
Bonne glissade dans la nouvelle année ("Guten Rutsch ins neue Jahr"): c'est ce que les Allemands se souhaitent entre eux, selon une collègue journaliste à Berlin, et c'est pas mal, donc bonne glissade et meilleurs voeux de Lyon enneigée. L'expression évoque une transition sans miracles, mais en douceur, à moins qu'il soit question d'un déclin mou dans la gadoue.
Choississons la première interprétation, avec peps et zeste pour démarrer l'année, de préférence aussi aux voeux de ce ce petit Darth Vader sinistre, vu dans la vitrine d'une boutique de vêtements pour enfants à Lyon. Les ballons roses ci-dessus sont plus festifs: il s'agit d'une installation artistique à la Biennale de Lyon, intitulée Half the Air in a Given Space, de Martin Creed et déjà remarquée à New York.) L'artiste a rempli une salle de ballons quasiment jusqu'au plafond, et les visiteurs devaient se frayer un chemin dans cet enfer de plastique rose jusqu'à la porte de sortie. Un peu comme 2006: angoissant, mais nous allons triompher!
De retour à Lyon après quelques jours à Prague, j'ai été appelée mercredi par l'émission de Jean-Marc Morandini sur Europe 1 pour parler de l'article "Les suicidés de la télé-réalité" dans le nouveau numéro de Max. En 2005, au moins quatre suicides ont été liés à des émissions américaines de télé-réalité, à commencer par celui de "Nitro", le candidat malheureux du show de boxe de Sylvester Stallone, The Contender, sur NBC. Trop honteux de rentrer en loser dans son quartier de Philadelphie, il s'est tué devant son centre d'entrainement de boxe, à quelques semaines de la diffusion de l'émission.
Pour ce garçon de 23 ans, visiblement, l'enjeu était énorme: il avait raté la chance de sa vie pour accéder au mythique quart d'heure de célébrité et à la fortune - un million de Dollars des mains de Rocky. "Nitro" est le seul, à ce que je sache, à s'être suicidé directement suite à un échec sur une émission, depuis le premier cas enregistré en Suède, en 1997 (un perdant de l'Ile de Robinson s'était jeté sous un train.) Je regarde rarement ce genre d'émission, mais il y a quelques jours, nous avons suivi chez les "drunken sistas" à Prague la "super finale" du Big Brother tchèque, avec Matt, Hana, Zuzka et Zena (photo).
Le gagnant, une armoire à glace surnommée "Shrek," a passé toute la finale les larmes aux yeux, les lèvres tremblantes, comme si sa vie en dépendait. Je ne pouvais pas m'empêcher de penser: "Bon sang, ce type a grandi sous une dictature communiste et il nous fait un ulcère en direct pour un reality-show!" Mais il faut se rendre à l'évidence: c'était il y a 15 ans. Depuis, Prague s'est métamorphosée en mecque du shopping de luxe, grouillante de touristes, et le prix de 10 millions de Couronnes est énorme par rapport au salaire d'ouvrier de "Shrek."
Le niveau de l'émission est effarant, mais les critiques de télé et autres journalistes sont sans doute trop privilégiés pour bien saisir l'enthousiasme et le besoin de reconnaissance des candidats. Pour commencer, malgré la galère inhérente au métier et des revenus relativement modestes, les journalistes gagnent en moyenne nettement plus que leurs concitoyens (2591 € brut mensuel en France.) Ensuite, beaucoup se frottent à la célébrité à longueur d'année.
Or, voir de près les "riches et célèbres" vous fait prendre pas mal de recul. Croisé en janvier dernier, Sylvester Stallone m'est apparu tout moche et tout lifté (mais avec plus d'humour que ce à quoi je m'attendais.) Certes, pendant une interview avec une actrice multimillionnaire sublime, aux ongles impeccables, il m'arrive de penser: "La vache, c'était quand la dernière fois qu'elle a épluché les patates? Fait la queue elle-même à la poste? A été prise d'une crise d'angoisse en dépliant des factures?" Mais les bouffées d'envie ne durent pas. Plus je rencontre ces vedettes, plus je chéris ma liberté. Il faut rappeler aussi que je vis à Los Angeles, sans doute la seule ville au monde où les gens laissent les stars faire leurs shopping tranquillement et les plaignent de subir autant de pressions.
A Prague, je souhaite bonne chance à cette boule de nerfs de Shrek pour gérer sa nouvelle célébrité. Au Portugal, le gagnant du premier Big Brother national il y a 5 ans a mal vécu sa retombée dans l'oubli et a menacé de se jeter du fameux pont suspendu de Lisbonne pour attirer de nouveau l'attention des médias. Encore un que je n'envie pas! (Sur la photo: l'ami tchèque Vladan.)

Dans un vol Easyjet au-dessus de Hemel Hampstead, près de Londres: les incendies après la gigantesque explosion d'un dépôt de carburant au nord de la capitale britannique où nous avons passé la nuit entre deux avions. Le premier bang vers 6 heures du matin a été entendu parait-il jusqu'en Belgique mais n'a pas suffit à réveiller l'amie tchèque Hana à Londres. Au loin, une immense étendue était recouverte de fumée noire.
Direction Paris - Prague - Lyon - Budapest avec photos sur la gallerie ci-contre à gauche ou ici.
Now off to Paris - Prague - Lyon - Budapest with pics to be published in the gallery to your left or here.

Wow, merci à ceux qui ont écrit au Weblog Awards 2005 pour obtenir la nomination de ce site, car j'imagine qu'il a fallu quelques e-mails à l'organisateur Kevin Aylward pour me faire figurer parmi les finalistes dans la catégorie des Blogs Européens (ce qui est un peu tiré par les cheveux!) Pendant ce temps là, et c'est d'un autre niveau, mon frère Olivier (à droite de Matt, sur la photo) a soutenu avec brio sa thèse d'histoire médiévale allemande: "Mémoires bourgeoises, mémoires civiques. Memoria et identité urbaine à Ratisbonne à la fin du Moyen- Âge." Félicitations, Dr. Richard. Dire qu'à une époque, j'étais la plus sage et la plus grande, capable de lui botter le cul!
En ce moment, je serais plutôt en lice pour le Prix Stress 2005 à quelques jours du retour en Europe pour Noël. La réorganisation de emmanuellerichard.com est encore en chantier, avec Sheila de Tart Graphics aux manettes et une illustration du génial Terry Colon de feu Suck.com. Pendant cinq ans, j'ai fait code HTML moi-même, d'où certaines moutures du blog assez cubistes. Place aux pros.
Pour voter aux Blog Awards, c'est ici: en fait, ces prix fantaisie sont surtout très utiles pour (re)découvrir de nouveaux sites. On notera dans la catégorie Blogs Européens A Fistful of Euros qui organise les Pyjamas de Satin, La Petite Anglaise et Pesticide, l'excellent blog de Budapest: il est question avec Mr. Pesticide d'une rencontre aux bains turcs et d'une boum (buli en hongrois) à Budapest le week-end du 6 janvier, lors de notre petite visite dans ma ville préférée, "perle du Danube" et capitale mondiale du fromage pané.
PS: vote for Hit & Run, the Reason group blog, and demand your Free Minds, Free Pizza.
En marge de l'article publié lundi dans Libé sur le sort du condamné à mort Stanley "Tookie" Williams entre les mains d'Arnold Schwarzenegger, le Globe and Mail canadien décrit un gouverneur californien très partagé... à cause de ses deux cerveaux:
Mr. Schwarzenegger admits to being torn over Tookie's fate. In an interview this year, he recalled his origins in Austria, where the death penalty is banned. “Very few people have that chance to live in a body with kind of two brains, kind of like the Austrian brain and the American brain. . . . They're fighting with each other all the time, you know, where I argue with myself about these things.”
Je vois très bien ce qu'il veut dire, en espérant qu'au final, sa conscience triomphe. Le Los Angeles Times a un cahier très fourni sur le débat "Tookie", à lire ici (pour s'inscrire sur le site du L.A. Times sans se prendre la tête, passez par Bugmenot.)
...aujourd'hui lundi, retour imminent avec beaucoup de bleu.