
C'est le titre du journal suisse Le Temps dans lequel j'ai trouvé l'un des meilleurs articles sur le lancement de la nouvelle chaine d'info française France 24. Vu des Etats-Unis, France 24 (censée démarrer sur le Net ici ce soir) est déjà comique sur le principe de départ, en étant financée par l'Etat français et à la hauteur seulement de 86 millionsd'€ contre 1,2 milliard pour CNN.
Les promesses d'indépendance de la chaine laissent songeurs, quand l'on sait qu'avant le lancement, Bernadette Chirac faisait passer des CV de journalistes à embaucher... Malheureusement, toutes les infos remontées jusque là des coulisses sentent beaucoup le bricolage et le copinage typiquement à la française.
Néanmoins, après huit ans de collaboration pour les radios françaises de service public (j'ai arrêté en septembre), je sais à quel point des équipes de rédacteurs et techniciens formidables peuvent produire des miracles au quotidien en dépit d'administrations hostiles, avec des moyens réduits et dans des conditions ridicules par rapport à celles de la BBC ou d'autres voisins européens.
France 24 fait des efforts de présence sur le Net et pour rallier les blogueurs: une compagnie de "Buzz Marketing", Buzz Paradise, a invité des blogueurs internationaux à Paris pour visiter les locaux et rencontrer la jeune équipe (lire le compte-rendu sur PointBlog.) Perso, je trouve leur campagne avec la Joconde à côté de la plaque: si dans cette pub, un scoop typique de France 24 concerne une peinture de musée de la Renaissance, comment espérer que cette chaine joue un rôle dans des problèmes actuels un petit peu plus pressants? Comme le dit la chaine dans un courrier aux blogueurs, "j'espère que France 24 va dépasser mes attentes".
Et 1 petit souci technique, 1! On entend pas le discours de Chirac
http://www.france24.com/france24Public/fr/debats.html
A noter également : France 24 ne se veut pas la voix de la France mais a inauguré ses programmes avec une bonne interview très ortf de notre président national tandis qu'un peu plus loin sur le satellite Al-Jazira English se lançait avec une interview exclusive de Tony Blair sur l'Irak...
La voix de la France vs la voix du journalisme ?!
Incroyable.
Avant le lancement, France 24 m'avait envoyée un e-mail pour me demander si je souhaitais recevoir un paquet de leur part. Je pensais qu'il s'agissait d'un DVD des émissions "à blanc" pour me donner une idée des programmes, et j'ai dit oui, bien sur.
Qu'est ce qui arrive aujourd'hui par Fedex?
Un gros paquet, impossible à ouvrir sans des coups de ciseaux meurtriers, avec une étiquette de la douane marquée "Dangerous Goods". En guise de produit dangereux, il s'agissait d'une bouteille de parfum Jean-Paul Gaultier avec un dossier de presse accompagné d'une lettre du directeur des nouveaux médias de France 24, Stanislas Leridon.
C'est non seulement inutile (tant qu'à faire un cadeau de presse, pourquoi pas quelque chose en rapport, comme un porte-cléf détecteur de signaux Wifi?) mais également bien insultant: comme si les blogueurs, décrits en tant que "the new opinion leaders" dans la lettre de Leridon, pouvaient être séduits par une bouteille de parfum cocorico. Quelle haute opinion de ces "leaders d'opinion...
Bref, encore une occasion ratée de prouver que France 24 n'est pas un summum de ringardise, mais une chaine véritablement innovante. La bouteille de parfum fera le bonheur de la femme du marchand d'oranges latino au bas de ma rue, et avec un peu de chance, lui fera rêver de cette France de brochure publicitaire qui sent bon comme "autrefois."
Hi, I'm a Francophile UK citizen and I'm sticking with TV5. I really can't see many people here going for the new channel. Al Jazera looks good if you want a news service in english that has something different to say however.
Un ex-collègue correspondant radio m'envoit cette petite information que publie aujourd’hui « Le Canard Enchaîné » :
«Déjà célèbre pour trois licenciements secs de journalistes, France 24 démarre très fort, ce 6 décembre. La CNN à la française de Chirac, qui table sur une coopération avec RFI pour compenser son budget maigrichon (80 millions d’euros) commence à émettre, sans avoir conclu l’accord qui doit lui permettre de bénéficier des bureaux étrangers de la radio internationale.
Et l’affaire n’est pas gagnée : déjà essoré par plusieurs semaines de grève, le pédégé de RFI, Antoine Schwartz, doit faire face à des troupes pas franchement emballés par le rapprochement : elles craignent que les 350 correspondants payés à la pige (sur 1000 collaborateurs) ne choisissent de bosser en priorité pour la télé, plus généreuse que la radio.
Bref, RFI et France 24 ne sont pas encore sur la même longueur d’onde … ».