
Terri Schiavo est morte. Toute l'Amérique semblait suspendue à son sort, à commencer par les chaines d'infos obsédées par cette affaire politico-sociéto-judiciaire américaine. Les médias sont restés discrèts sur un point: la boulimie est à l'origine de la tragédie de cette jeune femme. Ses vomissements et différents troubles auto-induits ont entrainé l'arrêt cardiaque qui a plongé Terri Schiavo dans cet état végétatif. Ses parents se sont battus pour maintenir son tube d'alimentation. Elle est morte privée de l'alimentation qu'elle refusait déjà de son vivant.
Cette triste affaire a eu au moins le mérite d'inciter de nombreux Américains à revoir leurs testaments. Et à réfléchir: on en a conclu hier soir avec Cathy et Jacki que si l'on souhaite être "débranché", il vaut mieux confier cette responsabilité à quelqu'un d'autre que ses parents. Pour les parents, c'est trop dur. Ils risquent de se réfugier dans l'abnégation. En attendant, les vivants ont besoin de cran pour supporter George et Jeb, fervents partisans de la peine de mort, revendiquer sur toutes les télés la "culture de la vie" et la "sainteté de la vie" et déplorer la fin de cette malheureuse Terri.
Une raison de plus (à mes yeux) pour filer à la conférence du magazine libertarien Reason ce week-end. Le rédacteur-en-chef Nick Gillespie débattra de l'affaire Schiavo ce soir avec Cathy sur le Dennis Miller Show sur CNBC à 6 ET/9 PT. (Jérôme nous réfère à un extrait du Daily Show sur la folie médiatique des derniers jours.)
Détail effarant: les médecins de Terri Shiavo ne se risqueront peut-être pas à présenter leurs condoléances à sa famille. La chroniqueuse Amy Dickinson m'apprend que de plus en plus de docteurs américains préfèrent rester silencieux par crainte des procès, car dire "Je regrette le décès de votre proche" peut être perçu comme une admission de culpabilité! Elle précise: "Des lois surnommées "Je suis désolé" ont été votées dans 5 états, permettant aux médecins de dire "mes sincères condoléances" sans que cela ne puisse être utilisé plus tard dans une action judiciaire pour faute professionnelle."
Michael Jackson se dit persécuté, se compare à Nelson Mandela (interview audio ici) et proteste silencieusement avec sa collection de brassards, analysée en détail sur CityRag (merci pour le lien Amy!)
J'ai croisé un Michael Jackson en pleine forme cette nuit en salle de maquillage - plus précisément, l'acteur Edward Moss (ci-contre + son site de sosie pro) qui l'incarne dans la reconstitution journalière des moments forts du procès Jackson pour l'émission spéciale de la chaine E! Bruno Icher explique le concept dans Libé:
"Ainsi, chaque jour, les acteurs n'ont que quelques heures pour apprendre leur texte, en l'occurrence les minutes du procès, avant de l'interpréter. A intervalles réguliers, des experts (avocats, journalistes) en plateau interrompent la performance pour donner leur interprétation du procès. Le résultat est vertigineux, vaguement pervers et passionnant."
"Thus, every day, the actors only have a few hours to learn their lines, i.e. selected moments of the trial before playing them on camera. In between each segment, experts (lawyers, journalists) in the studio interrupt the performance to give their interpretation of the trial. The result is breathtaking, vaguely perverse and captivating."
Pour la deuxième semaine consécutive, les producteurs m'ont invitée sur le plateau de l'émission française pour commenter les vignettes avec une qutre correspondante en Californie, Claudine Mulard du Monde et l'avocat Bill Moore, qui a représenté des prêtres catholiques accusés de pédophilie. L'émission présentée par le super-énergique Ramzi passe en ce moment (samedi soir 20h en France) sur Canal Satellite, chaine E! donc.
L'expérience est inédite pour moi et malgré les horaires de tournages tardifs, décalage horaire oblige (jusqu'à 4h du mat la semaine dernière, 2h30 hier) c'est passionnant de tenter d'assembler ce puzzle juridique qui divise les commentateurs de plus en plus violemment ici. Le ton monte au fil des semaines. Sur les talk-shows juridiques de Court TV, de nombreux animateurs/journalistes sont d'anciens procureurs qui défendent les victimes présumées envers et contre tout et ont déjà déclaré Jackson coupable depuis longtemps.
Ce procès sans fin surnommé "Foreverland" coute une fortune à Santa Maria, la petite ville conservatrice entourée de champs de fraises et de broccolis où se déroule le procès, à 4 heures de route de Los Angeles. Le procureur investit des sommes folles: cela fait peu de doute qu'il veut la peau de Jacko. Bill, l'avocat de l'émission de ce soir est formel: "Si le procès avait lieu à Los Angeles, Jackson serait acquitté."
Etant française, j'ai tendance à rationaliser comme beaucoup de mes concitoyens qui réagissent avec étonnement face à la famille qui accuse Michael Jackson et pensent: "Vous aviez entendu les rumeurs. Vous êtes forcément au courant des accusations de pédophilie en 1993. Et malgré tout, vous êtes suffisamment stupides pour laisser votre gamin passer la nuit à Neverland? Et vous vous plaignez?" Claudine du Monde n'a pas du tout le même point de vue que moi sur cette famille. On a commencé à se chamailler dans les coulisses de l'émission avant de revenir à des choses essentielles, en bonnes françaises: où trouver de bons yaourts crémeux méditerranéens à Los Angeles? Réponse: Trader Joe's.
Cette culture du "tout le monde est une victime" et le manque de responsabilité personnelle qui existe aux USA ne passe pas bien en France. Tout comme les procès animés par des motifs financiers (car même si la famille a mollement nié vouloir trainer Jackson en justice pour obtenir de l'argent, elle a consulté deux avocats dont celui qui a négocié l'accord à l'amiable de quelque 20 millions avec le jeune accusateur de 1993. Une plainte au civil ne surprendrait personne.)
Ensuite, c'est vrai qu'en vivant à Los Angeles, on voit à quel point les stars sont constamment harcelées, cibles de malades, de stalkers et d'escrocs. Reste que, même si l'attitude de la famille m'est très étrangère et peu ragoutante, je n'ai pas d'opinion définitive sur la chose qui compte le plus dans cette affaire: Jackson est-il coupable ou pas?
This culture of “victimization” and lack of acknowledgement of personal responsibility that exists in the US doesn’t play well in France. Nor do people bringing lawsuits with a financial motive (even though they have mildly denied going after Jackson for money, the family has consulted with two lawyers, including the one who worked out the $20 million settlement with the kid in '93, and it sure smells like a civil suit in the making.)
Also, being now a resident of Los Angeles, we can see firsthand how stars get targeted non-stop by sickos, stalkers and grifters. Now, even though the family’s attitude is so foreign and unappealing to me, I haven’t made up my mind on the most important thing: is Jackson guilty or not?
Happy Paddy's day avec Jim Lowney au milieu de la fanfare (et jamais loin d'un bar) dans le New Jersey. Puis petit détour par Berne avec Morgain, le groupe de musique irlandaise de l'amie helvète Sara. La radio DRS leur a consacré un long reportage (format Real Audio) en suisse-allemand, belle langue captivante et impénétrable qui se marie rudement bien avec la zique irlandaise. Ah, si Morgain chantait en dialecte bernois!
BRAVO tardif à Tony, Boing Boing et Nick Denton et ses webstars ont remporté une belle brochettes de Bloggies!
Concernant la photo: grâce à la divine Jeanine , j’ai décroché un travail inattendu de traductrice sur Fine Art Showcase, une émission de télé de vente aux enchères d’art sur le cable à travers les USA (difficile à imaginer en France.) A cours de mots, j’agite des mains à l’italienne entre le présentateur Barry Chappell et le maitre-verrier français fort sympathique Jean-Claude Novaro.
Demain, je ferai mes débuts de pundit («commentatrice») dans la version française de l’émission «The Michael Jackson trial.» Vous-en avez sans doute entendu parler: les caméras de télé étant interdites dans le tribunal pendant le procès de l'ancien roi de la pop, la chaine E! filme des reconstitutions des moments-cléfs de la journée avec des acteurs. L’émission française sera diffusée les samedis sur Canal Satellite. (A potasser d’ici là: les conseils de la productrice de télé Kate Coe, pour les invités de plateaux de télé!)
Est-ce que le public français se passionne pour l’affaire Jackson? J’ai l’impression de ne couvrir que cela depuis fin janvier. Michael Jackson est encore relativement admiré en Europe et y vend encore des disques (l'Europe de l’Est a une affection particulière pour Jacko.) Ici, la plupart des médias le traitent comme une bête de cirque («un freak») plus qu’autre chose avec parfois une hargne déshonorante. Va-t-il tenir le coup? Lors de son apparition l'autre jour au tribunalk, hagard, en pyjama, il avait l'air au bout du rouleau.
Maintenant, pour une histoire vraiment bizarre, je vous renvoie sur le récit de cette collaboration entre Michael Jackson et son copain Bart Simpson.
Now, for something really bizzare, here is this story of a collaboration between Michael Jackson and his pal Bart Simpson.
Le responsable éditorialiste du Los Angeles Times pourrait bénéficier de petites vacances en France (cf. la rafraichissante photo de la comédie Les Bronzés, surnommé aux USA "French fried vacation", disponible ici.) De quoi se faire une meilleure idée du pays avant de publier toute une colonne de sa page opinion intitulée: "Le panthéon français de la honte", un hit-parade des trois affaires françaises les plus déshonorantes aux yeux du journal. Admirez la finesse du point dès le premier paragraphe:
"Les temps sont durs pour la fièreté gauloise. Non seulement les restaus McDonald's à Paris sont pleins à craquer mais les sensibilités culturelles françaises sont sans dessus-dessous car l'un des films préférés de la nation l'année dernière, Un Long Dimanche de Fiancailles a été partiellement financé par les Américains (en Français dans le texte) de Warner Bros."
"These are tough times for Gallic pride. It's not enough that McDonald's outposts in Paris are jampacked, now French cultural sensibilities are all atwitter because one of the nation's most lauded films last year — "A Very Long Engagement" — was partly financed by les americains from Warner Bros.
Le journal cite ensuite le scandale de l'appartement Gaymard et en dernier, la très modeste contribution de Chirac pour "la stabilité en Irak" à hauteur de 660 000 $ (j'ai lu qu'il était question de 2 millions, mais on ne va pas pinailler!)
Cet édito à tiroirs soulève des points incontestablement honteux sur l'affaire Gaymard notamment. Mais dans l'ensemble, il ne sent pas très frais (le brouhaha autour du Long Dimanche remonte à belle lurette, le scandale Gaymard a éclaté il y a un mois…) et des idées reçues sont ruminées très paresseusement.
This multiple-entries editorial brings up some very obviously shameful points, especially on the Gaymard affair. But all in all, it doesn't smell very fresh (the hoopla around A Very Long Engagement dates back several months; the Gaymard scandal erupted more than a month ago...), and it's mostly guilty of recycling cliches like a lazy cow chewing cud.
Rien que dans le premier sujet:
Le journal nous sert l’image irrésistible des Français horrifiés face aux McDos français pleins à craquer. Allons! Les McDos ne sont pas remplis de touristes américains en shorts, mais de Frenchies. C’est peut-être… parce qu’ils aiment y manger? Le comptoir des McDos n’est pas un mur de lamentations de Gaulois secoués de pleurs incontrôlés, ravalant leur honte pour commandant un menu Big Mac. La nourriture McDo en France est autrement meilleure qu’aux Etats-Unis, c’est même varié et assez bon, le café est tout à fait correct. Et en plus, des restaus McDo offrent aussi la Wi-fi gratuite! Le succès des McDo français est tellement phénoménal que des pros français sont appelés à la rescousse pour redorer la marque aux USA.
The LAT serves us with the irresistible image of the French being dismayed by packed McDonald's franchises on French soil. Please! We all know by now that "Les McDos" (as they're affectionately called in France) are not filled with American tourists in shorts, but with normal French people, right? Maybe the French actually love eating there? French McDos' counters are not Wailing Walls of Gallic customers tearfully ordering Big Mac menus between ashamed sobs and chokes. The food at French McDos is way better than in the States. It's actually diverse and quite good. The coffee is very acceptable. McDos also provide free Wifi. The success of French McDonald's is so phenomenal that French McDo pros are being called to the US to revive the lagging brand here.
Puis le LAT ressort les mouchoirs au nom des Français chagrinés par le fait que «près de la moitié des tickets de cinéma sont vendus pour des blockbusters hollywoodiens.» Mais il y a de quoi se réjouir justement! Dans toute l’Europe en moyenne, la part des films américains (pas tous des blockbusters, soit-dit en passant) avoisine les 70-75% par comparaison.
Les dernières statistiques françaises donnent plutôt matière à célébrer: le cinéma français produit un film toutes les 43 heures, selon le CNC (petit lien au passage au site de Joyeux Noël, le film de Christian Carion, frère du célèbre blogueur californien Pierre. La fréquentation des salles de ciné est en hausse, et en 2004, la part des films français a augmenté : 38,4% (contre 35,0% en 2003). A l'inverse, la part des films américains a baissé à 47,2% (contre 52,8% en 2003)...
Le LAT choisit de voir les choses différemment. Et affaire Gaymard mise à part, les Français auraient sans doute sélectionné d'autres scandales dans leur propre "panthéon de la honte."
The French movie industry produces one film every 43 hours, according to the French state agency CNC (a pretext to link to Joyeux Noël, the new movie of Christian Carion, brother of famous California blogger Pierre. Attendance at theaters is on the rise, and in 2004 the share of French movies at the box office increased to 38.4% (compared to 35.0% in 2003). On the other hand, American movies have receded to 47.2% (from 52.8% in 2003)...
The LAT is choosing to see things a little bit differently than how they actually are. Aside from the Gaymard scandal, I bet the French would have choosen different affairs to put on their own Hall of Shame.

Il faut le voir pour le croire (et en rire): le New York Post a tellement peu apprécié les déclarations de Lance Armstrong en faveur de Paris pour les JO de 2012 que le journal l'a affublé d'un bérêt et d'un T shirt "l'axe des traitres" ('Axel of Weasel,' en B.O., intraduisible car triple jeu de mot sur l'Axe du mal de Bush; weasel = la belette mais aussi le renegatl; et l'axe du mal devient axel, en clin d'oeil au vélo...) Ah, ils ont le don de la formule au New York Post! Et tant pis si Armstrong a pris soin de déclarer que, au final, il roule pour New York!
L'ami Eric Franceschi, ulta-talentueux correspondant-photographe à Marseille de Libération nous envoie une photo de la Canebière pour l'envoyée spéciale du journal enlevée en Irak, Florence Aubenas et son traducteur, Hussein Hanoun Al-Saadi (cliquer ici pour agrandir)
En France, la vidéo choque et horrifie. Aux Etats-Unis, personne n'en parle. Une copine de Los Angeles me demandait pourquoi j'avais une photo de l'acteur Orlando Bloom en haut de page de ce site: elle faisait référence à la bannière animée de soutien à Florence et Hussein. Ainsi Florence ressemble à Legolas du Seigneur des Anneaux! Ah, vivre à Hollywood.
Il se trouve que les journalistes enlevés en Irak sont avant tout européens. Les Américains sur place n'y vont pas à la légère, avec gardes du corps, voitures blindées et budgets conséquents pour protéger les journalistes barricadés dans leur hôtel et recruter des free-lance irakiens qui font pratiquement tout le boulot de terrain. Les envoyés spéciaux sont remplacés régulièrement. Les rédactions françaises n'ont pas ce genre de moyens. Les journalistes sont pratiquement seuls à Bagdad et ont tendance à rester longtemps, pour faire des économies. Le danger étant, qu'au bout de quelques semaines, on relâche sa vigilence. On sort à la rencontre de la population, impatient de faire son boulot de journaliste.
A l'heure Américaine signale un blog consacré à la mobilisation en France pour la libération de Florence et Hussein.
A l'heure Américaine
informs us about this new blog detailing the mobilization in France for the release of Florence and Hussein.