
Elizabeth Stromme, notre amie et voisine du quartier de Echo Park à Los Angeles, a été emportée par un cancer jeudi matin.
Depuis 5 ou 6 ans que nous la connaissions, par son mari Philippe Garnier, Liz n’a jamais cessé de nous épater par sa force de caractère en toute circonstance. Matt a publié des souvenirs de notre amitié sur son blog et raconte notamment les apparitions de Liz sur Sunset boulevard, au cours des petites manifs contre la guerre en Irak, les vendredis soir devant le cinéma Vista. La militante Liz était inmanquable de loin, silhouette menue et manne de boucle grises. On klaxonnait et elle nous saluait avec le sourire de la combattante indécrottable. Liz était très engagée, opiniâtre et originale avec un humour noir et un sens de l’ironie très européen: sa passion des plantes et du jardinage alternatif lui ont inspiré un roman Grangraine (publié dans la série Noire de Gallimard) avec une «emmerdeuse» écolo cible de l’agro-business et plus récemment, un nouveau roman sur les trafics en coulisses des jardins botaniques, aux conséquences retentissantes pour la planète. «Plunder in the Grass : A Botanical Garden at Work” n’est pas encore publié aux Etats-Unis, mais a été optionné par deux scénaristes-réalisateurs de Hollywood, comme le signalait récemment LAobserved. Il y a quelques années, Liz avait publié une chronique de jardinage alternatif dans L.A. Alternative Press, archivées sur son site, undergroundgardener.com.
En France, Liz est surtout connue pour son roman L’Ecrivain Public, publié en français chez Gallimard et très bien accueilli grâce à ce que le magazine Lire décrivait comme «ce ton aérien qui donne sa force au roman, cette façon de prendre la tangente pour faire une chronique d'un monde sans espoir.»
Voici une petite présentation de Liz par elle-même:
Elizabeth Stromme a toujours fait l'inverse de ce qu'on attendait d'elle. Née dans un milieu confortable à Minneapolis, aussitôt atteint l'âge de raison, elle s'empresse de prendre les directions opposées – de Baja au Mexique jusqu'au Pakistan et même plus loin, elle voyage seule, carnet de croquis à la main.Bien qu'elle ait toujours plus ou moins gagné sa vie en écrivant, Elizabeth Stromme a eu son compte de petits boulots tuants (comme vendre des tombes par téléphone). Elle aborde aujourd'hui par le roman, avec humour et agilité des questions aussi obscures et rébarbatives que la biodiversité. Elle a aussi écrit pour le "Los Angeles Times", le "San Francisco Chronicle" et "Pacific Horticulture". Elizabeth Stromme habite Los Angeles avec deux chats et un mari français au-dessus de Sunset Boulevard. C'est là qu'elle cultive son jardin.
Un jardin superbe, qui faisait sa fierté et l’admiration de ses visiteurs. Quand j’ai décidé de transformer le tas de cailloux derrière notre maison en jardin, Liz est venue les bras remplis de pousses et de cadeaux (arrosoir, sabots, et la bible du jardinage de Sunset Magazine) bien décidée de faire des miracles. Son crédo: laissez faire la nature. Haro sur le gazon; oui aux plantes natives de Californie peu gourmandes en eau. Et pas besoin d’engrais quand les végétaux meurent et nourrissent la terre (donc bien laisser les feuilles pourrir, même si ce n’est pas très joli.) Cette idée de mort fertile était fondamentale chez Liz. Elle l’a appliquée jusque dans sa propre mort, comme le raconte Philippe, dans une petite bio envoyée par e-mail, en anglais:
"One of the fundamental things she'd worked out, cultivating her backyard garden for thirty years (from a sandstone tabula rasa), was the role and usefulness of death in the garden -- a concept popular neither with novice gardeners, nor with garden publications, whose economy is completely dependent on petrochemical announcers, or "alternative" announcers equally pushing stuff not always need.She applied the same attitude towards her own death: diagnosed last March with terminal stomach cancer, she chose to bypass treatments, clinics and waiting rooms, in order to live to the full what time she had left. She went back to Minnesota with her husband, then when things got dicey, left the Sunset house for a retreat in Guerneville (northern California), a house at the end of a street on the edge of town (mercifully not signed "Dead End", but "Not a
."
Through Street"), in the middle of two dozen adult redwoods
J’adore cette photo de Liz enfant avec le père Noël sans visage assez effrayant, publiée sur son site, avec ce commentaire: «Jeune pousse, et déjà sceptique.» Liz va beaucoup nous manquer.
PS: "L'irrespectueuse Elizabeth Stromme pose son stylo" par Gérard Lefort, dans Libération (merci Eric)
Portrait noir et blanc de Liz par Richard Dumas.

Thanks Meredith for your note, and I remember actually reading your column about that dinner in the SF Weekly.
The Los Angeles Times published an obituary today: Elizabeth Stromme, 59; novelist, gardening writer
http://www.latimes.com/news/obituaries/la-me-stromme11dec11,0,3682859.story?coll=la-news-obituaries
Patrick Raynal (qui dirigait la Série Noire à l'époque de "L'écrivain public") a publié un billet dans Le Monde.
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3382,36-845672,0.html
Il fait a peu près la même remarque que Lefort :
"Elle voyait le mal partout, et elle avait raison."
Merci Philippe, Frappante similitude en effet. Les nécros américaines sont beaucoup plus prudentes et lisses en général dans leur descriptif des défunts. On ne retrouverait jamais une référence à "une emmerdeuse" comme dans le papier de Lefort, qui bien sur, avait l'avantage de connaitre Liz en personne.
Le journal de Minneapolis utilise une citation de Philippe pour décrire l'engagement politique de Liz: "After college, she got busy being a rebel."
http://www.startribune.com/466/story/871862.html
Thanks, Emmanuelle and Matt, for your loving words about Liz Stromme, a unique and uniquely interesting character: tough, uncompromising, enthusiastic, generous, a true original. I'm not going to get all metaphorical on short notice, but she did always remind me of her garden, in many diffeent ways (fill in the blanks yourselves). I'm so happy I got to celebrate the publishing of Joe's World by City Lights with her and Philippe here in San Francisco, including a bibulous dinner at the aptly-named (and garden-possessing, even in the Mission district of SF) Foreign Cinema. Warmest regards to you both -- Meredith