alternatif dans L.A. Alternative Press, archivées sur son site, undergroundgardener.com.
En France, Liz est surtout connue pour son roman L’Ecrivain Public, publié en français chez Gallimard et très bien accueilli grâce à ce que le magazine Lire décrivait comme «ce ton aérien qui donne sa force au roman, cette façon de prendre la tangente pour faire une chronique d'un monde sans espoir.»
Voici une petite présentation de Liz par elle-même:
Elizabeth Stromme a toujours fait l'inverse de ce qu'on attendait d'elle. Née dans un milieu confortable à Minneapolis, aussitôt atteint l'âge de raison, elle s'empresse de prendre les directions opposées – de Baja au Mexique jusqu'au Pakistan et même plus loin, elle voyage seule, carnet de croquis à la main.Bien qu'elle ait toujours plus ou moins gagné sa vie en écrivant, Elizabeth Stromme a eu son compte de petits boulots tuants (comme vendre des tombes par téléphone). Elle aborde aujourd'hui par le roman, avec humour et agilité des questions aussi obscures et rébarbatives que la biodiversité. Elle a aussi écrit pour le "Los Angeles Times", le "San Francisco Chronicle" et "Pacific Horticulture". Elizabeth Stromme habite Los Angeles avec deux chats et un mari français au-dessus de Sunset Boulevard. C'est là qu'elle cultive son jardin.
Un jardin superbe, qui faisait sa fierté et l’admiration de ses visiteurs. Quand j’ai décidé de transformer le tas de cailloux derrière notre maison en jardin, Liz est venue les bras remplis de pousses et de cadeaux (arrosoir, sabots, et la bible du jardinage de Sunset Magazine) bien décidée de faire des miracles. Son crédo: laissez faire la nature. Haro sur le gazon; oui aux plantes natives de Californie peu gourmandes en eau. Et pas besoin d’engrais quand les végétaux meurent et nourrissent la terre (donc bien laisser les feuilles pourrir, même si ce n’est pas très joli.) Cette idée de mort fertile était fondamentale chez Liz. Elle l’a appliquée jusque dans sa propre mort, comme le raconte Philippe, dans une petite bio envoyée par e-mail, en anglais:
"One of the fundamental things she'd worked out, cultivating her backyard garden for thirty years (from a sandstone tabula rasa), was the role and usefulness of death in the garden -- a concept popular neither with novice gardeners, nor with garden publications, whose economy is completely dependent on petrochemical announcers, or "alternative" announcers equally pushing stuff not always need.She applied the same attitude towards her own death: diagnosed last March with terminal stomach cancer, she chose to bypass treatments, clinics and waiting rooms, in order to live to the full what time she had left. She went back to Minnesota with her husband, then when things got dicey, left the Sunset house for a retreat in Guerneville (northern California), a house at the end of a street on the edge of town (mercifully not signed "Dead End", but "Not a
."
Through Street"), in the middle of two dozen adult redwoods
J’adore cette photo de Liz enfant avec le père Noël sans visage assez effrayant, publiée sur son site, avec ce commentaire: «Jeune pousse, et déjà sceptique.» Liz va beaucoup nous manquer.
PS: "L'irrespectueuse Elizabeth Stromme pose son stylo" par Gérard Lefort, dans Libération (merci Eric)
Portrait noir et blanc de Liz par Richard Dumas.

C'est le titre du journal suisse Le Temps dans lequel j'ai trouvé l'un des meilleurs articles sur le lancement de la nouvelle chaine d'info française France 24. Vu des Etats-Unis, France 24 (censée démarrer sur le Net ici ce soir) est déjà comique sur le principe de départ, en étant financée par l'Etat français et à la hauteur seulement de 86 millionsd'€ contre 1,2 milliard pour CNN.
Les promesses d'indépendance de la chaine laissent songeurs, quand l'on sait qu'avant le lancement, Bernadette Chirac faisait passer des CV de journalistes à embaucher... Malheureusement, toutes les infos remontées jusque là des coulisses sentent beaucoup le bricolage et le copinage typiquement à la française.
Néanmoins, après huit ans de collaboration pour les radios françaises de service public (j'ai arrêté en septembre), je sais à quel point des équipes de rédacteurs et techniciens formidables peuvent produire des miracles au quotidien en dépit d'administrations hostiles, avec des moyens réduits et dans des conditions ridicules par rapport à celles de la BBC ou d'autres voisins européens.
France 24 fait des efforts de présence sur le Net et pour rallier les blogueurs: une compagnie de "Buzz Marketing", Buzz Paradise, a invité des blogueurs internationaux à Paris pour visiter les locaux et rencontrer la jeune équipe (lire le compte-rendu sur PointBlog.) Perso, je trouve leur campagne avec la Joconde à côté de la plaque: si dans cette pub, un scoop typique de France 24 concerne une peinture de musée de la Renaissance, comment espérer que cette chaine joue un rôle dans des problèmes actuels un petit peu plus pressants? Comme le dit la chaine dans un courrier aux blogueurs, "j'espère que France 24 va dépasser mes attentes".