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February 13, 2007
Citation du jour (sur ces satanés jeunes en ligne) / Quote of the day (on those crazy kids online)

Photo Hosted at Buzznet

C'est bien dommage de ne pas avoir l'équivalent du vibrant magazine New York dans notre chère mégapole marginale et mal-aimée de Los Angeles, en panne d'hebdomadaire malgré l'effort de ces zozos en 2004. Mais l'un des petits plaisirs de la vie est de dévorer New York sous le soleil éclatant de Los Angeles (22 degrés cet après-midi) tandis que les new-yorkais se préparent à la tempête de neige.

How sad for our dear, second-rate and hard-to-be-loved megalopolis of Los Angeles not to have the equivalent of the vibrant New York mag despite these guys' efforts to start a weekly in 2004. But one of the small pleasures in life is to read New York from A to Z under the bright, shiny L.A. sun (70 degrees this afternoon) while New Yorkers brace for the blizzard.

L'amie Cathy, abonnée à New York magazine, donc, m'a passée le dernier numéro qui essaye de décrypter “le plus grand gouffre générationnel depuis le Rock & Roll”: NY veut parler de la déshinibition des jeunes sur internet (jeunes=moins de 30 ans, pour mettre les choses au clair), ces ados et étudiants qui s'affichent sur Buzznet, Flickr et Vimeo, et racontent leur vie intime sur Facebook ou Myspace avec une liberté et une insouciance qui font frémir les vieux (dont je fais partie... J'avais fait un article pour le cahier emploi de Libé sur la mine d'informations que les employeurs décèlent sur les candidats à l'embauche sur leurs blogs, moblogs etc.) L'article de NY, très fouillé, cite Clay Shirky, professeur à NYU et blogueur de 42 ans qui a sa théorie sur ce gouffre en question:

Our friend Cathy, a New York subscriber, passed me the last issue that attempts at deciphering the "greatest generation gap since Rock and Roll": NY means the youth's lack of inhibitions on the Internet (youth=under 30, to clarify in case); those teens and students showing off on Buzznet, Flickr and Vimeo, and detailing their private lives on Facebook or Myspace with a sense of freedom and carelessness that make the old (people like me) shiver. I wrote an article last year for the French daily Libération about the mine of information left by potential hires on blogs, moblogs etc. for employers to dig up easily. The NY article, very rich, cites Clay Shirky, a NYU professor and 42 yo blogger who has a theory about the aforementioned gap:

"A chaque fois que les jeunes gens s'adonnent à des activités auxquelles les vieux n'ont pas droit, nous sommes amers. Qu'est ce que nous avions comme occupation à leur âge? Trainer dans le centre commercial ou dans le parking de la superette. Quel poisse d'avoir grandi à notre époque! Et cela nous fait enrager après-coup."
Whenever young people are allowed to indulge in something old people are not allowed to, it makes us bitter. What did we have? The mall and the parking lot of the 7-Eleven? It sucked to grow up when we did! And we’re mad about it now.”

Selon Shirky, les gens sont pressés de dire que leur comportement découle d'une certaine morale, pas d'une simple logique chronologique. "On ne se comportait pas comme [les jeunes d'aujourd'hui] parce que ce n'était pas une option."

People are always eager to believe that their behavior is a matter of morality, not chronology, Shirky argues. “You didn’t behave like that because nobody gave you the option.”

C'est presque difficile de se souvenir de la vie avant la Toile, mais je ne suis pas mécontente d'avoir découvert le Net à 22 ans seulement. C'est un thème dont nous avons un peu parlé avec l'actrice Drew Barrymore lors d'une interview pour le Vogue de Décembre. Elle disait: "J'ai vraiment de la chance d'avoir grandi avant que la technologie ne change vraiment la vie," et pas seulement parce qu'elle a pu garder un peu de temps pour lire des livres, avant que tout notre quotidien soit absorbé par des écrans.

It's somewhat hard to remember a life before the Web, but I'm not unhappy to have discovered the Net at age 22 only. It's something we discussed a bit with actress Drew Barrymore for this interview in the December issue of French Vogue. She said: "I love that I grew-up before technology really hit," and not only because she could spend more time reading books before our days started being swallowed up by screens.

Ses jeunes fans de l'excellent Drewseum, par exemple, Ashley et Anne, ont grandi en ligne et se sont rencontrées sur des forums en ligne consacrés à Drew Barrymore. A 14 ans, quand j'étais fan de Cure, tout se faisait par courrier: les lettres en mauvais anglais aux "curistes" du monde entier, les échanges de photos et de cassettes de concerts piratés, la distribution du fanzine français Three Imaginary Boys ou encore les préparatifs avant les tournées européennes ("Tu sais où crêcher après le concert de Strasbourg?" "Ecris au P'tit Titi et demande-lui!") Un fan de Minsk (à l'époque de l'URSS) m'avait envoyé des pin's communistes en guise de cadeau. Une fan de Budapest contactée dans les années 80 est devenue une très bonne amie et m'a fait invitée à lui rendre visite, ce qui a déclenché mon engouement pour la Hongrie. Bref, on faisait la même chose que les kids d'aujourd'hui, mais en plus lent, en plus petit comité, et faute de webcam ou de Myspace, sans savoir à quoi l'autre ressemblait, ce qui était très bien. Et ce, même lors des rencontres par voie electronique, via le fameux Minitel (quasi objet de culte dans certains cercles aux Etats-Unis.)

Mais la véritable question, conclut New York magazine, "est celle qui se pose pendant toutes les révolutions: "Dans quel camp êtes-vous?"

For instance, her young fans at the excellent Drewseum, Ashley et Anne, grew up online and met in Drew Barrymore forums. At 14, when I was an active fan of Cure, everything would take place by mail: letters in bad English sent to fellow "Cureheads" around the world, photo swaps and exchanges of bootleg concerts on tape, the mailing of the French fanzine Three Imaginary Boys or even the frenetic preparation ahead of European tours ("Do you know where to crash after the Strasbourg concert?" "Write and ask le P'tit Titi!") had mailed me Communist pins as a gift. A fan in Budapest I contacted in the 80s became a very good friend and invited me to visit then, thus sparking my love for Hungary. Anyway, basically, we did exactly what kids do today, except slower, on a smaller scale and since we had no webcam or Myspace, we would communicate without having a clue about what people looked like, which was great. Even when we hooked up electronically, on the famed and quasi-cultish French Minitel.

But the real question, New York magazine concludes " as with any revolution is : "Which side are you on?"

(Photo: Juliette Lewis and the Licks par Tony. Quel rapport me direz-vous? J'ai lu l'article sus-cité dans New York en attendant de l'interviewer cet après-midi. Or, elle incarne très bien la trentenaire qui vit son rêve de jeunesse, puisque cette actrice reconnue a sacrifié le cinéma pour faire du rock à temps plein. )

(Photo: Juliette Lewis and the Licks by Tony. What's the link, you ask? I read the aforementioned article while waiting to interview her this afternoon. And she symbolizes very well the thirty-something woman living the dreams of her youth, since this well-known actress has sacrificed movies to rock full-time. )

Posted by Emmanuelle at February 13, 2007 9:40 PM | TrackBack
Comments


Thanks for the mention & links! xo

Posted by: Ashley at February 14, 2007 12:03 PM

J'ai du mal à comprendre cette amertume qu'ont certains " adultes " [des jeunes qui ont mal vieillis] en face d'une jeunesse s'emparant de ce qu'on lui offre quasi librement. Dans les années que tu cites, les moins de 25 ans faisait tout pour obtenir plus de liberté, voyager sans payer, connaitre d'autres mondes, d'autres cultures.. même si certains sont virtuels, n'est ce pas aussi ce que fait la jeunesse actuelle ?

Posted by: MiKE at February 14, 2007 9:44 PM

Tout à fait d'accord Mike (je voulais en savoir plus sur ton blog mais MotsAndCo a du mal à ouvrir aujourd'hui): certaines activités et désirs se ressemblent vraiment. Dans les années 80, au lieu de célébrer nos idoles préférées sur des blogs ou des forums, on publiait des fanzines. On ne faisait pas des rencontres sur le Net mais par courrier, etc.

Dans l'article de NY mag, les "vieux" sont jaloux du fait que chaque jeune aujourd'hui pense qu'il a un public potentiel, "une audience invisible" comme dit un sociologue. Ce qui n'existait pas à mon époque, et cela ne m'a pas manqué.

Autre point mentionné: les "vieux" ne se souviennent pas bien de leur propre adolescence, alors que les jeunes d'aujourd'hui documentent et archivent toute leur existence mieux que dans n'importe quel carnet intime à spirales. Et alors?

Troisième point dans l'article: à cause de cette exposition constante sur le Net, ces jeunes ont la peau solide et peuvent encaisser les coups. Ils vivent plus librement que nous puisqu'ils estiment qu'ils n'ont pas grand chose à cacher... Ils n'ont pas de honte... quelle liberté.

C'est intéressant... Alors la "vieille" auteur de l'article finit le papier en évoquant "le prix à payer" pour cette liberté de vivre sa vie publiquement. Perso, pour une fois, j'ai l'impression d'avoir découvert le Net à la bonne époque de ma vie, ni trop jeune, ni trop "vieille" avec de bons souvenirs de ma vie "offline".

Et l'ami jeune quadra Rick à New York prouve qu'il n'y a pas de limite d'âge pour vivre sa vie publiquement: il m'a envoyé un lien à des vidéos de lui et de ses copains sur Youtube en train de chanter des tubes des années 90 au karaoke... très content de sa soirée:

http://www.bruner.net/blog/archives/015535.shtml

Posted by: Emmanuelle at February 14, 2007 10:20 PM

Un phrase me fait tiquer:
«La véritable question, conclut New York magazine, "est celle qui se pose pendant toutes les révolutions : "Dans quel camp êtes-vous?"»

En fait toute révolution est une prise de pouvoir considérée comme illégitime par le pouvoir qu'elle bouscule.

Il me semble qu'à mots couverts, légèrement égarés par une entreprise d'embellissement a posteriori des bienfaits de la "vie offline", c'est bien de cette "illégimité" qu'on parle ici.

Au delà de nostalgies de trentenaires (méfiez vous, j'en ai 50, c'est encore plus brutal), ou de considérations sur la nocivité du fait de passer sa vie d'ado devant un écran, le problème est essentiellement là. Accepter ou non les changements en cours. Volà ce que veut dire "choisir son camp".

Pour mémoire, la génération adolescente d'avant le Net c'étaient des couch potatoes affalés douze heures par jour devant une télé avant tout préoccupée de leur laver la cervelle avec des pubs indigentes.

C'était mieux ?
Evidemment pas.

Posted by: Claude Delannoy at February 16, 2007 1:58 AM

Il ne faut pas forcement être jeune pour publier sa vie sur Internet par contre il vaut mieux être conscient de problème que cela peut engendrer. Les adultes évitent peut être de dire ou de montrer n’importe quoi car le sacré saint google garde tout en mémoire et certaines informations pourraient tomber dans les mains d’employeurs curieux.

Posted by: Denis at February 20, 2007 3:23 AM

Claude demande si c'était mieux pour la génération d'avant les ados... Quand j'étais ado (2 générations antérieures?), il me semble qu'on ne regardais pas encore trop la télé. On écoutait les radios libres ou des compiles sur cassette (ce que les Américains de la génération X appellent "mixed tapes") dans le noir, par terre sur la moquette. Ou le parquet -- nous n'avions pas encore l'obsession des Américains pour la moquette immaculée.

Cela dit, Denis a bien raison de le rappeler: n'importe quel bout de blog peut être archivé pour longtemps et peut revenir vous "mordre les fesses" comme on dit ici.

Posted by: Emmanuelle at February 20, 2007 10:16 PM


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