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August 23, 2005
Une jambe, des p'tits shorts / one leg, tiny shorts

Excerpt of Max magazine: Alex, a soldier I interviewed who lost his leg in Irak Qu'est ce que ca vous fait de rentrer d'Irak avec une jambe en moins et de découvrir que votre pays est obsédé par Paris Hilton? J'avais posé la question à Alex Nicoll, un jeune soldat californien dans le numéro de juillet de Max. De son centre de rééducation, il arrivait à plaisanter ("Ma fausse jambe me rapporte des bières gratuites dans les bars") mais certaines choses restaient dures à avaler. Notamment, allumer la télé et constater que la guerre ne semble pas une priorité générale, en dépit des coûts, des enjeux et des sacrifices humains.

What's it like to come back from Iraq with a leg missing, only to find out that your country is obsessed with Paris Hilton? I asked Alex Nicoll, a young California soldier, for the July issue of the French lad-mag Max. Speaking from his rehabilitation center, he managed to joke about his situation ("My fake leg earns me a lot of free beers in bars"), but certain things were hard to swallow. Namely, switching on the TV and seeing the limited coverage of the war, and getting the general impression that it didn't seem to be a big priority, despite the costs, the stakes and the human sacrifice.

Anti Bush protest in Silver Lake HONK!
A Los Angeles, j'ai été surprise de tomber sur une manifestation assez importante (pour L.A.) en soutien à Cindy Sheehan la semaine dernière: la première manif anti-guerre et anti-Bush de cette taille que je constate depuis 2003.

In Los Angeles, I was surprised to bump into a sizeable demonstration(for Los Angeles) in support of Cindy Sheehan last week: the first anti-war and anti-Bush protest of this size that I can remember since 2003.

Le Los Angeles Times interviewait récemment une spécialiste du marketing militaire, qui expliquait pourquoi l'armée américaine peine à recruter de nouveaux soldats:

Recently, the Los Angeles Times interviewed an expert on military marketing, to explain why the U.S. military had trouble recruiting new soldiers:

"Difficile pour l'Armée de vendre son message de devoir et de sacrifice, quand si peu de sacrifice est exigé de la part de l'Amérique: 'Quand tout le monde parle de Paris Hilton et de "Shérif fais moi peur, le film" et que les Etats-Unis ne souffrent pas vraiment comme c'était le cas pendant la deuxième guerre mondiale, comment pouvez-vous convaincre les parents de participer à l'épreuve?'
"It is difficult for the Army to sell its message of duty and sacrifice, largely because little sacrifice is being asked of America. 'When everybody's talking about Paris Hilton and 'The Dukes of Hazzard,' and there is no real suffering in the U.S. to the extent it happened during World War II, how can you convince parents that they should take part in the suffering?'

Les démarches de Cindy Sheehan marquent-elles un tournant? Le creux de l'été touche à sa fin pour les médias, les démocrates se gardent bien de tout commentaire et de nouvelles blondes bouleversantes de bêtise vont nous distraire. Lors d'une interview avec Jessica Simpson, j'ai pu constater à quel point la jeune chanteuse et ses petits shorts de cousine Daisy dans "Shérif fais moi peur, le film" méritent toute cette attention médiatique aux Etats-Unis (essayez de zapper pendant dix minutes entre CNN et CNN Headline News et comptez les blondes "qui font l'actualité".) Extrait de l'interview dans le Max de ce mois-ci sur les sacrifices de Jessica:

Do Cindy Sheehan's initiatives mark a turning point? The summer "cucumber season" is coming to an end for the media, the Democrats refrain from commenting on the whole thing, and new hair-rippingly, irritatingly stupid blondes will distract people. During an interview with Jessica Simpson, I could measure how this young singer and her micro Daisy Duke shorts were worthy of all this media attention in the U.S. (try to zap back and forth for 10 minutes between CNN and CNN Headline News and count the blondes "making the news"). Excerpt from the interview in this month's Max about Jessica's hardships:

Question: "Tu as perdu beaucoup de poids pour le film... A quoi a-t-il fallu renoncer pour mener à bien cette remise en forme?"
(Jessica Simpson réfléchit fort): "C'est dur comme question... J'sais pas."
(Johnny Knoxville rompt le silence:) "La coke et le Wild Turkey! Ouaf ouaf ouaf!"
(Jessica a une illumination:) "Je sais! Les M&M's aux cacahuètes! Je mordais dedans pour enlever la croute de chocolat et garder seulement les cacahuètes au milieu."
Question: "You've lost a lot of weight for the movie... What did you renounce to get in shape?"
(Jessica Simpson thinks very hard): "That's a hard question... I dunno."
(Johnny Knoxville breaks the silence:) "Coke and Wild Turkey! Bwa hah hah hah."
(Jessica has a flash): "I know! Peanut M&M's! I would bite into them to remove the chocolate crust and keep only the peanut."


Je vous passe sa rêverie sur les joies du shopping et "dépenser plein d'argent." Cela dit, Jessica s'est bravement rendue en Irak pour remonter le moral des troupes, comme en témoigne cette photo.

I'll spare you her reverie on the joys of shopping and "spending lots of money." That being said, Jessica bravely went to Iraq to boost to the troops' morale, as this photo can attest.


Posted by emmanuelle at August 23, 2005 09:19 AM
Comments


A l'epoque de Bridget Jones, tout le monde ne parlait plus que des kilos en trop de Renee. Dans quelques semaines, je paris que c'est Britney Spears qui sera au centre de l'attention des medias. "Britney, tell us how you lost this post-partum weight? The World wants to know!".

Posted by: Estelle at August 25, 2005 04:40 AM

Hum, je parie...

Posted by: Estelle at August 25, 2005 05:25 AM

J'adore le lapsus revelateur d'Estelle!

Posted by: E. at August 25, 2005 06:24 AM

Mon petit frère m'informe qu'il n'a jamais entendu parler de Paris Hilton et de Jessica Machin. Et il n'habite pas sur la station spatiale ISS, mais en Allemagne. Le bienheureux!

Posted by: Emmanuelle at August 25, 2005 07:11 AM

Bonjour Emmanuelle,

Vu de l'autre côté de l'Atlantique (et indirectement du Pacifique...), j'ai beaucoup de mal à comprendre pourquoi les Américains continuent à soutenir la politique US en Irak. Les dernières élections américaines avaient apparemment profondément divisé le pays, notamment sur cette question, et je ne comprends pas l'absence de mobilisation pour le retrait des troupes. Les Body bags qui reviennent chaque semaine de Bagdad ne leur font-ils plus aucun effet ? Pourrais-tu nous donner ton sentiment à ce sujet ?

Bruno

P.S. Avant de lire le dernier MAX je ne connaissais pas, pour ma part, M. Bidule Knoxville (un gros beauf d'ailleurs, d'après ton itw) ni Mme. Machin Simpson. Mais j'ai étudié l'Allemand en 1ère langue à l'école, ceci explique peut-être cela ;-).

Posted by: Bruno at August 25, 2005 10:31 AM

Toi aussi!! Veinard. En fait Johnny Knoxville m'a paru très futé et intéressant comme garçon. Mais en Jackass professionnel, il joue les bourrins pour la gallerie.

Concernant la guerre en Irak, entre Européens expatriés, on se pose la même question tous les jours ici. Les body bags soit-dit en passant ne sont pas "vus" puisque les photos de cercueils militaires sont interdites.

Le soutien (décroissant) des Américains s'explique sans doute par l'absence de service militaire obligatoire et de conscription. Les gamins envoyés en Irak sont quasiment tous des mêmes milieux, pas des familles des hommes politiques, des journalistes et des citoyens les plus prompts à aller voter. Et il y a sans doute le fait que nous, Européens sous-estimons sans doute l'ampleur du choc du 11 septembre. Une attaque d'une telle ampleur sur leur sol etc. et la riposte violente qui s'imposait. Je ne sais pas... J'ai aussi du mal à comprendre.

Posted by: Emmanuelle at August 25, 2005 11:04 AM

Le soutien des Américains s'explique soit par leur mégalomanie, soit par la terreur panique qui s'est emparée d'eux à partir du 11 septembre (largement alimentée et exploitée par leurs dirigeants... avec leur alertes orange et rouge - qui servent à quoi, au juste, à part faire paranoïer la population).

Et dans une autre chronique, sur ses études de détective (j'aimais bien, d'ailleurs, j'en aurais lu plus), Emmanuelle parlait bien de la culture de la paranoïa qui prévaut aux État-Unis... Ça mène forcément à des débordements et des erreurs de jugement.

Posted by: Élia at August 26, 2005 01:59 PM

Sur le même sujet, un article intéressant paru ce jour dans le Figaro :
http://www.lefigaro.fr/international/20050829.FIG0256.html

A propos du 11 septembre, je comprends bien les mécanismes de peur et de paranoïa qui, bien exploités par quelques habiles politiques, attisent le patriotisme américain et in fine le rassemblement derrière le chef de guerre. Ceci dit, les Américains ne sont pas plus idiots que les autres et je ne comprends pas pourquoi il ne comprennent pas que cette guerre en Irak fait le jeu du terrorisme et de quelques multinationales... Faire tomber Saddam Hussein n'a absolument pas amoindri le risque terroriste, au contraire. Ou alors, c'est peut-être moi qui suit un peu plus idiot que la moyenne...

Bruno

Posted by: Bruno at August 29, 2005 06:20 AM

Fear of terrorism and patriotic zeal to explain support for the war is probably a bit of an oversimplification. Bush has pretty much admitted that the reason the U.S. was attacked on September 11th was because the West has been ruthlessly exploiting the Middle East for its resources, and in the process propping up cruel local elites to maintain a convenient (for us) but oppressive status quo pretty much since the end of WWI. Deep down, I suspect his motivation for so altering that status quo is probably a function of his religious conviction. Seriously, I think he's obsessed with setting right Daddy's -- and his nation's -- sins. Anyway, I can't say that the whole "If you take our cold war back-against-the-Iron-Curtain money and support and then turn around and oppress your people, making them so pissed off at us that they find it reasonable to fly planes into our buildings, then we're going to come over and stick a big Army boot up your ass" thing is a particularly bad policy, but it certainly has a terrible cost. But then like Abraham Lincoln said, maybe war for us is a divine punishment that will only end when every drop of blood drawn by the lash is paid by one drawn with the sword. And if that's the case, then these young men and women over there are paying the price for something they aren't responsible for, so that their children and their children's children aren't called in to square the debt with even higher interest. I respect them for that and I fear for them, and since I don't have the benefit of the president's Faith -- and I'm not a big Paris Hilton fan -- I really haven't been able to sleep much for the last two-and-a-half years.

Posted by: Paul Hrissikopoulos at August 29, 2005 11:16 PM

bonjour

juste pour vous signaler qu'à l'occasion du blog day, j'ai eu envie de parler de votre blog sur le mien. Le message sera en ligne ce soir.

Posted by: Melanie at August 31, 2005 04:16 AM

Paul, can't sleep very well either...Is war a "divine punishment" or the result of the "we get the leaders we deserve" theory?

Posted by: Emmanuelle at August 31, 2005 09:30 AM

Probably the latter, but it doesn't sound as darkly poetic.

Posted by: Paul Hrissikopoulos at August 31, 2005 08:32 PM

Une bonne interview de l'écrivain Gore Vidal dans Le Monde daté du 1er septembre.
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3246,36-684157@51-676746,0.html

avec quelques propos bien sentis:

-"Que pensez-vous de la religion, aujourd'hui, outre-Atlantique ?
C'est l'œuvre du diable. Il n'y a peut-être pas de bon Dieu, mais il y a sûrement un diable et sa passion dominante, c'est la religion des fondamentalistes protestants. Je crois que mon pays commence, à de nombreux égards, à ressembler à une théocratie. Par le biais de la télévision, les évangélistes lèvent des fonds considérables qu'ils investissent ensuite pour faire élire des obscurantistes attardés. Comme il n'y a pas de système d'éducation publique, la grande majorité de mes concitoyens est d'une ignorance à faire peur. Ils ne savent pas où est l'Irak. Ils prennent tout ce que le gouvernement leur dit pour parole d'Evangile. Bon sang, n'importe quel pays normal se serait révolté contre cette guerre ! Mais nous sommes un pays anormal, gouverné par des experts en publicité mensongère. "


-" Le pays le plus puissant du monde est en train de retourner à l'âge de la pierre. Ils disent : "Nous avons été élus par les dieux pour gouverner la planète." Mais la vérité c'est qu'il s'agit surtout de mettre la main sur les dernières réserves de pétrole. Au lieu de trouver des énergies alternatives, nous cherchons à asservir des régions entières du monde. Ces gens ne comprennent pas que le pays, ce faisant, court à sa perte."


- "Etes-vous de ceux qui croient que la liberté d'expression est en danger aux Etats-Unis ?
Oui, bien sûr. Le pays appartient à une poignée d'hommes qui contrôlent aussi les médias. Prenez General Electric. Il produit des armes nucléaires pour le Pentagone et possède la chaîne câblée NBC News. Il y a là un appareil de censure très sophistiqué car intrinsèque au système. Voilà le coup de génie. C'est comme une cage électronique tout autour de la nation, qui empêche l'information de passer. "


- "La démocratie est quelque chose que l'Amérique n'a jamais réellement pratiqué. Car les Pères fondateurs détestaient deux choses : la monarchie et la démocratie. Ils voulaient une république. Une réplique, au fond, de la République romaine ou de la République de Venise. Mais, jusque dans l'étymologie du mot, ils avaient la démocratie en horreur. "


- "Pensez-vous réellement que les Etats-Unis soient devenus ce pays totalitaire que vous dites ?
Oui, plus ou moins. Il y a toujours eu des tendances, comme dans la plupart des pays. Mais nous, nous sommes en guerre presque constamment depuis le siècle dernier. Cela n'a pas fait de bien à nos institutions. Le Congrès ne représente plus les gens. Les cours n'exercent plus la justice. Les armées n'en finissent pas de jouer les gendarmes du monde et du pétrole. Et, en 2008, un autre clown sera élu à la présidence. "

Posted by: claude delannoy at September 1, 2005 01:20 AM

Merci Claude, je n'avais pas vu passer cet interview. Mon copain Philippe l'avait interviewé il y a quelques temps pour Liberation et son discours a toujours ete assez virulent dans ce ton, non? J'ai été très frappée par sa déclaration:

"Je passe le plus clair de mon temps en Californie. Car le climat politique me nourrit. La colère me nourrit. Or je suis en colère la plupart du temps lorsque je suis là-bas. Donc, ce qui pourrait être insupportable pour n'importe qui d'autre est, pour moi, le carburant même de mon écriture."

Posted by: Emmanuelle at September 1, 2005 09:53 PM

C'est qu'il a l'âge de ses artères le papy !
Ses 80 ans témoignent d'engagements assez vifs, comme ça pouvait se faire autrefois (un peu sur le mode, en fait soixante-huitard, des "enfants gâtés de la démocratie").

Le défaut de ce radicalisme c'est bien sûr, par ses excès, de masquer sa part profondément vraie.

Il n'empêche que papy Gore est loin de ne raconter que des âneries. J'imagine que sa déclaration sur la Californie, lieu d'inspiration et de combat, a dû vous toucher. Mais Vidal est un gros menteur. En fait c'est le climat qui lui plaît ! :-)

Posted by: claude delannoy at September 1, 2005 11:57 PM


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