
Pendant que le reste de l'Amérique grillait des burgers en ce week-end de trois jours, 14 bloggers francophones ou Frenchies expatriés aux USA ont pic-niqué ensemble à Central Park: photos chez Nicolive MBA et chez Jérôme. Par ailleurs, on me dit que le sujet de Envoyé Spécial autour de plusieurs blogueurs de Los Angeles doit être diffusé début juin.
Dimanche, on a voté (par procuration) avant de rejoindre une bonne foule de fans de Michel Houellebecq venu l'écouter parler de son essai sur Lovecraft au musée Hammer, à Westwood. Le Times de Londres avait senti venir un "coyote moment" pour le gouvernement français (voir * au bas) mais pas pour Houellebecq. Assez léthargique pendant sa performance, il s'anime en commentant le résultat du référendum:
"Probablement 95% de nos représentants politiques avaient une opinion, et 57% des électeurs avaient l'opinion contraire. C'est un grand moment, vraiment... C'est un phénomène croissant, les élus qui ne représentent plus le peuple. [...]""Je suis très surpris parce que d'habitude, les Français sont des lâches. Quand c'est important pour l'Etat, le gouvernement vous dit qu'il faut voter oui, qu'il n'y a aucune raison de voter non, que c'est irresponsable de voter non. Et ils le répètent en insistant de plus en plus jusqu'au dernier jour. Et les gens votent 'non!' C'est un échec incroyable."
"Probably 95 percent of the professionals of representative democracy had one opinion, and 57 percent of the people had the other opinion. It's a great moment, really.... It's a growing phenomenon -- representatives don't represent any more the people. [...]""I am very surprised because normally French are cowards. When it's important for the state, the government tells you that you have to vote yes, there's no reason to vote no, it's irresponsible to vote no. And they repeated it at high levels with more and more stress until the last day. And the people voted no!... It's an incredible failure."
"Est-ce un signe que nous nous dirigeons vers l'extinction de l'humanité?"a demandé le présentateur, en référence aux dernières pages du roman "Les Particules élémentaires." Les Américains se marrent, mais dans l'assistance, des Français de L.A. restent songeurs. Il faut dire qu'en début de soirée, des strip-teaseuses burlesques avaient chauffé la salle pour Houellebecq, l'écrivain français vivant le plus fascinant, le plus connu et sans doute le plus vendu au monde.
Houellebecq est tout recroquevillé, les jambes entortillées en Bretzels. Il est souvent drôle sans le faire exprès. On parle de sexe et il émet un petit rire. Un copain, ex-pornographe chez Hustler, trouve que Houellebecq lui rappele les drôles de types silencieux qui trainent parfois sur les tournages de films porno, les épaules rentrées. Ils laissent échapper des rires bizarres et plus tard, envoient à Hustler les lettres les plus obcènes. Autre détail: alors que Bernard Henri Lévy prédit la mort de Los Angeles, Houellebecq pense en revanche que les vieilles métropoles comme Paris ou New York vont disparaitre et que "le futur appartient aux villes comme L.A."
Voici Houellebecq avec des effeuilleuses, à la réception. Je viens le saluer pour notre petite interview radio calée avec son attachée de presse. C'est son premier voyage en Californie, avec étape au kitschissime Madonna Inn, une menace de manif à San Francisco et cette affaire dans l'air qui aurait pu lui inspirer un commentaire. "Non, je n'ai pas envie," dit-il en tirant sur une clope au-dessus d'un carton "merci de ne pas fumer."
J'essaye de nouveau, en variant... Houellebecq n'est pas désagréable, au contraire, mais difficile à suivre. Je retiens du mélange de phrases inaudibles et de grommellements 1. Que Michel Houellebecq "n'a pas de vie privée." Il va où "là on lui dit d'aller." 2. La Californie est très bien pour faire du shopping, surtout à Petco, le supermarché pour chiens. 3. Il n'a pas enquêté aux USA pour son nouveau bouquin, en relation avec le milieu des sectes, parce que "les sectes sont beaucoup plus présentes en Europe" (?) 4. Les Américains sont beaucoup plus relax chez eux qu'à Paris, donc beaucoup plus agréables ici (!) Il aimerait qu'à l'avenir, son éditeur l'envoie ailleurs qu'à New York pour voir du pays (car, encore une fois, il va où on lui dit d'aller.)
Faute d'interview, je lui présente son recueil "Rester vivant." "Ah, c'est pas mal, ca" dit-il, avant de signer "San Francisco, le 26 mai", corrigeant la date (29) mais pas le lieu. Rendez-vous le 1er septembre.
* "Coyote moment": les lendemains de cuite difficile quand on découvre un(e) inconnu(e) dans son lit et que l'on préfèrerait s'arracher un membre avec les dents, comme le font les coyotes pris dans un piège, plutôt que de confronter la réalité.

Trois ans sans Julien Prunet, sans sa présence jusqu'à Los Angeles, sa vitalité et ses coups de fil de la rédaction de France Info qui démarrait souvent avec un faux accent américain outrageux: "Helloo, it's Julio from Parisss, France... J'aurais un little reportage radio à te demanday... on a very interesting subject, I'll guarantee it!" Julien animait l'émission France Info Plus, pour laquelle les correspondants à l'étranger adoraient travailler parce qu'il avait toujours de bonnes idées, discutait des sujets avec passion et faisait d'excellentes suggestions pour améliorer les reportages. Julien était formidablement doué, né pour faire de la radio avec sa voix énergétique et un champion des imitations qui nous faisait rire à en avoir mal à la mâchoire. Boute-en-train, il partageait sa bonne humeur et son appétit de vivre en nous épargnant le reste. C'est un immense regret. Il manque à tellement d'amis: rien qu'entre correspondants radio, nous l'évoquons souvent.
En sa mémoire, des collègues de Julien animent l'association Lire dans le Noir qui réalise des livres-audio et des lectures pour les non-voyants, grâce à des dons.
colleagues of Julien are running an association, Lire dans le Noir that produces audio-books and readings for the blind, with the help of donations.
"Quand Luke Ford a ouvert la porte de sa cahute, il tenait entre les mains un Bolino kosher à moitié entâmé. Il est naturellement joueur, gracieux, humble - un homme-enfant foncièrement modeste. Un peu tendu. Il dit qu'il n'a pas entendu parler de moi, de mon travail ou de la France, mon pays natal. J'ai 7 ans de moins mais j'ai l'impression d'avoir soudain 60 ans.
Avant notre interview, il avait préparé une large assiette de fruits pour moi, chose réservé jusqu'alors pour Cathy Seipp. Sa joue luit comme une pomme fraichement cueillie. Il est beau, comme je m'y attendais - vous ressentez cette attirance hétéro consulsive, un amour metrosexetoutou. Le béguin s'est abattu sur moi comme une vague idiote, ce truc Australien..."
Before our interview, he'd prepared a large plate of fruit for me, something he'd done only for Cathy Seipp. His cheek glows like a freshly picked apple. Handsome as expected -- you get the automatic hetero crush, metrosexpuppy love. The crush washed back on me like a dumb wave, that Australian thing..."
Odieux, n'est-ce pas? Mais c'est inspiré de portraits de stars comme celui-ci de Keanu Reeves et de Vincent Gallo, publiés dans des magazines américains réputés. Hier soir, la troupe de comiques de L.A. Innuendo (Richard Rushfield, Defamer, Stacey Grenrock Woods of the Daily show...) a présenté un spectacle drôle dans l'ensemble, au concept simple: la lecture de portraits/interviews de stars affreusement pompeux et lèche-bottes-en-peau d'autruche. Ce, dans la tradition américaine qui implique trop souvent l'intervention du journaliste à la première personne du singulier pour parler de LUI, et pas uniquement du crétin/mannequin/chanteur à peine pubère devenu star hollywoodienne millionnaire.
Assis à côté, Luke Ford, celèbre pour ses interviews démentes et irréverencieuses, riait comme une baleine. Depuis ma première rencontre de lui en 1998, il est devenu une webstar. Pas encore assez riche, puissant et célèbre pour être le sujet de ce que les Américains appellent une "puff piece" (une pièce moussée?) mais ce n'est peut-être qu'une question de temps.
A la fin du spectacle, les terribles portraits de stars étaient de plus en plus indigestes. En 1996, Esquire avait placé en couverture la nouvelle starlette blonde du moment, Allegra Coleman, avec portrait complaisant à l'appui: en réalité, une parodie, virtuellement impossible à distinguer d'un vrai article. Dans certains journaux français, des portraits de célébrités me paraissent parfois inutilement venimeux, comme si le journaliste voulait prouver à tout prix qu'il n'a pas été subjugé par son sujet. Mais au moins, même les portraits flagorneurs de Paris-Match nous épargnent l'emploi de la première personne. C'est vraiment une maladie ici...
A l'attention de ceux qui recoivent une avalanche de emails emanant de emmanuelle.net: ce n'est pas moi qui vous bombarde de spam du côté obscur de la Force. J'ai été victime d'un Joe Job, comme disent les Américains et j'essaye en ce moment d'enrayer cette attaque. Elle entraine des blocages de mail apparemment puisque des personnes n'arrivent plus à m'écrire à mon adresse car les messages rebondissent. Mon adresse secondaire: emmarichard (devinez quoi) gmail (devinez encore) com
La L.A.P.D, la célèbre police de Los Angeles, sait répondre aux urgences, en voici la preuve: Amy m'avait signalée que nos policiers avaient récemment fermé une expo de parodies de logos publicitaires à Downtown L.A., à cause du contenu jugé "agressif" et "offensant". Cette expo diffuse des messages incroyablement originaux et subversifs: anti-globalisation/multinationales/Bush/war on drugs etc.
Or, Blogging L.A. a de nouvelles infos: selon eux, la police a expliqué à la gallerie avoir agi en réponse à un e-mail (UN!) d'un citoyen anonyme choqué, sans doute le même qui a traité les exposants de communistes (l'ignominie!) Mais le rapport de police mentionne 200 manifestants qui ne se sont jamais matérialisés, selon des témoins ... Bien sur, la gallerie est à quelques minutes de quartiers-ghettos où des gangstas s'entretuent et terroristent les résidents.
A New York l'année dernière, un portrait de Bush composé de multiples petits singes avait été retiré d'une expo, par le manager, pas la police, et l'affaire s'était bien terminée.
Now Blogging L.A. has new information: according to them, the police told the gallery that they closed the exhibit in response to one e-mail (ONE!) from a shocked and anonymous citizen, probably the same person who called the gallery owners communists (the ignominy!). But the police report mentions 200 protesters, who, according to witnesses, were never there! Of course, the gallery is minutes away from ghetto neighborhoods where gangstas kill each other and terrorize residents.
In New York last year, a painting featuring a portrait of W. Bush made of multiple monkeys was removed from an art show by the manager, not the police, and it all ended up pretty well.
J'ai essayé de recueillir des réactions à la mort du fameux producteur de disques français Eddie Barclay, qui est passée presque totalement inapercue ici (seul Quincy Jones m'a fait passer un communiqué). Un portrait du Daily Telegraph de mai 2004, qui décrit Barclay comme un "pacha sur le déclin" rapporte une anecdote que je ne connaissais pas:
"Il y a quelques années, Barclay et plusieurs de ses amis, y compris l'homme d'affaires déchu devenu acteur Bernard Tapie, achètent une partie d'un cimetière près de St Tropez avec le projet d'en faire une sorte de club exclusif. Il faudrait deux sponsors pour être admis, de la musique serait diffusée le long des allées, il y aurait des intercoms entre les mausolées et des photographies des morts à l'apogée du bonheur. Les caveaux seraient décorés comme des maisons et surtout, les cerceuils seraient laissés ouverts pour permettre au morts de marcher. Ils possèdent toujours le cimetière, mais ne l'ont jamais aménagé. "Ca aurait été très chic," dit Barclay. "La mort n'a pas besoin d'être triste, vous savez."Plus tard, Barclay, qui convola en noces huit fois raccompagne le journaliste anglais sur le pas de la porte et lui tend la main: "Vous voulez une invitation à mon prochain mariage?"
"A few years ago, Barclay and several of his friends, including the disgraced businessman turned actor Bernard Tapie, bought part of a cemetery near St Tropez which they planned along the lines of an exclusive club. You would need two sponsors to be admitted, music would be piped along the pathways, there would be intercoms linking the mausoleums, and photographs of the deceased showing them at their happiest. The mausoleums would be decorated like houses and most important of all, the coffins left open for the dead to walk. They still own the cemetery, but never fixed it up. "It would have been very chic," says Barclay. "Death needn't be sad, you know."After ushering the journalist to the door Barclay, a famous hedonist with 8 marriages under his belt, holds out his hand and asks: "So, do you want an invitation to my next wedding?"
Beaucoup d'action, de noirceur, de tragédie et pleins de scènes avec Yoda en vedette: le nouveau Star Wars est formidable. Ne me demandez pas de comparer avec les épisodes précédants: je n'ai jamais réussi à visionner un film en entier jusqu'à hier soir. Et bien sur, après coup, certains passages résistent mal à toute tentative d'analyse.
Deux vilains personnages font des déclarations qui rappellent furieusement George W. Bush ("Ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous" et un prêche pour la paix, tout en pratiquant la guerre...) mais George Lucas déclare avoir été inspiré par la guerre du Vietnam et... la France napoléonienne.
UPDATE: Xeni goes to the premiere and secretly records scenes on her plasma napkin.
UPDATE 2: Tiffany goes to the same screening as me. I think I saw the same dude with cute kids wearing Star Wars costumes but I didn't recognize Warren Beatty. I never recognize celebrities. Ever.
Arte Radio a retrouvé Syd Barrett! Moi qui croyais vaguement que le fondateur de Pink Floyd était mort ou dans un asile, scotché au plafond depuis ses excès d'acide dans les années 70. Mais il vit en France avec sa soeur, pédale jusqu'au village et fait pousser des dahlias. Il essaye d'interpréter, en français, des messages dans les nuages (réaction de soeurette un chouia agacée: "They're only clouds, Dear!") dispense des conseils de jardinage et chante "Savez-vous planter les choux". A écouter (en français et anglais) sur Arte Radio.
+ une Foire Aux Questions sur Syd Barrett pour se rafraichir la mémoire.
+ MISE-A-JOUR: C'était drôle! J'y ai cru. C'était un canular... de la poésie.
+ a FAQ on Syd Barrett to refresh your memory.
+ UPDATE: That was funny. I believed it happily. It was an hoax, a piece of poetry.
En rentrant d'un match de baseball, Matt s'est un tantinet énervé en découvrant cette affiche sur l'autoroute (ci-contre): la réponse d'une chaine de radio conservatrice à la campagne controversée dont on a beaucoup parlé ici, car elle a fait sortir notre gouverneur Schwarzenegger de ses gonds. Une chaine de télévision hispanique de Los Angeles s'était amusée à suggérer que Los Angeles n'appartenait pas à la Californie, mais au Mexique... Ouch! Détails ici chez Matt.
Mercredi, cocktail party de l'hebdo alternatif L.A. Weekly dont le clou était la visite du complexe d'appartements Sunset and Vine à Hollywood. La nouvelle mode ici est aux appartements chers (2500 $ par mois pour un une pièce-grande cuisine-salle de bain à Sunset & Vine...) dans des complexes dignes d'un hôtel, avec projections de films au bord de la piscine, salle de gym, sauna, petit coins-salon sur la terrasse à l'ombre des palmiers avec accès Wi-fi. C'est assez nouveau à Los Angeles. Dans cette mégapole étalée à l'horizontale, ceux qui vivent en appartement (la moitié de la population) sont un peu comme les piétons: les tristes figures de L.A., les losers du rêve californien. Détails du Weekly:
Personne ne déménage à Los Angeles pour vivre en appartement. Ou du moins, pour finir dans un appart. Un appart ici est temporaire, une étape en attendant que les prêts étudiants soient remboursés, que le groupe décroche un contrat avec une maison de disque, que le scénario soit vendu ou que l'on se marie ou s'installe en couple [...] A Los Angeles, c'est un signe d'anomalie, de transition ou de défaite.
No one moves to Los Angeles to get an apartment. Or at least not to end up in one. An apartment here is a way-station, a temporary fix until the college loans are paid off, or until the band is signed, or the screenplay is sold, or you make partner, or you tie the knot [...] In L.A., it’s a sign of quirkiness, transition or defeat.
De fait, beaucoup de gens préfèrent habiter à perpète et passer plusieurs heures par jour dans les bouchons pour posséder leur carré de gazon jugé vital les momes, le chien, le barbecue.
Dans un tel contexte, le numéro spécial du Weekly "L'appartement comme objet de désir" se lit presque comme un roman de science-fiction et fait réfléchir sur l'avenir de L.A. à la "verticale," sous la pression de la population croissante. Comme le dit le résident d'un appart chic: L.A. est super pour y vivre tant que vous évitez les freeways - ces autoroutes urbaines de plus en plus congestionnées.
In this context, the Weekly's special issue "The Apartment as object of desire" almost reads like a science-fiction novel, and makes you ponder L.A.'s vertical future under the pressure of the growing population. As a resident from a chic apartment complex says: L.A. is great to live, as long as you stay off the increasingly congested freeways.
Quand aux appartements de Sunset + Vine: aussi chouettes que sur le site. Mais comme dans le Village de la série TV Le Prisonier, une musique irritante se dégage en permanence des palmiers en pot au bord de la piscine. Vous vous apercevez que certaines pierres sont en fait des bafles déguisées en caillou!
Fishbowl L.A. découvre l'article de BHL sur Los Angeles dans The Atlantic et souligne les passages les plus irritants. BHL a du mal à saisir L.A. et s'obstine à chercher des repères traditionnels, comme si une ville devait forcément posséder, à l'européenne, un centre-ville historique encore vivant, des contours définis, un monument d'où l'on peut avoir une vue globale. Sa conclusion? L.A. est une ville post-historique et va très certainement mourir!
En septembre dernier, L.A. Observed s'était amusé à la vue de BHL et son entourage en train de préparer l'article en question, sur les traces de De Tocqueville.
A un moment donné pendant le procès de Michael Jackson la semaine dernière, à Santa Maria, je me suis demandée si mon temps sur cette planète était sagement dépensé. Après six heures passées à étudier les omoplates saillantes du chanteur sous son costume bordeaux et à griffonner les éloges de son ex-femme éplorée, j'ai songé à m'inscrire à un cours de théologie sur "la quête de sens et son universalité" ou à revoir sans délai Monthy Python: le sens de la vie. Mis-à-part ce bref petit coup de blues, c'était une chance d'être sur place, à un tournant intéressant de ce procès surnommé "Foreverland".
A mi-course, exactement: l'accusation est en train de boucler son dossier sans gloire, et bientôt, la défense va faire défiler à la barrre une myriade de stars pour chanter les louanges du Roi de La Pop empêtré dans ce thriller judiciaire de cauchemar. Santa Maria est une petite ville agricole plate, pauvre et plutôt sinistre les jours de pluie: un décor anti-glamour au possible pour l'arrivée quotidienne de Jackson, à 8h 20 chaque matin. Il est maigre comme un coucou sous son costume impeccable et couvert d'épaisses couches de maquillage: un vrai choco BN. (On lui prête même des implants capillaires!) Pour ceux que le procès intéresse, voir mon article dans le Libé de vendredi.
Le coordinateur médiatique du procès, Peter Shaplen, est aussi sympa et efficace que ce que décrit le Los Angeles Times. Et pas seulement parce qu'il m'a obtenue une place à l'intérieur du tribunal, pour le bas prix de 50$ la journée. "C'est une cotisation reversée à la ville, pour absorber les couts engendrés par le procès, notamment, la sécurité renforcée à cause de tous les médias," explique-t-il, dans la petite tente qui lui sert de bureau dans le parking du tribunal. La dernière fois où je me souviens avoir payé pour amortir les frais causés par la couverture d'un événement, c'était à Cuba pour la visite de Jean-Paul II, en 1998.
La photo ci-contre n'est pas très réussie, mais entre les tentes et les camions satellite, entre 300 et 600 journalistes et techniciens campent ici chaque jour. Les journalistes vedettes et commentateurs judiciaires se connaissent tous ou presque. Dès 7h du matin devant le tribunal, ils complotent et plaisantent entre eux telle une colonie d'ados lancés dans un jeu de piste. Comme d'autres se retrouvent sur les guerres en Bosnie ou en Irak, ils sont de tous les procès à sensation: O.J. Simpson, Scott Peterson et maintenant Michael Jackson.
En les voyant les uns sur les autres toute la journée, à la fois crevés et survoltés, isolés dans cette enclave à mille lieues de New York ou de Los Angeles, on se demande combien se réconfortent dans les bras l'un de l'autre. De fait, des audiences longues et monotones sont propices aux "shag flashbacks". Les jurés m'ont impressionnée par leur sérieux: même pendant les moments les plus ennuyeux et rébarbatifs, ils prenaient des notes avec assiduité tandis que dans la salle où nous étions assis, des petits mots blagueurs sur la nullité d'un procureur ou l'inertie de Jackson changaient de main, comme à l'école. "Qu'est-ce que j'aimerais couvrir l'affaire du doigt dans le bol de Chili Con Carne à Wendy's!" confiait une journaliste.
C'est toujours instructif d'observer et d'écouter ces brillants stakhanovistes des procès et de reconnaitre les figures médiatiques familières. Comme cette chroniqueuse du New York Post à la mine grincheuse, dont les catilinaires anti-Jackson m'ont toujours paru totalement hystériques. Ou cette diva de Vanity Fair qui a tendance à zapper les files d'attente. Aux toilettes, alors qu'elle passait devant tout le monde avec un naturel confondant, la célèbre avocate Gloria Allred est intervenue avec habileté pour rétablir la justice. Il faut dire que ca se bouscule: les journalistes, les quelques fans et les curieux de la région (qui obtiennent leur place grâce à la lotterie quotidienne matinale, à 6h30) n'ont pas accès aux "restrooms" du haut, réservées à Jackson - qui en profite généralement pour se repoudrer le... nez.
Dans le centre commercial voisin du tribunal, un marchand de jouets essaye vainement d'écouler un stock de peluches "Les animaux de Michael Jackson" avec un stand "Neverland" (ci-contre) J'ai rarement vu un vendeur aussi bougon, attaquer les rares chalands. Il se plaignait du conservatisme des habitants de Santa Maria et des parents qui, à la vue des peluches Jackson entrainent leurs enfants au loin!