
Qui, en visitant une webcam dans une contrée exotique, n'a jamais rêvé de traverser l'écran? Le copain de Marseille et photographe Eric Franceschi l'a fait. Il raconte aujourd'hui dans le Los Angeles Times sa fascination pendant trois ans durant pour une webcam dirigée sur une rue de Rovaniemi, une petite ville de Finlande, sur le cercle polaire (où habite le Père Noël, dit-on.) En Mai, il a décidé de se rendre à l'intérieur de l'image (c'est lui au centre, encerclé) et de photographier la rue de la perspective d'un piéton (vignettes autour.) Extrait:
"A Rovaniemi, j'ai eu l'impression d'arriver dans un endroit familier, comme si j'étais passé à travers l'écran sans passer par Roissy et Helsinki. Comme si j'avais voyagé dans le temps, pour me retrouver sur une scène de théâtre, personnage au rôle unique parmi les acteurs de ces scènes urbaines dont je connais le décor presque par cœur."
"Rovaniemi was immediately familiar. Though it took two connecting flights to get there, I felt like I had walked directly through the computer screen without a layover. I was a time traveler, a character or extra on a theater stage with scenery I know by heart."
Le LAT a toute l'histoire en anglais mais seulement un extrait du montage photo d'Eric. La photo détaillée est ici.
PS: another "merci" for Tony, immortalized here below with his sweet afro by Barney in Joncy, France, 1997.
PPS: since the comments have been screwed up for he past 2 months (I know...), Steve Smith e-mails the old-fashioned way: "Who's the guy trying to headbutt you?"
Selon le Daily Mail, qui a embauché un expert multilingue de la lecture sur les lèvres (et aussi selon l'experte du Times de Londres: la même?), l'insulte qui a fait sortir Zidane de ses gonds était: "Fils de pute terroriste." Si l'épisode est avéré, cette insulte raciale aurait-elle été préméditée, à cause de cet incident entre Zizou et un joueur saoudien en 1998?
...but already gone to San Francisco, for a story. More later!

Matt at Close Encounter, the space age cocktail bar at Los Angeles International Airport. Plane was delayed and if I remember well, Matt was on the phone with Tim Cavanaugh speaking about Opus Dei.
Une bête noire des Américains à Paris et de ma copine francophile Amy Alkon à L.A. s'appelle Susan Spano, la journaliste du Los Angeles Times spécialisée dans les voyages. Elle tient un blog intitulé "Postcards from Paris", et une récente photo de tentes sur les bords de la Seine a déclenché quasiment un appel à la guillotine L.A. Observed raconte la dispute transatlantique. Certes, Spano est assez souvent à côté de ses pompes dans ses commentaires sur la vie en France, mais l'attaquer pour sa naïveté est devenu un sport à part entière. La journaliste est une personne que l'on adore détester, une "pet hate", comme dirait peut-être l'auteur du blog charmant "A French Word A Day," Kristin Espinasse, qui sort d'ailleurs un "blouquin", un bouquin basé sur son blog à l'attention des francophiles/francophones: Words in a French Life.
Antoine, petit-fils anglais de l'écrivain français Charles Exbrayat et sa fiancée Jackie bloguent ce week-end en direct de Saint-Etienne qui célèbre le centenaire de sa naissance (seulement en anglais, hélas). Sur le Exabrayat Blog (photos et podcasts à venir), j'ai appris que ce pionnier des romans de détectives humoristiques décrivait sa ville natale comme l'une des plus laides du monde. J'ai vécu 2 ans à Saint-E avec beaucoup de plaisir. L'hiver, le tramway dans la grande rue enneigée le long du centre commercial en béton très années 70 si moche qu'il en était superbe (Centre Deux?) me rappelait l'Europe de l'Est: pas beau au sens classique du terme, mais plein de caractère. Et à Saint-E, pour reprendre l'expression du Prisonnier, "tout le monde est très sympathique."
Une amie me dit qu'une présentatrice de CNN (US, pas International) commentait les images des manifestants refoulés par les CRS avec des lances à eau et du gaz lacrimo et a affirmé tout haut que cela lui "rappelait un peu Tiananmen." Cette histoire est confirmée. Fox News met le paquet à son tour avec une sélection d'images choc. Pendant les émeutes dans les banlieues françaises à l'automne dernier, à regarder les flammes à la télévision américaine, on se croyait en Irak. En même temps, ce jeune blogger relaye une rumeur selon laquelle "la télévision française censure les images des émeutes les plus dérangeantes..."
PS: Libé sur l'affaire et ses conséquences.
C'était le titre d'un éditorial du Los Angeles Times il y a deux jours, avant même les premiers incendies de voitures, et il ne pourrait pas mieux décrire l'incompréhension ici aux Etats-Unis. Le CPE était mal ficelé, mal présenté et discriminatoire envers les jeunes (cf. explications sur la radio américaine NPR), mais on reproche beaucoup aux étudiants de ne pas comprendre des principes économiques de base. Leur réponse? Des manifs exprimant une résistance viscérale à une flexibilité de l'emploi en général. Les jeunes Français paraissent complètement coupés de la réalité, presque capricieux même pour exiger la même sécurité de l'emploi que la génération de leurs parents, au lieu de se battre pour... une société créatrice d'emplois tout court, pour changer.
N'ayant jamais eu de "sécurité de l'emploi", à laquelle je ne goûterais probablement jamais, je peine à comprendre cette obsession française du CDI ou du fonctionnarat à vie. Changer de boulot est moins casse-tête dans un pays comme la France où l'assurance santé ne dépend pas de son emploi, comme ici aux USA: en se faisant virer du jour au lendemain (l'un des risques permanent, décrit par le Piou ici), on perd souvent en même temps la couverture santé de toute la famille et ca peut être la cata. Trop de stabilité de l'emploi entraine immobilisme (d'où l'expresison américaine, "le cercueil de velours") et exclusion, à mon sens.
Pendant qu'en France, des manifestants remplaçaient le drapeau tricolore de la mairie de Marseille par une banderolle "Non au capitalisme", on apprenait ici que le marché de l'emploi pour les jeunes diplômés américains est le plus radieux depuis 2001, selon une étude citée par Reuters. "Nous nous rapprochons du plein-emploi et certains employeurs songent déjà aux avantages à offrir pour attirer les meilleurs," explique le patron de l'institut auteur de l'étude. Quel contraste avec le taux de chômage des récents jeunes diplomés en France, estimé à 23%.
Toutefois, quand des Américains s'exclament avec horreur: "Encore des manifs en France!" je souligne (et c'est typique des expats sur la défensive quand on critique la patrie) que, au moins, les Français n'avalent pas tout ce que leur propose leur gouvernement sans broncher. OK, ils n'avalent aucune réforme même et c'est c'est sans doute au coeur de la crise actuelle, mais les Etats-Unis souffrent d'un excès contraire. Selon plusieurs sondages, 68% des Américains sont mécontents de la gestion de la guerre en Irak, et 68% sont mécontents du système de santé U.S. Deux tiers de mécontents sur ces questions essentielles, et quelle passivité! Le week-end dernier, pour le troisième anniversaire du conflit Irakien, ils n'étaient que "quelques milliers" à Los Angeles, 200 devant le Pentagone près de Washington!
PS. and a question: where is Sabine Herold these days?
Photo: Reuters

En PS à l'article précédant sur Denzel Washington et l'art et la mannière d'interpréter des flics new-yorkais, différents des flics de Los Angeles, l'ami photographe Eric Franceschi de Marseille envoit "un cop marseillais": entre L.A. (on ne quitte pas la voiture) et New York pour la tchache surement... J'adore le petit manteau patriotique du chien. Eric, you're the best! (j'ai poussé un peu trop sur le floutage du visage, et le policier est tristement transformé en alien rose...)
C'est le titre d'un nouveau blog de groupe anglophone sur Paris et la vie en France, très pimpant comme son éditrice, Laurie Pike, rencontrée à cette soirée. La rousse francophone est rédac chef du blog de Los Angeles La.comfidential mais elle aime passer du temps chaque année à Paris. Au programme: une vidéo dérangeante de Cloclo et... Jodie Foster chantant en playback "Comic Strip" de Gainsbourg, le fiasco des noms de boutiques parisiennes faussement américains et une tragédie parisienne.
C'est toujours réjouissant et stimulant d'être en Europe, pour l'esprit et les papilles, avec ses côtés préocupants (pour des raisons déjà débattues cet été ici, avec de nouveaux commentaires): trop de proches et d'amis de mon âge qui galèrent à trente ans passés. A côté de Paris, Budapest est un modèle de dynamisme. Les copains de Hongrie fourmillent de projets, l'enthousiame à peine entâmé par la mélancolie contemplative de cette ville magnifique, toujours aussi captivante: voyez sur la photo (ci-dessus et là) ce comptoir de crèmes glacées, à consommer derrière la vitrine pour contribuer au spectacle de la rue.
Notre blogueur budapestois préféré, Mr. Pestiside et Janet ont généreusement organisé des libations dans leur fabuleux appartement et nous ont emmenés dans les bains turcs Rudàs, le long du Danube, ouverts désormais aux hommes et aux femmes en nocture les samedi soirs.
Quand l'Euro-sinistrose guette en début d'année, j'avoue (assez honteusement) avoir besoin d'une bonne dose d'optimisme américain bien bête, le poing en l'air ("yes!") et il n'y a rien de tel que le site du gourou de l'automotivation, Jeffrey Gitomer.
Ce self-made man au sourire américain tient une chronique de conseils pour les VRP et autres "agents de force de ventes", publiée dans les journaux d'affaires ("Business Journals".) Pour les free-lance comme moi, des mini-entreprises à eux tous seuls ayant besoin de "savoir se vendre" comme on dit, ses articles pleins de bon sens font l'effet d'une bonne tape sur l'épaule, légèrement écoeurante: parfait!
Admettons en coeur avec Jeffrey Gitomer que les résolutions de janvier ne servent à rien: il faut les remplacer par des "buts" avec des dates butoir. Le gourou recommande d'élaborer "un plan d'action pour l'année":
"Projetez vous dans le futur.
J'ai une question pour vous: qui essayez-vous de devenir?
Une autre question: que tentez-vous de réussir?
Ce sont des questions sur le but (de la vie) et le contentement.
Et à travers les ans j'ai découvert que si vous vous concentrez sur le but, les détails se résolvent d'eux-mêmes."
"Project into the future.Here's the question: Who are you trying to become?
Here's another question: What are you trying to achieve?
These are questions about purpose and fulfillment. And through the years I've found that if you concentrate on purpose, the details tend to handle themselves."
Pas vraiment trempée dans la philosophie "winner of life", je vais tenter l'expérience Gitomer en élaborant un plan d'action pour l'année. Mmm... c'est ça. Autre recommandation de bons sens de notre gourou enjoué: "Mettez du temps de côté chaque jour pour réfléchir et lire davantage". Lire plus de livres offline (et pas seulement coincée en avion ou en train, où j'ai dévoré ces deux ouvrages formidables récemment: Les Pays Immobiles de Bayon et The Fugitive Game, online with Kevin Mitnick de Jonathan Littman.)
Gitomer écrit encore: "Les tâches que l'on reporte indéfiniment par manque de temps sont justement celles qui vont vous faire gagner du temps." Ainsi, l'autre jour, coincée dans le train de Genève (la locomotive avait pris feu, puis la neige a ralenti la circulation pendant plusieurs heures) j'ai mis à jour une Foire Aux Questions à destination des jeunes journalistes qui sont nombreux à écrire pour demander des conseils, notamment à l'expatriation. Ce devrait être prêt sous peu, tout comme mon site, encore en chantier.
C'est toujours réjouissant et stimulant d'être en Europe, pour l'esprit et les papilles, avec ses côtés préocupants (pour des raisons déjà débattues cet été ici, avec de nouveaux commentaires): trop de proches et d'amis de mon âge qui galèrent à trente ans passés. A côté de Paris, Budapest est un modèle de dynamisme. Les copains de Hongrie fourmillent de projets, l'enthousiame à peine entâmé par la mélancolie contemplative de cette ville magnifique, toujours aussi captivante: voyez sur la photo (ci-dessus et là) ce comptoir de crèmes glacées, à consommer derrière la vitrine pour contribuer au spectacle de la rue.
Notre blogueur budapestois préféré, Mr. Pestiside et Janet ont généreusement organisé des libations dans leur fabuleux appartement et nous ont emmenés dans les bains turcs Rudàs, le long du Danube, ouverts désormais aux hommes et aux femmes en nocture les samedi soirs.
Quand l'Euro-sinistrose guette en début d'année, j'avoue (assez honteusement) avoir besoin d'une bonne dose d'optimisme américain bien bête, le poing en l'air ("yes!") et il n'y a rien de tel que le site du gourou de l'automotivation, Jeffrey Gitomer.
Ce self-made man au sourire américain tient une chronique de conseils pour les VRP et autres "agents de force de ventes", publiée dans les journaux d'affaires ("Business Journals".) Pour les free-lance comme moi, des mini-entreprises à eux tous seuls ayant besoin de "savoir se vendre" comme on dit, ses articles pleins de bon sens font l'effet d'une bonne tape sur l'épaule, légèrement écoeurante: parfait!
Admettons en coeur avec Jeffrey Gitomer que les résolutions de janvier ne servent à rien: il faut les remplacer par des "buts" avec des dates butoir. Le gourou recommande d'élaborer "un plan d'action pour l'année":
"Projetez vous dans le futur.
J'ai une question pour vous: qui essayez-vous de devenir?
Une autre question: que tentez-vous de réussir?
Ce sont des questions sur le but (de la vie) et le contentement.
Et à travers les ans j'ai découvert que si vous vous concentrez sur le but, les détails se résolvent d'eux-mêmes."
"Project into the future.Here's the question: Who are you trying to become?
Here's another question: What are you trying to achieve?
These are questions about purpose and fulfillment. And through the years I've found that if you concentrate on purpose, the details tend to handle themselves."
Pas vraiment trempée dans la philosophie "winner of life", je vais tenter l'expérience Gitomer en élaborant un plan d'action pour l'année. Mmm... c'est ça. Autre recommandation de bons sens de notre gourou enjoué: "Mettez du temps de côté chaque jour pour réfléchir et lire davantage". Lire plus de livres offline (et pas seulement coincée en avion ou en train, où j'ai dévoré ces deux ouvrages formidables récemment: Les Pays Immobiles de Bayon et The Fugitive Game, online with Kevin Mitnick de Jonathan Littman.)
Gitomer écrit encore: "Les tâches que l'on reporte indéfiniment par manque de temps sont justement celles qui vont vous faire gagner du temps." Ainsi, l'autre jour, coincée dans le train de Genève (la locomotive avait pris feu, puis la neige a ralenti la circulation pendant plusieurs heures) j'ai mis à jour une Foire Aux Questions à destination des jeunes journalistes qui sont nombreux à écrire pour demander des conseils, notamment à l'expatriation. Ce devrait être prêt sous peu, tout comme mon site, encore en chantier.
Bonne glissade dans la nouvelle année ("Guten Rutsch ins neue Jahr"): c'est ce que les Allemands se souhaitent entre eux, selon une collègue journaliste à Berlin, et c'est pas mal, donc bonne glissade et meilleurs voeux de Lyon enneigée. L'expression évoque une transition sans miracles, mais en douceur, à moins qu'il soit question d'un déclin mou dans la gadoue.
Choississons la première interprétation, avec peps et zeste pour démarrer l'année, de préférence aussi aux voeux de ce ce petit Darth Vader sinistre, vu dans la vitrine d'une boutique de vêtements pour enfants à Lyon. Les ballons roses ci-dessus sont plus festifs: il s'agit d'une installation artistique à la Biennale de Lyon, intitulée Half the Air in a Given Space, de Martin Creed et déjà remarquée à New York.) L'artiste a rempli une salle de ballons quasiment jusqu'au plafond, et les visiteurs devaient se frayer un chemin dans cet enfer de plastique rose jusqu'à la porte de sortie. Un peu comme 2006: angoissant, mais nous allons triompher!
De retour à Lyon après quelques jours à Prague, j'ai été appelée mercredi par l'émission de Jean-Marc Morandini sur Europe 1 pour parler de l'article "Les suicidés de la télé-réalité" dans le nouveau numéro de Max. En 2005, au moins quatre suicides ont été liés à des émissions américaines de télé-réalité, à commencer par celui de "Nitro", le candidat malheureux du show de boxe de Sylvester Stallone, The Contender, sur NBC. Trop honteux de rentrer en loser dans son quartier de Philadelphie, il s'est tué devant son centre d'entrainement de boxe, à quelques semaines de la diffusion de l'émission.
Pour ce garçon de 23 ans, visiblement, l'enjeu était énorme: il avait raté la chance de sa vie pour accéder au mythique quart d'heure de célébrité et à la fortune - un million de Dollars des mains de Rocky. "Nitro" est le seul, à ce que je sache, à s'être suicidé directement suite à un échec sur une émission, depuis le premier cas enregistré en Suède, en 1997 (un perdant de l'Ile de Robinson s'était jeté sous un train.) Je regarde rarement ce genre d'émission, mais il y a quelques jours, nous avons suivi chez les "drunken sistas" à Prague la "super finale" du Big Brother tchèque, avec Matt, Hana, Zuzka et Zena (photo).
Le gagnant, une armoire à glace surnommée "Shrek," a passé toute la finale les larmes aux yeux, les lèvres tremblantes, comme si sa vie en dépendait. Je ne pouvais pas m'empêcher de penser: "Bon sang, ce type a grandi sous une dictature communiste et il nous fait un ulcère en direct pour un reality-show!" Mais il faut se rendre à l'évidence: c'était il y a 15 ans. Depuis, Prague s'est métamorphosée en mecque du shopping de luxe, grouillante de touristes, et le prix de 10 millions de Couronnes est énorme par rapport au salaire d'ouvrier de "Shrek."
Le niveau de l'émission est effarant, mais les critiques de télé et autres journalistes sont sans doute trop privilégiés pour bien saisir l'enthousiasme et le besoin de reconnaissance des candidats. Pour commencer, malgré la galère inhérente au métier et des revenus relativement modestes, les journalistes gagnent en moyenne nettement plus que leurs concitoyens (2591 € brut mensuel en France.) Ensuite, beaucoup se frottent à la célébrité à longueur d'année.
Or, voir de près les "riches et célèbres" vous fait prendre pas mal de recul. Croisé en janvier dernier, Sylvester Stallone m'est apparu tout moche et tout lifté (mais avec plus d'humour que ce à quoi je m'attendais.) Certes, pendant une interview avec une actrice multimillionnaire sublime, aux ongles impeccables, il m'arrive de penser: "La vache, c'était quand la dernière fois qu'elle a épluché les patates? Fait la queue elle-même à la poste? A été prise d'une crise d'angoisse en dépliant des factures?" Mais les bouffées d'envie ne durent pas. Plus je rencontre ces vedettes, plus je chéris ma liberté. Il faut rappeler aussi que je vis à Los Angeles, sans doute la seule ville au monde où les gens laissent les stars faire leurs shopping tranquillement et les plaignent de subir autant de pressions.
A Prague, je souhaite bonne chance à cette boule de nerfs de Shrek pour gérer sa nouvelle célébrité. Au Portugal, le gagnant du premier Big Brother national il y a 5 ans a mal vécu sa retombée dans l'oubli et a menacé de se jeter du fameux pont suspendu de Lisbonne pour attirer de nouveau l'attention des médias. Encore un que je n'envie pas! (Sur la photo: l'ami tchèque Vladan.)

Dans un vol Easyjet au-dessus de Hemel Hampstead, près de Londres: les incendies après la gigantesque explosion d'un dépôt de carburant au nord de la capitale britannique où nous avons passé la nuit entre deux avions. Le premier bang vers 6 heures du matin a été entendu parait-il jusqu'en Belgique mais n'a pas suffit à réveiller l'amie tchèque Hana à Londres. Au loin, une immense étendue était recouverte de fumée noire.
Direction Paris - Prague - Lyon - Budapest avec photos sur la gallerie ci-contre à gauche ou ici.
Now off to Paris - Prague - Lyon - Budapest with pics to be published in the gallery to your left or here.
Tim Cavanaugh publie un article intéressant sur le site de Reason sur l'argot des émeutiers en France. Ce mélange de verlan, de mots arabes et de français écrit phonétiquement sur les blogs et les forums lui rappelle le "nadsat" des bandes de jeunes dans Orange Mécanique: un mélange d'anglais, de russe et de mots inventés. Dans le roman d'Anthony Burgess, écrit Tim:
le narrateur, Alex, "ne se fait aucune illusion sur le monde dans lequel il vit: un Etat-providence débordé, politiquement calcifié, où les adolescents descendent dans les rues de façon menaçante quand ils ne sont pas bringuebalés entre écoles publiques et centres de détention pour jeunes."
The narrator, Alex, "harbors no illusions about the world he lives in—an overwhelmed, politically calcified welfare state where teenagers menace the streets when they're not being shuffled between public schools and juvenile detention centers".
Dans le livre et le film, la société est encore plus cruelle que ses jeunes voyous, et je vois mal la comparaison avec la France que je connais (et ses très bonnes écoles publiques.) Mais une jeune travailleuse sociale de Créteil, interviewée par Libération en septembre après Katrina dénonçait, elle, une certaine inhumanité dans la France de son point de vue:
"Ils ne nous aiment pas, on n'est pas bien admis. Pourtant, on fait tout pour rester dans le droit chemin. Il faut quelque chose de plus ? Que j'aille décolorer ma couleur ? Comme Michael Jackson? Ce n'est pas possible. Moi je ne suis pas de la génération à qui on a dit : "Allez, on vous a foutu dans un coin, restez entre vous." Moi, je vais aller là même si tu ne m'aimes pas. C'est sûr que si demain il y a une catastrophe ici, on ne va pas nous privilégier. On va privilégier ceux qui sont plus friqués, ceux qui ont une couleur plus propre. Nous, on passera après, en dernier, comme en Amérique."
"They don't like us, we're not very well accepted. Even though we do our best to stay on the right track. What do they want more? They want me to remove my color like Michael Jackson? It's not possible. I don't belong to the generation that was told: 'We've piled you up on top of each other, stay among yourselves.' Me, I go where [I want] even if you don't like me. For sure, if tomorrow a catastrophe happens here, they won't favor us. They'll favor people with more money and a cleaner color. We'll come last, after everybody else, like in America."
Libération a publié un autre article, "les rappeurs l'avaient bien dit", citant des chansons de rap français des dernières années annoncant des émeutes imminentes.
A Los Angeles, les Français expatriés parlent beaucoup des émeutes entre eux. Le sujet a été abordé hier lors d'une rencontre de journalistes français avec l'actrice Elodie Bouchez qui joue cette saison dans la série TV Alias (sur la photo, dans le décor futuriste de la série aux studios Disney.) Elle a grandi en banlieue mais la jeune femme charmante et réservée, qui s'était engagée dans un mouvement de défense des femmes musulmanes dans les banlieues, s'est prudemment gardée de tout commentaire (comme la plupart des célébrités françaises, à en lire cet article. Il déplorait le silence des stars du foot black/blanc/beur.)
SYLVIE DE CLICHY
Jeudi, lors d'une rencontre avec Sylvie Vartan à ce sujet, je lui ai signalé qu'un visiteur de ce blog, Roland, l'avait citée en tant qu'exemple d'intégration. Elle a trouvé ca sympathique. Car avant de devenir icône yé-yé, Sylvie Vartan a immigré, enfant, de Bulgarie et a grandi à Clichy-Sous-Bois, là où ont démarrées les émeutes.
Bien sur, c'était pendant les Trente Glorieuses quand l'économie était en plein boom et la cité était toute neuve. Elle disait que le fait de venir d'une dictature stalinienne et de ne pas prendre sa liberté pour acquise ont nourri son ambition et sa volonté de réussir (voici son commentaire à écouter en téléchargeant le fichier MP3 d'1mn 11'')
Of course, this was during the "Glorious Thirties," when the economy was roaring and the buildings brand new. But she said that coming from a Stalinist dictatorship and not taking freedom for granted had probably helped her to be ambitious and driven to success (you can listen to her in French
by downloading the MP3 file. It's 1 mn 11 sec.)
Anthony Burgess a écrit Orange Mécanique à peu près à la même époque, en 1961: "J'ai voulu montrer un personnage, Alex, totalement libre et que sa liberté poussait vers le mal, dont les actes de violence ne constituent qu'une expression" disait-il au Magazine Littéraire en 1974. Son bouquin servait déjà de référence à chaque montée de violence urbaine: "Je désire montrer que la violence, cette explosion d'énergie qui ne trouve pas d'issue positive et se consume en brutalité gratuite n'est qu'une phase du développement de l'individu."
A la conférence du magazine libertarien Reason ce week-end à Las Vegas, à l'ombre de la réplique de la Tour Eiffel et du Paris propret de parc d'attraction (ci-desssus) plusieurs participants m'ont communiqué leur inquiétude face aux émeutes urbaines. L'avenir de la France était décrit souvent en termes apocalyptiques. A en lire des médias américains, la France est en train d'imploser (lire ce post de Hit & Run sur les problèmes de traduction dans les reportages) Des conservateurs évoquent une guerre civile eurabienne. Et s'insurgent: mais que fait la garde nationale française? La France n'a pas de garde nationale.
Difficile de se faire une idée d'ici: l'hexagone semble loin d'être paralysé comme en mai 68. L'élément religieux ou racial que les Anglo-saxons tiennent absolument à distinguer ne me parait pas jouer un rôle prédominant. La moitié des émeutiers ont en commun d'être très jeunes, certains âgés de 11 ans seulement. Quand je les ai parcourus dimanche matin, les fameux blogs fermés par les autorités françaises ce week-end pour incitation au désordre civique ne comportaient pas de propos islamistes -- certes, sont-ils représentatifs? Pointblog héberge une discussion intéressante à ce sujet.
Loin de vouloir minimiser l'importance des événements, révoltants, désolants... et peu surprenants, cf les "feux d'artifice" des banlieues de Strasbourg chaque nouvel an. Les Américains hallucinent face aux images de voitures en flammes -- elles leur rappellent les émeutes de Los Angeles en 1992, qui avaient entrainé la mort de 55 personnes, 2300 blessés et la destruction de 1100 bâtiments. Bien pire qu'en France. A la différence qu'en trois jours, c'était fini: les Américains répondent à la manière (très) forte.
La conversation parmi les libertariens de Reason retombait toujours sur ce qui est au coeur du problème: le chômage élevé et persistant en France, le manque d'opportunité d'ascension sociale. Les libertariens déplorent la résistence des Français à adopter le modèle d'emploi anglo-saxon. Ceux qui croient dans ce modèle (et ont ce qu'il faut pour y croire: jeunesse, bonne santé, confiance en soi, sens de la débrouille...) ont tendance à quitter la France, comme Rachid, rencontré par l'amie Annette Lévy-Willard dans ses Chroniques de Los Angeles.
Elevé dans la Cité des Bleuets à Nanterre, il est parti à L.A. laver des voitures sur Sunset boulevard. Au noir. De là, il est devenu manager (salaire:5000 Dollars par mois), puis a fondé sa boite de location de voitures pour les tournages de films. A 23 ans, il disait à Annette:"Je suis né à Paris mais on me voit toujours comme un Marocain. En France, si tu envoies ton CV avec un nom arabe, tu n'as aucune chance. Ici, ils s'en foutent. Ce n'est pas le CV qui compte." Pendant ce temps là, les copains restés derrière à Nanterre "dépriment."
Un jeune interviewé dans le numéro de Max de Novembre (quel flair: le mag contient tout un dossier sur les 'bandes à capuches' des banlieues françaises) déclare: l'oisiveté, c'est le pire des vices. Elle te pousse à faire des conneries." L'article conclut avec cette phrase: "Le chômage et l'ennui produisent plus d'exclus que de gangsters. On est encore loin des gangs à l'américaine." Vraiment?
En lisant le dossier de Libération de jeudi sur les jeunes Français qui décident de quitter la France "pour mieux respirer" j'ai été envahie d'une grande tristesse. "Tu as lu? C'est tout à fait ça!" m'a dit, navrée, une copine diplomate à Los Angeles. Culture de l'immobilisme, économie sclérosée, agressivité des rapports sociaux: tous les aspects les plus déprimants y sont. Exemple frappant: un jeune bijoutier qui envoit 5 CV à Vancouver, et reçoit 5 propositions d'emploi. En France, sur 22 demandes déposées, il n'avait obtenu qu'une seule réponse positive.
On me demande souvent pourquoi je suis partie fin 1994. Déjà, j'avais toujours eu envie de vivre à Budapest. Ensuite, après la fac (l'école de journalisme de Marseille), j'ai enchainé les stages sans perspectives. Passer sa jeunesse à mendier du boulot au lieu de travailler et d'apprendre me paraissait indigne et absurde. J'ai préféré créer mon propre emploi dans une société plus accueillante. Dix ans après, tout va plutôt bien, et je ne compte pas rentrer en France de sitôt -- ailleurs en Europe, oui. Quelque part, je crois que j'en veux encore à la France de m'avoir poussée à partir. Ce pays formidable sur bien des points pourrait être exceptionnel sans un taux de chômage révoltant, consternant depuis pratiquement l'année de ma naissance.
Le plus remarquable avec la France, c'est que mis-à-part les départs pour le Québec à l'époque de Louis XIV, le pays n'a jamais connu d'hémorragies migratoires -- corrigez-moi si je me trompe. Pas de "potato people" comme ceux partis d'Irlande ou d'Italie, selon l'expression délicate que m'a apprise un jeune latino de Los Angeles. La France est, par excellence, le pays qu'on ne quitte pas: n'existe-t-il pas une expression allemande, "heureux comme Dieu en France?" Est-ce que tout cela est en train de changer? Ma copine Ali, ravie d'être partie vivre en France et Fabulous Amy qui adore Paris ont du mal à comprendre mon amertume.
Budapest et Prague au début/milieu des années 90 étaient remplies de jeunes expats américains, "en réalité, des réfugiés économiques" pour reprendre la tournure d'un chroniqueur du Budapest Week. Ces jeunes avaient voulu fuir la crise et célébrer la chute du rideau de fer, mais dix ans plus tard, presque tous sont rentrés. D'ailleurs, ils se retrouvent le 10 septembre à Brooklyn, et je serai de cette Prague Fest pour renforcer le camp magyar de la "Génératon Expat".
+ Technorati: les liens à l'article de Libé
(Sur la photo, un souvenir de Budapest: mon copain photographe brillantissime Eric était venu me rendre visite sur le boulevard Erzsébet. Affaisé après un reportage très exigent, il avait besoin d'une petite bouffée apaisante et avait tenté vainement de me convertir.)
Un lecteur m'envoit un lien à cet article du New York Daily News sur les coucheries présumées de l'ex-patron de Vivendi Universal Jean-Marie Messier et s'exclame: "Le New York Post prépare un article! (Comment se fait-il que) Personne ne parle de cette histoire en France!"
Réponse, à mon humble avis: parce qu'il n'y a rien d'intéressant! Les foucades d'un "milliardaire français mégalo déchu", selon la description du NYDN, ne concernent que lui, sa femme, sa maitresse, l'ex-copain jaloux, leur chihuaha etc. Le très bon livre "Sixty Million Frenchmen can't be wrong" explique cette attitude française envers les ragots de caleçon: "à partir du moment où aucun crime n'est commis, ce qui se passe dans la chambre-à-coucher est privé."
"Les français considèrent le sexe comme quelque chose de tout à fait privé. Ce que les hommes politiques font avec des cigares dans l'intimité de leur bureau ne concerne pas le public. Bien sur, les Français échangent des ragots sur la vie sexuelle des personnes connues lors de diners en ville. Mais contrairement aux Américains ou aux Anglais, ils n'éprouvent pas le besoin de se ruer pour livrer les détails en pâture au public."[...]
"Les Français attendent des personnes au pouvoir qu'elles dirigent le pays, pas qu'elles établissent un cadre moral. Conséquence: les journalistes français n'enquêtent pas sur les scandales sexuels et portent peu attention à ceux de l'étranger."
"The French truly consider sex as a private matter. They don't think what politicians do with cigars in the intimacy of their own offices is the public's business. The French gossip about the sex lives of public figures at dinner parties, of course. But they don't have the same urge as Americans or the British to instantly go public with the details."[...]
"The French expect people in power to run the country, not set moral standards. As a consequence: French journalists don't investigate sex scandals - or care that much about other countries'."
Malheureusement, la presse française est bien trop réservée vis-à-vis du pouvoir en général et pas assez agressive, mais c'est un autre sujet.
PS: Le bouquin précise que des questions américaines banales du genre "Comment vous appelez-vous?" ou "Qu'est ce que vous faites dans la vie?" d'entrée-de-jeu passent mal avec les Français. D'autant plus que les Américains ont tendance à vous bombarder d'informations très personnelles (photos du gamin tirées du porte-feuille au bout de 30 secondes de conversation, par ex.) Alors qu'entre Français, on peut discuter pendant une heure de n'importe quoi, y compris des frasques de J2M, sans penser à demander le nom de son interlocuteur.
De retour de Washington, une petite histoire en attendant le concert de Cure au Live 8, à Paris en webcast sur le site de AOL Music (sans doute entre 22 et 23h heure de Paris).
Ici sur la chaine Fox News, la présentatrice météo annonce le temps sur les villes qui abritent des concerts de Live 8: Londres, Moscou, Philadelphie... Quand vient le tour de Paris, son joli minois se tord en un affreux rictus: "Et à Paris (expression de dégoût), du soleil (mine navrée) sur le ... je vais vous le dire comme les Français (moqueuse, la bouche en cul de poule)... le 'pulay de Versay', ah ah ah" "Hin hin hin!" surrenchérit le présentateur de l'émission d'informations avec un sourire complice en direction des spectateurs.
Mais ne laissons pas ce genre de fines gaudrioles anti-françaises sur la chaine d'info la plus regardée des Etats-Unis entamer notre anticipation pré-Cure. Que je n'écoute plus du tout d'ailleurs: c'est fou ce que les goûts musicaux changent quand on n'a plus le loisir d'écouter des disques, allongés sur la moquette dans le noir pendant des heures comme quand on avait 13 ans. La musique est un bruit de fond en concurrence avec les chaines de télé toute-info ou un calmant en voiture pour adoucir la "road rage", quand vous vous retrouvez coincés dans les bouchons de Los Angeles. Ecoutez "Pornography" sur l'autoroute transformée en parking suce ce qu'il vous restait d'optimisme jusqu'à la dernière goutte. En revanche, emporter Cure lors d'un long voyage contemplatif dans le désert en direction de Reno ou de Las Vegas...
Je n'ai jamais raconté sur ce blog ma rencontre avec Robert Smith l'année dernière en Californie, par égard pour ma copine qui m'a permis de passer quelques heures avec lui, mais une chose m'avait frappée: il était d'une tristesse infinie. Ce soir là en tous les cas, il n'était pas d'humeur à bavarder football. Un souvenir déprimé qui nappe d'une couche de mélancolie supplémentaire toute ma relation avec ce groupe sépulcral si... vital, curieusement, pour une partie de ma génération (Sur la photo: Robert Smith et Brian Molko de Placebo.)
+ Live versions of "M" and "Figurehead" on Yahoo Music.
+ Technorati page of blog posts about Live 8
+ en français une page spéciale sur le site de Radio France.
... avec le concours du professeur Choron / with the input of prof. Choron
30 ans après ce goûter d'anniversaire dans le petit appartement familial de Lyon, la petite à lunettes a fait un bout de voyage. La mode polyester des années 70 nous convenait bien et il y avait quelque chose d'éminemment satisfaisant à passer ses journées avec la chère famille à manger, dessiner, faire la sieste, du repassage et lire des livres, pas un écran d'ordinateur. A l'époque, j'en étais encore sans doute aux aventures de Jojo Lapin. Mais grâce à mon père et ses éclats de rire contagieux devant les croquis de Cabu et les magazines Hara-Kiri et Charlie Hebdo, j'ai découvert à mon tour l'univers absurde et enchanteur du professeur Choron.
Le prof, ce héros d'enfance, a pris congés en janvier. Etonnée de ne pas trouver de site web officiel, j'ai déterré les reliques d'un vieux site, véritable mine d'or du tout Choron, archivé sur le musée du Web et j'ai pu retrouver la trace en France (via sa tante, une histoire compliquée...) de l'un des fans derrière cette iniative, Christophe Chavdia. Depuis, il a remis le site en ligne ici, sur Choron.tk et c'est une destination incontournable pour tous les élèves du prof, cinq mois après sa disparition, 10 ans après la création de cet hommage en ligne. Bon anniversaire professeur!
POUR EN SAVOIR PLUS, lire cette conversation avec Christophe Chavdia sur la génèse de ce site, avec la participation du prof et de quelques bouteilles de champagne.

Dixit Choron:"Le professeur Choron est éternel. Donc il n’a pas d’âge. Dieu n’a pas de date de naissance. Et je suis comme lui. Vous pouvez reprendre toute la collection d"‘Hara-Kiri" depuis vingt-cinq ans, et vous verrez que Choron ne vieillit pas.. C’est l’éternité."

"A ceux qui ont participé de près et de loin à cette saga 2005"
PS de Eric en apprenant que Michael Jackson envisageait peut-être une remise-au-vert dans le sud de la France: "P... gardez-le!!!!!!"
Dimanche, on a voté (par procuration) avant de rejoindre une bonne foule de fans de Michel Houellebecq venu l'écouter parler de son essai sur Lovecraft au musée Hammer, à Westwood. Le Times de Londres avait senti venir un "coyote moment" pour le gouvernement français (voir * au bas) mais pas pour Houellebecq. Assez léthargique pendant sa performance, il s'anime en commentant le résultat du référendum:
"Probablement 95% de nos représentants politiques avaient une opinion, et 57% des électeurs avaient l'opinion contraire. C'est un grand moment, vraiment... C'est un phénomène croissant, les élus qui ne représentent plus le peuple. [...]""Je suis très surpris parce que d'habitude, les Français sont des lâches. Quand c'est important pour l'Etat, le gouvernement vous dit qu'il faut voter oui, qu'il n'y a aucune raison de voter non, que c'est irresponsable de voter non. Et ils le répètent en insistant de plus en plus jusqu'au dernier jour. Et les gens votent 'non!' C'est un échec incroyable."
"Probably 95 percent of the professionals of representative democracy had one opinion, and 57 percent of the people had the other opinion. It's a great moment, really.... It's a growing phenomenon -- representatives don't represent any more the people. [...]""I am very surprised because normally French are cowards. When it's important for the state, the government tells you that you have to vote yes, there's no reason to vote no, it's irresponsible to vote no. And they repeated it at high levels with more and more stress until the last day. And the people voted no!... It's an incredible failure."
"Est-ce un signe que nous nous dirigeons vers l'extinction de l'humanité?"a demandé le présentateur, en référence aux dernières pages du roman "Les Particules élémentaires." Les Américains se marrent, mais dans l'assistance, des Français de L.A. restent songeurs. Il faut dire qu'en début de soirée, des strip-teaseuses burlesques avaient chauffé la salle pour Houellebecq, l'écrivain français vivant le plus fascinant, le plus connu et sans doute le plus vendu au monde.
Houellebecq est tout recroquevillé, les jambes entortillées en Bretzels. Il est souvent drôle sans le faire exprès. On parle de sexe et il émet un petit rire. Un copain, ex-pornographe chez Hustler, trouve que Houellebecq lui rappele les drôles de types silencieux qui trainent parfois sur les tournages de films porno, les épaules rentrées. Ils laissent échapper des rires bizarres et plus tard, envoient à Hustler les lettres les plus obcènes. Autre détail: alors que Bernard Henri Lévy prédit la mort de Los Angeles, Houellebecq pense en revanche que les vieilles métropoles comme Paris ou New York vont disparaitre et que "le futur appartient aux villes comme L.A."
Voici Houellebecq avec des effeuilleuses, à la réception. Je viens le saluer pour notre petite interview radio calée avec son attachée de presse. C'est son premier voyage en Californie, avec étape au kitschissime Madonna Inn, une menace de manif à San Francisco et cette affaire dans l'air qui aurait pu lui inspirer un commentaire. "Non, je n'ai pas envie," dit-il en tirant sur une clope au-dessus d'un carton "merci de ne pas fumer."
J'essaye de nouveau, en variant... Houellebecq n'est pas désagréable, au contraire, mais difficile à suivre. Je retiens du mélange de phrases inaudibles et de grommellements 1. Que Michel Houellebecq "n'a pas de vie privée." Il va où "là on lui dit d'aller." 2. La Californie est très bien pour faire du shopping, surtout à Petco, le supermarché pour chiens. 3. Il n'a pas enquêté aux USA pour son nouveau bouquin, en relation avec le milieu des sectes, parce que "les sectes sont beaucoup plus présentes en Europe" (?) 4. Les Américains sont beaucoup plus relax chez eux qu'à Paris, donc beaucoup plus agréables ici (!) Il aimerait qu'à l'avenir, son éditeur l'envoie ailleurs qu'à New York pour voir du pays (car, encore une fois, il va où on lui dit d'aller.)
Faute d'interview, je lui présente son recueil "Rester vivant." "Ah, c'est pas mal, ca" dit-il, avant de signer "San Francisco, le 26 mai", corrigeant la date (29) mais pas le lieu. Rendez-vous le 1er septembre.
* "Coyote moment": les lendemains de cuite difficile quand on découvre un(e) inconnu(e) dans son lit et que l'on préfèrerait s'arracher un membre avec les dents, comme le font les coyotes pris dans un piège, plutôt que de confronter la réalité.

Trois ans sans Julien Prunet, sans sa présence jusqu'à Los Angeles, sa vitalité et ses coups de fil de la rédaction de France Info qui démarrait souvent avec un faux accent américain outrageux: "Helloo, it's Julio from Parisss, France... J'aurais un little reportage radio à te demanday... on a very interesting subject, I'll guarantee it!" Julien animait l'émission France Info Plus, pour laquelle les correspondants à l'étranger adoraient travailler parce qu'il avait toujours de bonnes idées, discutait des sujets avec passion et faisait d'excellentes suggestions pour améliorer les reportages. Julien était formidablement doué, né pour faire de la radio avec sa voix énergétique et un champion des imitations qui nous faisait rire à en avoir mal à la mâchoire. Boute-en-train, il partageait sa bonne humeur et son appétit de vivre en nous épargnant le reste. C'est un immense regret. Il manque à tellement d'amis: rien qu'entre correspondants radio, nous l'évoquons souvent.
En sa mémoire, des collègues de Julien animent l'association Lire dans le Noir qui réalise des livres-audio et des lectures pour les non-voyants, grâce à des dons.
colleagues of Julien are running an association, Lire dans le Noir that produces audio-books and readings for the blind, with the help of donations.
J'ai essayé de recueillir des réactions à la mort du fameux producteur de disques français Eddie Barclay, qui est passée presque totalement inapercue ici (seul Quincy Jones m'a fait passer un communiqué). Un portrait du Daily Telegraph de mai 2004, qui décrit Barclay comme un "pacha sur le déclin" rapporte une anecdote que je ne connaissais pas:
"Il y a quelques années, Barclay et plusieurs de ses amis, y compris l'homme d'affaires déchu devenu acteur Bernard Tapie, achètent une partie d'un cimetière près de St Tropez avec le projet d'en faire une sorte de club exclusif. Il faudrait deux sponsors pour être admis, de la musique serait diffusée le long des allées, il y aurait des intercoms entre les mausolées et des photographies des morts à l'apogée du bonheur. Les caveaux seraient décorés comme des maisons et surtout, les cerceuils seraient laissés ouverts pour permettre au morts de marcher. Ils possèdent toujours le cimetière, mais ne l'ont jamais aménagé. "Ca aurait été très chic," dit Barclay. "La mort n'a pas besoin d'être triste, vous savez."Plus tard, Barclay, qui convola en noces huit fois raccompagne le journaliste anglais sur le pas de la porte et lui tend la main: "Vous voulez une invitation à mon prochain mariage?"
"A few years ago, Barclay and several of his friends, including the disgraced businessman turned actor Bernard Tapie, bought part of a cemetery near St Tropez which they planned along the lines of an exclusive club. You would need two sponsors to be admitted, music would be piped along the pathways, there would be intercoms linking the mausoleums, and photographs of the deceased showing them at their happiest. The mausoleums would be decorated like houses and most important of all, the coffins left open for the dead to walk. They still own the cemetery, but never fixed it up. "It would have been very chic," says Barclay. "Death needn't be sad, you know."After ushering the journalist to the door Barclay, a famous hedonist with 8 marriages under his belt, holds out his hand and asks: "So, do you want an invitation to my next wedding?"
Arte Radio a retrouvé Syd Barrett! Moi qui croyais vaguement que le fondateur de Pink Floyd était mort ou dans un asile, scotché au plafond depuis ses excès d'acide dans les années 70. Mais il vit en France avec sa soeur, pédale jusqu'au village et fait pousser des dahlias. Il essaye d'interpréter, en français, des messages dans les nuages (réaction de soeurette un chouia agacée: "They're only clouds, Dear!") dispense des conseils de jardinage et chante "Savez-vous planter les choux". A écouter (en français et anglais) sur Arte Radio.
+ une Foire Aux Questions sur Syd Barrett pour se rafraichir la mémoire.
+ MISE-A-JOUR: C'était drôle! J'y ai cru. C'était un canular... de la poésie.